Brétigny - Bessines : et si le groupe AZF s'était réveillé !

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12 Juillet, journée de l'éclisse !

A l'instar des nombreuses célébrations journalières, il faudra bientôt instaurer la journée de l'éclisse pour la date du 12 juillet... car, apparemment, ces fameuses pièces ferroviaires ont une tendance à faire la fête sur la ligne Paris-Limoges-Toulouse ce jour là et uniquement ce jour là !

La journée des éclisses n'a pas commencé à Brétigny-sur-Orge mais à Bessines-sur-Gartempes en Haute Vienne ou plus précisément à Fromental le long du tronçon ferroviaire reliant la ligne Paris-Limoges-Toulouse au site nucléaire d'AREVA de Bessines.

Ce matin du 12 juillet 2013, selon l'AFP, une locomotive déraille suite au déboulonnage d'une éclisse sur un des rails de cette voie ferrée dont d'autres pièces ont également été sabotées. La locomotive ne tirait pas de wagon, ni le moindre produit nucléaire, mais dès l'après-midi, la SNCF informait le maire de Fromental de ce sabotage. Oui, il n'y avait aucun doute pour la SNCF et pour AREVA, c'était bien un sabotage.

Apparemment l'information ne semble pas avoir remonté très haut puisque le PDG de la SNCF, Guillaume Pepy, champion de la transparence et de la "bonne" communication, n'en a jamais parlé, même les jours suivant la catastrophe de Brétigny-sur-Orge.

Pourtant, un tel sabotage qui peut avoir des conséquences graves comme le déraillement du train qui a eu lieu sur plus de 100 mètres est extrêmement rare...!

Un lieu manifestement prisé par les saboteurs !

Mais cette zone ferroviaire de Haute-Vienne n'est pas à sa première tentative de sabotage de haute volée.

En février 2004, c'est bien quelques kilomètres avant, sur le viaduc de Rocherolles, sur la commune de Folles, juste avant l'aiguillage qui engage les trains vers cette voie dédiée à AREVA que le groupe AZF avait enfoui sa première bombe marquée "018" !

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Ce groupe AZF avait bien placé un engin explosif extrêmement dangereux mais il était prévu et signalé aux deux destinataires de ses nombreuses lettres, la Présidence de la République et le Ministre de l'Intérieur. Le but de ce groupe terroriste était de montrer ses capacités meurtrières afin d'obliger leurs cibles à accepter les termes financiers de leur chantage. Pendant plus de 2 mois, les autorités ont caché l'existence des lettres de menaces très ciblées et menaçantes de ce groupe AZF mais, suite à une de ses lettres qui localisait la première enfouie sous le ballast, le personnel de la SNCF fut témoin de l'existence de ce Groupe AZF et de sa détermination. La bombe n'avait pas explosé mais des tests effectués par les experts ont montré qu'elle était bien destinée à soulever des rails de la ligne Paris-Limoges-Toulouse dans le but de provoquer un déraillement et si possible au-dessus d'un viaduc.

Officiellement, aucune rançon n'a été remise. Ce groupe terroriste extrêmement déterminé a même envoyé au bout de trois mois de négociation infructueuse une lettre tenant à affirmer qu'il abandonnait. Si si,... à croire cette lettre, qui a très probablement été rédigée par les autorités elles-mêmes pour rassurer le bon peuple, ce groupe était un vrai groupe de "nazes" capables de s'excuser pour le dérangement !

Ce groupe AZF n'a jamais été retrouvé. Personne ne sait qui il était. Et il avait pourtant indiqué par téléphone lors d'une tentative de remise de rançon que 9 engins explosifs au total avait été enfouis au préalable par des hommes de terrain, sous les ballasts du réseau ferré dans toute la France. Un seul autre engin fut retrouvé près de Troyes à Montiéramey sur la ligne Paris-Bâle, 36 jours plus tard. Là encore l'engin semble avoir été montré du doigt aux cheminots grâce à un arbre bizarrement penché au niveau de la voie.

Silence des autorités sur le sabotage de Bessines et sur le groupe AZF de 2004 !

Donc, le 12 juillet 2013 au matin, un sabotage sérieux, concernant une éclisse et une voie directement liée à la ligne Paris - Limoges, venait d'avoir lieu à un endroit pratiquement similaire à celui déjà visé par un groupe terroriste, jamais retrouvé, qui avait mis de décembre 2003 à mars 2004 dans tous leurs états Nicolas Sarkozy et Claude Guéant alors au Ministère de l'Intérieur.

La direction de la SNCF et le Ministère de l'Intérieur ont tu cette information de Fromental durant près d'une semaine. Elle était pourtant connue des média locaux qui ont relaté logiquement cet événement le jour même du 12 juillet 2013, Article Le Populaire.fr du 12 juillet 2013 et avant même la catastrophe de Brétigny selon le maire de Fromental.

Vidéo France 3 Limousin du 16 juillet 2013

Pourquoi cette information n'était-elle pas remontée suite à la catastrophe mortelle de Brétigny-sur-Orge ?

Ce n'est seulement qu'à partir du 16 juillet 2013, jour où le PDG de la SNCF, Guillaume Pépy, se rendait à Limoges d'où été originaire plusieurs victimes du drame ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, que les média ont relayé l'information du 12 juillet à Fromental. Pour ces média, le lendemain 13 juillet 2013, un mail anonyme arrivait à la presse locale du Populaire du Centre pour revendiquer et signaler que l'auteur du sabotage de Fromental était un militant anti-nucléaire.

Vous imaginez, un militant anti-nucléaire, attendant toute la journée du 12 juillet 2013 l'effet médiatique de son sabotage sur la ligne d'AREVA, apprenant l'horrible déraillement de Brétigny et venant vanter son acte en des termes hyper-didactiques, en sachant que tous les enquêteurs les plus affûtés de France recherchent les responsables de déraillements suite à la catastrophe de Brétigny ! L'auteur du mail ne semble pas avoir été retrouvé une semaine après les faits... La gendarmerie de Limoges est en charge du dossier.

Etrange confusion sur la datation de la revendication anti-nucléaire

Mais le premier article mentionnant la revendication par mail a été publié le 12 juillet 2013 à 17h48 dans la version internet du quotidien Le populaire du Centre...

Les anti-nucléaires seraient à l'origine du déraillement d'une locomotive ce vendredi, à Fromental. Des boulons ont été démontés et la locomotive empruntant une petite voie ferrée servant à aller à Areva a quitté sa voie. Aucune personne n'a été blessée. Le sabotage a été revendiqué auprès de notre journal par mail.

"La petite voie ferrée servant exclusivement à acheminer des déchets nucléaires jusqu'au site d'Areva de Bessines sur Gartempe a été mise hors d'état de fonctionnement. Ce geste entend dénoncer un site de stockage de déchets nucléaires qui ne dit pas son nom. Il est dangereux et et doit être démantelé".

Ce déraillement intervient alors qu'était inauguré aujourd'hui le musée Ureka d'Areva, consacré aux mines d'Uranium.

La rédaction du Populaire du centre n'a pas tenu a publier la preuve matérielle de ce mail mais a bien diffusé quasiment l'ensemble du texte dans sa version papier du samedi 13 juillet. Ce mail serait arrivé le matin du 12 juillet.

Le journaliste reporter d'images pour TF1, Sylvain Thévenard, a twitté le courriel de cette revendication. Selon la page qu'il a pu copier cette revendication est bien du 12 juillet 2013, mais, étrangement l'heure de ce mail est maquillée, tout comme l'adresse mail d'origine.*

On se demande bien pourquoi ?

 

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L'heure du premier article de Populaire.fr mentionnant ce sabotage avec déboulonnage d'éclisse est de 17h48, soit 38 minutes après la catastrophe de Brétigny-sur-Orge (Article du 12 juillet dans Le Populaire.fr) et plus de 5 minutes après l'annonce de l'AFP sur le drame de Brétigny.

Selon le rédacteur en chef du Populaire que j'ai pu avoir au téléphone lundi 22 juillet 2013, les autres média ont repris une coquille de l'article du 16 juillet qui a mentionné par erreur au 13 et non au 12 juillet, la date de revendication.

" Le déraillement avait été revendiqué par mail auprès de notre journal par un militant antinucléaire le jour-même de l’ouverture du musée de la mine, le 13 juillet. Aucune personne n’avait été blessée. C'est désormais la section de recherches qui est chargée de l'enquête."

Apparemment cette erreur du 13 juillet avait été reprise par l'AFP et les autres média qui ont pourtant été en contact avec l'auteur de l'article du Populaire et qui apparemment n'auraient même pas chercher à lire le premier article du quotidien Le Populaire du Centre du 12 juillet.

Tous parlent de la réception de la revendication le 13 juillet et le site internet du Populaire a même repris, sans sourciller, la publication de l'AFP intégrant cette erreur de date pendant plusieurs jours avant mon alerte de ce lundi 22 juillet. Mais cette alerte n'a cependant pas été suivie d'un erratum dans la version papier du 23 juillet 2013... il ne faut surtout plus reparler de cet événement de Fromental pourtant exceptionnel et bien mystérieux.

L'heure de la revendication est "Secret Défense"

Surpris de voir la censure sur l'heure de réception  de la revendication, le lundi 22 juillet, je n'ai pas pu obtenir plus auprès du journaliste et du rédacteur en chef Olivier Bonnichon. Ils ne publieront pas l'heure de cette revendication, pas plus que l'adresse émetteur du mail. C'est comme cela. Etrange non !

Aucun problème de déontologie pour accuser sans preuve des militants anti-nucléaire d'être à l'origine du sabotage de Fromental en publiant intégralement le texte de la revendication avec des commentaires très affirmatifs. En revanche pour ce qui est de la pièce même de la revendication, l'émetteur, l'heure de réception, le fichier source du mail... c'est circulez, il n'y a rien à voir, ça ne nous intéresse pas et ça ne vous intéresse pas !

D'un point de vue journalistique, on aurait pu s'attendre à un peu plus de pugnacité de la part de ce rédacteur en chef ! Ce quotidien, sans aucun scrupule pour que tous les média reprennent en coeur la version d'un sabotage commis par des militants anti-nucléaires, attend-il gentiment la version officielle de la gendarmerie pour prouver que ce mail est bien arrivé avant la catastrophe de Brétigny comme il l'affirme sans le prouver ?

Malgré le scoop de la réception le matin en leur locaux de la revendication, le site web Populaire.fr a donc publié les quelques lignes du fait-divers du déraillement de la ligne d'AREVA, seulement quelques 40 minutes après le déraillement de Brétigny... coïncidence encore ici ?

Depuis, aucune information n'a pu permettre de découvrir l'auteur du mail. Ce militant anti-nucléaire existe-t-il vraiment ? Cette revendication serait-elle un montage de toute pièce fabriqué par les autorités et leurs services zélés pour que les média fassent bien la différence entre le "sabotage" de Fromental et l'"accident" de Brétigny ? Mme Alliot-Marie pourrait même se demander si le groupe de Tarnac n'était pas en vacances en Haute-Vienne ce 12 juillet 2013 !

Le premier déraillement du 12 juillet est manifestement la conséquence d'un sabotage, l'autre, celui de Brétigny, bien entendu, ne peut pas l'être... puisqu'on vous le dit !

Je trouve que ça fait beaucoup de silences et de coïncidences tout cela...! Je n'ose imaginer les victimes morales ou physiques du déraillement de Brétigny, ainsi que leur famille, qui essaie de comprendre le plus concrètement possible l'origine de ce drame, voir s'accumuler petit à petit des faits de plus en plus étranges et surtout de plus en plus étouffés !

La démarche orchestrée par les autorités est de plus en plus similaire à celle qui a eu lieu dans les premières semaines de l'affaire AZF. Les ressemblances vont jusqu'en dans la suggestion par une grande partie des média, sans la moindre preuve, que les quelques charognards qui ont profité de l'événement pour voler, tout comme à Toulouse, le 21 septembre 2001, serait de connivence avec les responsables de la catastrophe, surtout s'ils sont d'origine étrangère. C'est tellement plus simple de désigner d'avance des coupables et de ne plus médiatiser l'importance de la collecte des données concrètes et indispensables à une enquête sereine !

Et si l'un des 7 engins explosifs restants du groupe AZF était en cause !

Jamais la SNCF n'a confirmé avoir retrouvé les 7 engins explosifs restants du groupe AZF sur son réseau, même désamorcés... Et si l'un d'eux avait fini par exploser sous le ballast et par réussir à soulever les voies au passage du premier wagon du train ce 12 juillet 2013 à Brétigny-sur-Orge !

Les autorités françaises et la SNCF reprendront-elles un jour l'enquête sur le groupe AZF des voies ferrées ?

J'ai pu travailler, fin 2004, sur les données sismologiques précises du réseau national RéNaSS et notamment sur les arrivées d'ondes sismiques des stations sismiques pyrénéennes. L'épicentre du 21 septembre 2001, du séisme de magnitude 3.4 se trouve à plus de 2 km à l'Est de l'usine AZF. L'explosion du hangar 221 est arrivée 9 secondes plus tard et a provoqué un mini-séisme de magnitude inférieure à 2 !

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En fait, quand vous caler la flèche du logo "AZF" que le groupe AZF mettait sur son courrier, vous constaterez qu'en plaquant cette flèche depuis la tour d'urée estampillée "AZF" au-dessus de l'usine, les deux trous à gauche de la flèche pourraient coïncider avec les deux bras de la Garonne situés à l'Est et le bout de la flèche indique la position de l'épicentre profond juste au nord de l'ancien hôpital militaire Larrey, sous la colline de Pech David.

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Un autre cas de sabotage tu

Ah, j'oubliais... encore une coïncidence... deux jours avant l'explosion de l'usine AZF, le 19 septembre 2001, l'usine AZF de Mazingarbes, dans le Nord, était victime d'un vilain sabotage (rapport de police dans le dossier judiciaire AZF, pièce D6638) : devinez où... à la base d'un aiguillage de la voie ferrée dirigeant des convois de produits très dangereux vers l'usine.

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Heureusement, ce sabotage avait été vu avant tout passage ferroviaire...! Et la SNCF connait ce dossier.

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Mais là encore, le 19 septembre 2001, c'était un sabotage, le 21 septembre 2001, un simple accident chimique...!

Que de folles coïncidences non ?!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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