AZF : Un détail militaire caché par le Grand Toulouse à la justice

A l'occasion de l'enquête AZF-Toulouse, début 2002, les photographies aériennes de la mission du 27 septembre 2001 du Grand Toulouse ont été retouchées sur 2 ha avant leurs remises aux enquêteurs. Les originaux photographiques ont permis de découvrir qu'il existait un bunker militaire sur ce secteur du sud de l'usine AZF au-dessus duquel des témoins ont vu un grand éclair apparaître.

 


Une photographie aérienne maquillée par le Grand Toulouse


En 2001, un document public a été retouché avant sa remise au SRPJ de Toulouse. En effet, l'agglomération du Grand Toulouse (Toulouse Métropole) a bien fourni en janvier 2002 aux enquêteurs du SRPJ de Toulouse des photographies aériennes maquillées sur plus de 2 hectares au sud des terrains de l'usine AZF de la société Grande Paroisse, filiale du Groupe Total.

Ces photos ont été commandées en 2001 à la société AEROSCAN, une série le 20 juillet 2001 pour les besoins habituels cartographiques de la communauté urbaine et une autre série le 27 septembre 2001 spécialement recalée sur celle de l'été 2001 à environ 2 km à la ronde autour du cratère afin d'aider la justice à la reconnaissance des dégâts.

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Sur la version définitive numérique du 27 septembre 2001 assemblée pour la justice, une zone de 2 hectares a bien été maquillée grossièrement par plusieurs "copier coller". Etrange procédé que la ville de Toulouse n'a jamais su et voulu expliquer jusqu'à aujourd'hui.

Nous allons voir que ce secteur maquillé présente un intérêt très fort dans l'étude des événements perturbant le pôle chimique de Toulouse le 21 septembre 2001 depuis le début de la nuit.

La zone recouvre l'ancien champ de tir au canon de la Grande Poudrerie. Cette zone abandonnée depuis des décennies a été vendue à la société Grande Paroisse dans la fin des années 1980 par le Ministère de la Défense tout comme la zone des 4 ballastières où dorment, immergées, des milliers de tonnes de nitrocellulose. 

Depuis ces années, aucune activité ne fut développée par l'usine sur ces terrains pour le plus grand bonheur des sangliers, lapins et autres hérons cendrés. La végétation a pu y fleurir en toute tranquillité.


La zone maquillée le 27 septembre 2001 ne l'a pas été par hasard !


Mais pourquoi un tel maquillage le 27 septembre 2001, date du survol de Toulouse par l'avion de la société Aéroscan ? Et pourquoi aucune retouche particulière sur la mission photographique aérienne du 20 juillet 2001 ?

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Quand on peut accéder aux clichés originaux grand format fournis par Aéroscan et stockés par les archives municipales, on constate que la zone maquillée cache en réalité une différence notable entre juillet et septembre 2001 : quelques m2 ont été déboisés et révèlent la présence au sol d'une entrée d'un bunker enfoui. Il se situe sur le champ de tir Est de la Poudrerie Nationale abandonné depuis des décennies.

Pourquoi avoir maquillé ce secteur ?

1/- Ces clichés originaux possèdent au moins une infrastructure militaire avec la présence d'un bunker enterré, caché normalement sous la végétation en juillet 2001 et bizarrement visible le 27 septembre 2001 !

2/- Une différence notable de végétation entre juillet et septembre 2001 montre la trace d'une activité à au moins un endroit de ce secteur de Grande Paroisse qui a nécessité l'enlèvement d'une partie de la végétation.

3/- Le bunker visible sur les originaux du 27 septembre 2001 pourrait faire partie d'un réseau souterrain de la Poudrerie Nationale de Toulouse qui passe encore aujourd'hui sous l'usine SNPE, le secteur de Tolochimie et les terrains militaires de Braqueville.  en passant auparavant sous les anciennes installations de l'usine de production d'armement chimique secrète arrêtée en 1987 juste avant la cession des terrains la voisinant à Grande Paroisse.


 


Qui est derrière ces manipulations ?


Le Grand Toulouse est le fournisseur mais a-t-il respecté des consignes externes du type secret-défense ? Aucune information de cet ordre n'a été fournie par cette administration puisque qu'elle n'a jamais répondu aux questions de parties civiles de l'affaire AZF qui avaient pu récupérer sur CD-Rom en 2008, non sans difficultés, la version numérique publique précise des deux missions aériennes.

Le groupe Total, propriétaire des terrains depuis 2000, à travers sa filiale Grande Paroisse, a pu aussi en être informé et se préoccuper des infrastructures militaires notamment au moment où le problème de la dangerosité des ballastières a été évoqué vers 1999 par le directeur de l'usine AZF Serge Biechlin. Plusieurs des experts mandatés par le groupe Total ont eu en main les photos aériennes maquillées du Grand Toulouse comme les experts des sociétés Geoid et Fugro qui devaient détecter des anomalies magnétométriques depuis un hélicoptère. Leurs rapports possèdent comme fond d'image ce support aérien maquillé.

L'expert judiciaire géomètres Jean Sompayrac a communiqué un premier rapport dès 2001 sur le quel le support de la photographie aérienne non maquillé a été utilisé. Mais ce support numérique est à un niveau de résolution qui ne permet pas de voir les détails découverts aux archives municipales. Cet expert a apparemment bénéficié d'une version aérienne d'origine à faible résolution avant traitement et orthorectification  de la société Aeroscan et donc avant la fourniture du document définitif au Grand Toulouse.

Matériellement, la société Aéroscan aurait pu être à l'origine de ce maquillage. Ses services contactés par mail m'ont affirmé qu'ils n'avaient plus la version fournie au Grand Toulouse et savaient en revanche que le Grand Toulouse avait nécessairement une version originale des photographies. Ce sont effectivement ces documents négatifs grand format qui ont permis de découvrir le bunker.

La direction nationale de la SNPE, contrôlant la production de son unité d'armement chimique dans les années 1970 située à moins de 50 mètres de la zone maquillée connaissait nécessairement les connexions souterraines reliant l'usine principale à cette unité chimique détruite après 1995. Or ce bunker était à moins de 20 mères du bâtiment de stockage des armes chimiques de cette usine. Les plans militaires prouvant ce fait sont accessibles aux archives militaires de Châtellerault.

La Délégation Générale de l'Armement (DGA) a-t-elle pu exiger ces floutages ?

D'autres entités de ces terrains militaires n'ont pas été maquillées. L'usine AZF possédait trois autres bunkers qui n'ont jamais été dissimulés et qui étaient connus du personnel.

Le Ministère de la Défense aurait-t-il été perturbé par le fait que ces photographies pouvaient montrer une activité anormale en septembre 2001 sur un espace appartenant à la société Grande Paroisse, société qui n'a jamais demandé à exploiter ces terrains fournis en option dès 1987 ?

Le groupe Total avait-il une idée de cette exploitation potentielle lorsqu'il a racheté Grande Paroisse ?

La DGA a empêché l'Institut Géographique National (IGN) de fournir à la justice ses photographies aériennes sur l'usine SNPE, mais elle n'a jamais empêché officiellement une telle censure sur la zone maquillée par le Grand Toulouse.

 


Des témoins ont vu des faisceaux et une activité dans ce secteur sud du pôle chimique !


Dès le 24 septembre 2001, des témoins ont communiqué des informations sur des faisceaux lumineux géants vus juste avant et juste après l'explosion du hangar 221.

C'est le cas de Mme Jacqueline Delmont, témoin située au 9ème étage de sa résidence à Colomiers. Cette dame a vu deux très grands éclairs rectilignes formant un "V" au dessus de la zone Sud du pôle chimique, bien loin du secteur du hangar 221. La base du "V" qu'elle ne pouvait pas voir jusqu'en bas coïncide dans sa direction à ce secteur Sud-Est des terrains de Grande Paroisse. Cet éclair est apparu près de 20 secondes après l'explosion d'AZF, laissant plus de 27 secondes au son de l'explosion pour parvenir à Colomiers. Ce témoin a déposé son témoignage au SRPJ dès le 24 septembre 2001 (D589) et a réalisé un dessin permettant de fournir une direction précise de ce grand "V".

C'est aussi le cas de M. Michel Correnson (D6112) qui, depuis le parking de la société Technal, a vu un très grand faisceau bleuté oblique surgir du secteur sud du pôle chimique et se prolonger vers le nord en biais. Il est apparu près d'une dizaine de seconde avant l'arrivée du souffle d'AZF. M. Correnson a réalisé un dessin montrant l'origine du faisceau très au Sud du pôle chimique. Ce témoin a vu aussi une colonne ocre monter très haut dans une direction Sud incompatible avec celle du cratère d'AZF.

M. Michel Vaginay (attestation dans la cote D3113), depuis sa voiture, sur la bretelle d'accès à l'autoroute A64, vers le Sud, a vu aussi un grand faisceau oblique surgir derrière la base de la tour d'urée d'AZF rouge et blanche qu'il voyait face à lui. Lui aussi a vu ce faisceau naître derrière la tour et donc plus au Sud qu'elle avec une origine pouvant prendre naissance au Sud-Est des terrains de Grande Paroisse. Son premier témoignage communiqué à la gendarmerie le 5 octobre 2001 a été bizarrement filtré par le SRPJ de Toulouse pendant plusieurs années !

Melle Axelle Monnet de Lorbeau, habitant près de la Garonne le long du chemin des Etroits a également vu, dans le reflet de son piano laqué, un flash puissant au moment d'une première explosion provoquant l'ouverture brutale de sa fenêtre et ceci quelques secondes avant l'arrivée du souffle dévastateur de l'explosion d'AZF et l'apparition d'un nouveau flash encore plus lumineux. Elle était située à une courte distance de ces terrains maquillés et presqu'à la même latitude de l'autre côté de la Garonne. Aucune étude de son témoignage (D5371) ne fut lancée, aucune réponse par rapport à ces flashs et cette brutale ouverture de fenêtre antérieure à l'explosion ne fut donnée par les experts judiciaires.

Un autre témoin a vu un groupe d'homme important munis de torches dans le secteur sud de Tolochimie à moins de 300 mètres de cette zone maquillée, dans la nuit du 20 au 21 septembre 2001. Il faisait une ronde pour le compte du Domaine des Sables d'Auzun et a vu ces hommes à 3 heures du matin. A 7 heures du matin il prévint la police pour signaler cet événement et également le forçage du portail d'un local municipal situé face à Tolochimie, constaté au lever du jour. Ce témoin fut étrangement diffamé par les renseignements généraux dès le 3 octobre 2001, en même temps que M. Hassan Jandoubi qui connaissait son frère. Il dut se défendre des pires suspicions au lieu de voir son témoignage sérieusement étudié par le SRPJ de Toulouse. Les souterrains issus de la SNPE passant très près de son secteur, la présence humaine à 3 heures du matin était des plus intéressantes pour l'enquête AZF-Toulouse. A cette même heure de 3 heures du matin, à l'autre bout des souterrains concernés par le secteur maquillé, au poste de garde de la SNPE, émergeaient trois hommes inconnus du personnel dont un, grièvement blessé. Les pompiers de la caserne Vion arrivèrent en premier. Les deux inconnus valides sortirent sans se faire enregistrer du site, le blessé grave put sortir par une ambulance privée externe à la SNPE, appelée par le préfet Hubert Fournier, mais il y mourut vers 4h30 sans laisser la moindre trace administrative. Une plainte contre X a été déposée en Septembre 2008 pour que des témoins de ces événements puissent être entendus avec toutes les protections nécessaires mais cette plainte fut classée sans suite deux mois plus tard par le procureur de la République de Toulouse. Un de ces témoins était le chauffeur de l'ambulance privée, un autre connaissait les souterrains de la SNPE, un autre avait les informations détaillées des pompiers.

 

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