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Des personnes disparaissent subitement. Le 23 janvier 2018, à Saint-Pétersbourg, sur la route de l’aéroport de Pulkovo, le militant de gauche Viktor Filinkov a disparu. Deux jours plus tard, on a appris qu’il était détenu par des services spéciaux. Sitôt cette nouvelle connue, accusé d’être membre d’une organisation terroriste, le tribunal de quartier de Dzerjinski a immédiatement ordonné sa mise sous verrous provisoire pour deux mois.
Les agents du FSB étaient intéressés également par le militant Igor Shishkin. Il a disparu le 26 janvier après une perquisition dans son appartement où vivent plusieurs anarchistes. Tous les locataires de l’appartement ont été interrogés. La femme de Shishkin a raconté que son mari était sorti faire une promenade avec son chien. Depuis, elle ne l’a plus revu. Le chien est revenu sans lui. Deux jours plus tard, elle a appris qu’il avait été arrêté.
L’épouse de Shishkin a également dit qu’elle avait été interrogée dans le FSB à propos d’un certain « Réseau » et de la manifestation du 5 novembre 2017 organisée par Vyacheslav Maltsev. Le FSB lui a demandé si elle connaissait le surnom internet de certaines personnes. Il s’agit des protagonistes de la manifestation du 5 novembre et de Viacheslav Maltsev lui même. Ils ont été déclarés « terroristes » par le pouvoir.
Les antifascistes sont accusés de vouloir organiser une révolution. Le FSB estime qu’il a arrêté les membres du « Réseau », dont les filiales se trouveraient à Moscou, Saint-Pétersbourg, Penza et en Biélorussie. Les partisans de cette association auraient projeté de déconcerter l’opinion publique en organisant des explosions lors des élections présidentielles, du Mondial de football, ainsi que de vouloir déclencher une insurrection armée. L’enquête affirme que l’organisation existe depuis 2014.
Tortures
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Après l’arrestation de Filinkov, des visiteurs de prison sont allés au centre de détention provisoire. Les personnes arrêtées se sont plaintes de torture. Les défenseurs des droits de l’Homme ont constaté de nombreuses traces de brûlures sur la poitrine et la cuisse, ainsi que des contusions à la cheville.
Victor Filinkov a déclaré avoir été victime de coups qui lui ont occasionné des blessures dès son arrestation dans la voiture du FSB. Il a été emmené dans une forêt, où il a été battu pendant cinq heures afin de lui extorquer des aveux. Il a été contraint de se soumettre.
L’avocat de Filinkov, Viktor Cherkasov, a déclaré sur sa page Facebook, avoir constaté de nombreuses blessures sur le corps de son client. Il dit que le chef d’accusation est terrible : « participation à une organisation terroriste ». « Mes clients ont été emmenés hors de la ville, battus, brûlés avec des décharges électriques pour les faire parler. Ensuite, ils ont été obligés d’apprendre par cœur ce qu’ils devaient dire et ont été amenés au juge d’instruction avec obligation de répéter ces aveux », a écrit Cherkasov.
En outre, la direction du FSB de Saint-Pétersbourg a interdit à l’avocat Vitaly Cherkasov de divulguer des informations concernant l’enquête préliminaire.
Dans la soirée du 25 janvier, le FSB a arrêté un autre habitant de Petersburg, Ilya Kapustin. Les Tchékistes lui ont demandé d’avouer avoir des relations avec des personnes arrêtées à Penza. Kapustin n’a jamais été à Penza. Il ne connaît que l’un des suspects.
Kapustin s’est également plaint de mauvais traitement de la part des agents du FSB. « Par intermittence, ils m’envoyaient une décharge électrique. À un moment donné, l’un d’eux m’a dit qu’ils me jetteront quelque part dans les bois et me casseront les gambes. J’ai commencé à souhaiter cet instant, car j’avais été torturé si longtemps. Cela ne m’était plus supportable » , dit Ilya Kapustin.
Les perquisitions d’activistes de gauche à Saint-Pétersbourg ont été ordonnées par décision du tribunal de Penza. Les anarchistes de Penza ont déclaré avoir été également torturés. Ils parlent de pression psychologique, de la torture à l’électricité, de pendaison par les pieds ou par les bras. L’interrogatoire de l’antifasciste Shishkin a duré 24 heures. Dmitri Pchelintsev, considéré comme l’inspirateur du « Réseau », a eu une entrevue avec sa femme. Celle-ci rapporte les propos de son mari : « J’ai été torturé tous les jours. J’ai peur que mon cœur ne résiste pas, et que je ne sorte pas d’ici vivant. C’est l’enfer ».
Une autre personne impliquée dans l’affaire, Vasily Kuskov, après avoir été arrêtée, a été emmenée chez elle pour la perquisition. Sa femme Héléna l’a vu. Elle a constaté que le pantalon et la veste de son mari étaient déchirés et maculés de sang, le front et le nez comportaient des blessures. Les employés du FSB ont trouvé une arme à feu dans sa voiture. Vassili Kuskov prétend que ce sont eux qui l’y ont apportée.
L’affaire a été classée « secrète ». Il s’agit d’une pratique courante pour instruire les affaires politiques. Actuellement, les audiences judiciaires à l’encontre de Marc Galpérin se déroulent à huis clos. L’accusé et ses avocats ont été contraints de signer des obligations de non-divulgation. Il en a été de même pour Dmitry Demuskin condamné à deux ans et demi de prison pour avoir republié un dessin sur internet.
Mais il y a beaucoup plus inquiétant. Les citoyens de la « Nouvelle Russie » ne sont pas manifestés pour faire cesser les exactions qu’ils proféraient eux-mêmes contre d’autres peuples : les Tchétchènes, Tatars de Crimée, Géorgiens, Ukrainiens. La pratique de la torture s’est rapatriée dans le pays qui l’a exportée.
Staline et Ivan le Terrible sont à nouveau honorés dans la Russie de Poutine. Leurs méthodes reviennent !