Je fuis, je cherche une arme ...

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Dans son ouvrage,  l'un de ses derniers textes,  D.H. Lawrence  1885-1930  Apocalypse,  préface de G. Deleuze,  Desjonquères, 2002,  se tourne et se retourne pour s'y mieux à nouveau tourner, que ce soit tant vers le passé que vers l'avenir,  et, dans ce texte hautement polémique, et,  frère de sang prophétique du  Nietzsche de l’Antéchrist,  n'a de cesse de cravacher à toute volée jusqu'à faire rendre l'âme à tout ce qui n' a pas réellement en son sein,  en ses fondements, tout ce qui se détourne dans ce livre dernier de la Bible  - dernière et ultime livraison que ce chapitre de l'Apocalypse de Jean de Patmos - tout ce qui détourne, éloigne,  travestit et affuble des oripeaux de la religion chrétienne, le texte improbable et   premier, l'original tout à sa vocation créatrice,  l'idée fondamentale en son sein, qu'il tente d'extirper de cette gangue qu'il décortique, et d'en ré-exhumer le propos, de le brandir, comme une révélation et qui a pour nom celui  de paganisme.  Paganisme.  Le joli mot de paganisme.

Apocalypse,  - vous avez dit  " Apocalypse " ? ... -  et  paganisme ...

Et chemin faisant, en cette grizaillante matinée dominicale  - sentiment d'effroi ! - tel un petit Poucet qui pérégrine en sautillant  - sentiment de liberté -, qui sautille à cloche-pied  -  sentiment d'équilibriste,  de bientôt funambule des cimes ! -  chantonnant parfois,   -  la toujours même semblable et terrible ritournelle ! - sifflotant d'autres fois,  Pinocchio au nez dans le ciel, si long qu'il se fiche dans les nuages, et les punaise sur le bleu du ciel, bras ballants, oubliés ou, en tout sens, agités, comme pour se dégager des papillons de ses pensées, peut-être  les attrapper,  le long des vastes éclaircies que projettent en nos austères masures mentales,  nos augustes frères des côtes lointaines, grands aventuriers de la pensée multiple et délicieuse  - les sublimes délices du bientôt presque délictueux ! -  chemin faisant, quelques galets, donc,  bien polis   - la douceur est invincible dit  Marc Aurèle -  de la douce main du  maître -  sur les deux faces par des siècles de lustration studieuse et inspirée, quelques galets, sur la plage ramassés, et,  que je vous envoie,  ainsi,  tout de go, dans la foulée du geste, comme dans une soudaine embardée de l'âme, témoignage de l'affection de l'un au multiple, par tout un jeu de petits ricochets ensoleillés ...Ricochets ensoleillés ... ensoleillés ! ...

 

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Signe, lumière et forme ... Muchi-muchi !!  Muzoguchi-Kurosawa !  ... Révélation et ligne de fuite... Murnau ...  L'aurore, la tragédie ... La tragédie à son aurore ... Torture ...  Les lignes de fuite de la lumière ... De la matière ... Au petit-matin sur une plage avec des galets qui vont  loin dans et au fond de l'eau ...


... Chemin faisant ... Quelques galets de la pâte du maître,  bien polis sur les deux faces par des siècles de lustration studieuse et inspirée ...

Masoch est un de ceux qui l’ont dit le plus profondément, les mouvements de minorités sont profondément animés par des femmes.

Notamment, c’est d’après les segmentarités que se fait la triste évolution de la vie  par exemple : on vieillit, jeune, vieux.  C’est une autre segmentarité, vous voyez qu’elles se recoupent toutes ces segmentarités,  homme, femme.  Là les hommes,  là les femmes. C’est segmentarisé  tout ça, jeune, vieux. 

Alors bon ! Ah  j’étais jeune, je ne le suis plus ?  Ah !  j’avais du talent,  le talent, qu’est-ce qu’il est devenu ?  Vous reconnaissez le ton, mais c’est pas du tout un ton plaintif chez lui  le ton de Fitzgerald,  ( pour ceux qui aiment ? ) . 

Qu’est-ce que c’est  que ces  phénomènes de  " perte de jeunesse ",  " perte de beauté " ,  " perte de talent ", qui se fait sur cette ligne ?  Et comment on va pouvoir le supporter ça ? C’est là, il y a toujours des ruptures,  des cassures sur cette ligne.  On passe d’un segment à un autre par une sorte de cassure. Il y a des gens qui supportent, c’est déjà très différent cette ligne pour chacun ou pour les groupes. Les groupes mais,  ils donnent tout un statut déjà à cette première ligne.

...  Et puis il y a une autre sorte de ligne.  On sait bien que, en même temps, c’est pas que la première soit une apparence,  mais on sait bien que en même temps il se passe d’autres choses.  Qu’il n’y a pas simplement les hommes là  et  les femmes là. 

Qu’il y a la manière dont les hommes sont des femmes, la manière dont les femmes sont des hommes dans des trucs beaucoup plus...  Alors une ligne beaucoup plus, comment dirais-je, à la lettre, beaucoup plus moléculaire. Une ligne où c’est beaucoup moins apparemment tranché que. 

Quelqu’un fait un geste, hein, quelqu’un dans le cadre de sa profession fait un geste et j’ai comme une impression de malaise. Les romanciers, ils ont toujours beaucoup joué là-dessus, j’ai une impression de malaise, je me dis tiens, et ce geste, il est pas adapté, d’où ça vient ? il paraît un peu incongru, il vient d’ailleurs, il vient d’un autre segment. Là se fait comme une espèce de brouillage de segment.

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Quelqu'un fait un geste  ... Incongruité ! ...  J’ai comme une impression de malaise ... Quand l'incongru, comme une peste des rues  aux accents fielleux et à la voix de fausset, avant que de découvrir sa dentition de molosse déjà toujours prêt à planter les crocs, et à déchiqueter, se répand et s'étend ...

Et, quand c'est toute une société qui, conscience amoindrie, surfe allégrement, en tout sens, sur le fol océan qui, percé en son sein de l'oeil unique qui vaut pour toutes les fonctions,  boit, avale, noie, engloutit, absorbe, tout et jamais assez, et ne régurgite, ne restitue et ne profite qu'aux pires, quand c'est tout une société qui loue, et se voue, comme au pied levé, au son du clairon sirupeux du vil instinct, corps, de mâles dominants suspicieux,  et âmes,  renégates en diable dans un parricide en permanent suspens, quand c'est tout une société qui la loue, et lui voue culte, à elle,  l'Incongrue,  la putride, la monstrueuse et vénéneuse putain ventrue, mauvaise et insatiable, l'hilare carnassière, sur la panse dilatée, ouverte et agitée de soubresauts de laquelle sombre le monde ...

Alors ...

Les lignes de fuites, c’est pas des lignes qui consistent à fuir,  bien que ça consiste à fuir,  mais c’est vraiment la formule que j’aime beaucoup d’un prisonnier américain qui lance le cri ...

Je fuis, je ne cesse pas de fuir,  mais en fuyant je cherche une arme.

Alors ...

Je cherche une arme, c’est-à-dire,  je crée quelque chose.  Finalement la création,  c’est la panique, toujours, je veux dire, c’est sur les lignes de fuites que l’on crée, parce c’est sur les lignes de fuites que l’on n’a plus aucune certitude,  lesquelles certitudes se sont écroulées. "

 

Une espèce de brouillage, donc,  permanent et absolument chaotique,  dans un immense embouteillage d'enchevêtrements d'imbroglios de segments entremêlés et terriblement imbriqués ...

 

 

 

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