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Le pic de Bugarach fait parler de lui depuis quelques années, les communes voisines comme Rennes-le-Château, Rennes les Bains, ont aussi leurs légendes et leurs mystères. Mais ne faudrait-il pas mieux regarder de l'autre côté du pic de Bugarach, à quelques km au sud-est...? Il est connu que tout ce secteur géographique du Bugarach est une merveille géologique et visuelle comme d'autres secteurs naturels magnifiques en France. Mais qui sait que le séisme qui a eu la plus forte magnitude en France depuis près d'un siècle, se trouve à moins de 15 km au sud-est de ce pic de Bugarach ?

RENASS : Liste des séismes de magnitude >5 depuis 1988 dans le carré de Latitude 41° à 52° Nord et de Longitude 6° Ouest à 10° Est.

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Le séisme du 18 février 1996


Le 18 février 1996, vers 1h45 heure GMT, à près de 7 km de profondeur eut lieu un séisme violent pour cette région mais heureusement, moins destructeur que les quelques autres séismes pyrénéens de ces dernières décennies. L'énergie en jeu a déclenché une magnitude de 5.6 selon le Réseau National de Surveillance Sismologique (RéNaSS), un record séculaire pour la France, record encore tenu aujourd'hui par ce séisme. Le séisme pyrénéen d'Arette de 1963, moins profond et plus destructeur eut une magnitude de 5.2.

Selon les derniers rapports d'étude de ce séisme, l'épicentre principal du 18 février 1996 se trouve sous la commune de Lesquerde à quelques km au sud de Saint-Paul de Fenouillet.

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Etrange... cet épicentre est situé exactement sous la carrière souterraine de gypse de cette commune, la dernière en activité dans les Pyrénées !

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Le séisme fut suivi naturellement par quelques dizaines de petites répliques, toutes localisées au sud de l'épicentre sous Lesquerde et sous la commune voisine de Saint-Arnac (si si le nom est bien celui-là, il est dérivé du nom Centenach !).

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Un essaim sismique bienvenu le 9 mai 2004


Le 9 mai 2004, huit années après, la zone juste au nord de l'épicentre de 1996 fut à nouveau agitée par un essaim de petits séismes de magnitude avoisinant 2.0. Déjà sensibilisés par le séisme de 1996, les sismologues ont installés en toute urgence des sismographes sur ce secteur et ont analysé les ondes sismiques de cette période de mai 2004. Grâce à cet essaim sismique mesuré de près, les sismologues ont pu affiner les vitesses de propagation des ondes sismiques et refondre ainsi l'ensemble des données de 1996 pour obtenir des positionnements précis du séisme de 1996 et de ses répliques.

Tous ces petits séismes de mai 2004 prirent place pendant quelques jours entre Lesquerde et Saint-Paul de Fenouillet. Profonds d'environ 4 à 5 km, ils formèrent un essaim juxtaposant l'essaim des répliques de 1996 un peu plus profondes mais sans jamais se confondre, l'épicentre du 18 février 1996 étant entre ces deux essaims. 

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Ce séisme exceptionnel de 1996, fortement ressenti jusqu'au barrage de Caramany d'EDF, recèle encore de nombreuses zones d'ombres quant à l'origine exacte. Les données sismiques semblent bien d'origine naturelle. Mais sa localisation précise sous cette carrière souterraine de gypse de Lesquerde n'a jamais été réellement médiatisée depuis les calculs précis de 2004. Cette carrière n'a fait l'objet d'aucune étude particulière, contrairement à d'autres cavités souterraines du secteur, même pour essayer de découvrir les impacts sismiques sur les falaises souterraines de gypse.

Le Commissariat à l'Energie Atomique de Saclay (CEA) et l'Institut de Radioprotection et Sûreté Nucléaire (IRSN) se sont intéressés à la zone de l'épicentre et ont constaté que les grottes les plus proches de l'épicentre avaient été beaucoup moins impactées que celle du Roc du Paradet près du pic de Bugarach. Les effets des séismes profonds sont souvent plus destructeurs à plusieurs km plutôt que juste au-dessus de l'épicentre.

Schéma issu d'une étude conjointe du CEA-DAM, du CEK et de l'IRSN

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Les derniers séismes nucléaires de l'hiver 1996


Trois semaines avant le séisme du 18 février 1996, la France procédait le 27 janvier 1996, à son tout dernier essai nucléaire du Pacifique sous le lagon de Fangataufa, nom de code Xouthos. La magnitude des trois principaux séismes provoqués par la campagne nucléaire de 1995-1996 (nom de code Ploutos, Heypytos et Xouthos) étaient respectivement de 5.5, 5.5 et 5.2 selon le RéNaSS.

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Le 14 janvier 1996, entre l'avant-dernier et le dernier essai nucléaire, les Pyrénées Atlantiques connurent également un autre petit essaim sismologique exceptionnel de quelques séismes de magnitude de 2 à 4 placés exactement dans les secteurs des anciens puits gaziers de Os-Marsillon près de Lacq. Cette zone d'Os-Marsillon, beaucoup moins affectée par les séismes que la zone des gisements gaziers de Lacq, connut le 14 janvier 1996, sa journée la plus sismique de toute son histoire avec trois séismes de faible profondeur dépassant 3.8 de magnitude le même jour.

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Quelques semaines plus tard, le 25 mars 1996, la France signe les protocoles du traité de Rarotonga pour la création d'une zone dénucléarisée dans le Pacifique Sud. Puis le 24 septembre 1996, la France signe enfin le Traité d'Interdiction Complète des Essais Nucléaires (TICE).

Si la France avait eu le désir et la possibilité technique de réaliser des essais d'explosions souterraines militaires dans un cadre géologique adapté permettant l'enfouissement profond et la détection d'ondes sismiques anodines d'aspect naturel, ces deux séries d'événements de janvier et février 1996, temporellement et géographiquement exceptionnelles, pourraient être un indice très intéressant d'un savoir faire discret et efficace justifiant occasionnellement la présence militaire aérienne et terrestre et la compréhension d'un préfet des Pyrénées Orientales..., préfet qui s'appelait en 1996 Bernard Bonnet (le fameux préfet des paillotes corses).

Bien entendu, ces spéculations militaires sont pour l'instant balayées par les rapports sismologiques des plus sérieux montrant que les Pyrénées ont tout à fait le droit d'avoir leurs crises sismiques séculaires sous leur seule carrière souterraine de gypse en activité. Ces rapports ont été rédigés en 1996 et 2004, par une équipe des plus sérieuses de l'Observatoire Midi-Pyrénées (OMP) menées par la sismologue Annie Souriau.

 


La même équipe de l'OMP pour AZF


En septembre 2001, c'est bien cette même petite équipe de Mme Souriau, responsable sismologue de l'OMP, qui s'est précipitée 5 jours après la catastrophe d'AZF pour annoncer dans un rapport remis à la DRIRE, le 26 septembre 2001, et repris par le ministère de l'environnement un mois après, que le bruit du premier bang, entendu quelques secondes avant l'explosion du hangar 221 d'AZF par des centaines de Toulousains, était un "bang sismique", notion toute nouvelle en sismologie...

Cette invention scientifique, encore unique en son genre aujourd'hui, était très pratique pour la justice qui a profité de l'aubaine pour ne pas déclencher d'enquêtes poussées sur l'origine de ce premier bruit et sur l'origine du séisme principal. Onze ans plus tard, en 2012, ce sont toujours ces inventions de l'OMP qui tiennent d'argument à la cour d'Appel pour mépriser d'un revers de main les témoignages et les enregistrements sonores du premier bang. Mais, contrairement à 1996, ces rapports de sismologie de 2001 n'ont pas hésité à renoncer dès le départ à toute vérification de l'association du séisme de magnitude 3.4 avec le cratère formé à AZF.

Pourtant cette magnitude de 3.4 était complètement incompatible avec des explosions au sol de quelques tonnes d'équivalent TNT. Les meilleurs essais militaires américains d'explosion au sol de TNT ou d'ANFO parviennent à peine à dépasser la magnitude 3 avec plus de 1000 T d'équivalent TNT. A Toulouse, la petite équipe de l'OMP et le CEA Militaire n'ont absolument pas été choqués qu'un équivalent de 15 à 40 T de TNT explosant au sol, puisse atteindre la magnitude 3.4 et provoquer d'importantes d'ondes de cisaillement sur plus de 50 sismographes internationaux. Les données sismiques pyrénéennes permettent, en réalité, de découvrir que le séisme est bien souterrain profond et a un épicentre sous la zone de l'ancien hôpital militaire Larrey sous la colline de Pech David.

Cette petite équipe de l'OMP, alors qu'elle n'était pas du tout spécialiste officiellement des séismes d'origine explosive comme l'est le CEA militaire,  s'est beaucoup agitée cette semaine de septembre 2001 pour aider prestement la justice et les responsables politiques de l'Etat à camoufler le premier bruit et le premier séisme. Ce fut au prix d'énormités anti-scientifiques, largement médiatisées, de rapports publiques mensongers et trompeurs, d'études largement incomplètes et insuffisamment renseignées, toujours utilisés dans le dernier arrêt de la cour d'Appel (cf Article de Médiapart sur l'imposture judiciaire du bang sismique)..

L'équipe de l'OMP était-elle vraiment à sa première mondiale avec ce "bang sismique" toulousain de septembre 2001 ?

Quid de sa crédibilité pour ses conclusions sur les secousses de l'hiver 1996 à proximité du pic de Bugarach ?

 

 

 

 

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