Pierre HAFFNER (avatar)

Pierre HAFFNER

Blogueur russe.

Abonné·e de Mediapart

754 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 novembre 2018

Pierre HAFFNER (avatar)

Pierre HAFFNER

Blogueur russe.

Abonné·e de Mediapart

Élimination des opposants russes.

Au couteau, au poison, avec sa « justice » ou l’aide d’organisations terroristes, le Kremlin, utilise tous les moyens pour éliminer ceux qui lui résistent. Vladimir Ivanutienko, militant de « Artpodgotovka », a reconnu l’homme qui l’a agressé au couteau. Un certain Valery Amelchenko subordonné à Evgeny Prigozhin alias le « Cuisinier de Poutine ».

Pierre HAFFNER (avatar)

Pierre HAFFNER

Blogueur russe.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Valery Amelchenko © Novaya Gazeta

Il est dangereux de critiquer Poutine, autant en Russie que depuis l’étranger. Ses opposants sont agressés partout et de toutes les manières. Dernièrement, le « Mouvement 14 % », qui agit pour exiger le respect de l’ordre constitutionnel, a été victime d’un pogrom perpétré dans ses propres locaux par les nervis de l’organisation SERB. Une bande redoutable qui projette en toute impunité des excréments, produits irritants, colorants sur des journalistes, écrivains, hommes politiques et opposants de l’opposition. Le « Mouvement 14 % » a déposé une plainte. Nous savons d’avance le résultat : la police la classera sans suite.

Le 22 octobre, le militant de « Artpodgotovka » Vladimir Ivanutienko a reconnu, en lisant un article de « Novaya Gazeta », l’homme qui lui a flanqué deux coups de couteau au foie et dans la région du cœur. C’était le matin du 27 décembre 2017, alors qu’il sortait de chez lui pour se rendre au travail, deux tueurs l’attendaient. L’un d’eux était Valery Amelchenko. Ils lui ont porté des chocs électriques, puis l’ont poignardé. La veille, alors qu’il participait à un piquet de protestation sur l’avenue Nevsky à Saint-Pétersbourg, Vladimir Ivanutienko avait été déjà violenté par les activistes de NOD, une organisation du Kremlin qui ne se distingue en rien de SERB.

Dès qu’il a reconnu son agresseur dans la presse, Vladimir Ivanutienko a contacté son avocat. Il s’est précipité au commissariat de police pour déposer une plainte pour tentative d’homicide avec préméditation. Le policier a fait tout son possible pour ne pas enregistrer la plainte et plus particulièrement le nom de Valery Amelchenko, parfaitement identifié par la victime.  

Le 2 octobre, le journaliste Denis Korotkov de Novaya Gazeta avait rencontré Valery Amelchenko dans un café à Saint-Pétersbourg. Ce dernier lui a raconté qu’il a commencé à travailler pour les hommes de Evgeny Prigozhin au début 2013. Il faisait le sale boulot qu’on lui commandait. Il s’agit d’agressions, d’assassinats d’opposants, de blogueurs, ainsi que des opérations spéciales à l’étranger. Après cette rencontre, Valery Amelchenko a disparu mystérieusement pour réapparaître quelques jours plus tard.

Lors de l’entretien, Valery Amelchenko a promis d’en dire encore plus dès qu’il aura trouvé un endroit sûr. Il lui a parlé du meurtre d’un blogueur à Sotchi, d’un meurtre à Luhansk, ainsi que d’un étrange voyage en Syrie et d’une opération infructueuse aux Canaries. Ces révélations permettent d’éclairer des affaires non élucidées. Elles corroborent le résultat d’enquêtes effectuées par Novaya Gazeta.

Le soir du 25 novembre 2016, un homme a agressé le sociologue Sergueï Mokhov, mari de l’avocat du Fond anticorruption d’Alexey Navalny, Lyubov Sobol. Il a injecté par piqûre une substance inconnue dans le corps de Serguey Mokhov. La victime a commencé à avoir des convulsions, puis a perdu connaissance. Une vidéo de surveillance a filmé la scène. L’agresseur est Oleg Simonov, né en 1982 dans la région Amour. Oleg Simonov est décédé « dans des circonstances mystérieuses » en mai 2017. Il a été retrouvé mort dans sa baignoire.

Selon sa veuve, Oleg Simonov  travaillait dans une pharmacie à Saint-Pétersbourg. Il avait également eu un deuxième emploi dont il ne parlait pas. En novembre 2016 et février 2017, il a quitté Saint-Pétersbourg pour des affaires liées à ce « deuxième travail ». Il est rentré chez lui « avec un bronzage inhabituel pour l’hiver russe ».

Selon Amelchenko, au cours de cette période, Simonov s’est rendu en Syrie, avec lui et d’autres personnes appartenant aux structures de Prigozhin, pour tester des poisons sur des islamistes prisonniers. Sur place, faute de prisonnier, les expériences ont été faites sur des militaires pro-Assad qui refusaient de se battre.

« Novaya Gazeta » écrit qu’après l’apparition du pharmacien Simonov, l’empoisonnement est devenu la principale méthode utilisée par les structures de Prigozhin. Amelchenko a parlé d’un voyage conjoint à Pskov en 2016 afin de « donner une leçon à un blogueur » et activiste de Yabloko, Sergei Tikhonov. On lui a injecté une drogue inconnue dans la rue. Le blogueur, âgé d’environ 40 à 45 ans, est tombé après l’injection. Il est décédé dans l’ambulance. Quelques jours plus tard, Amelchenko a passé un appel pour « clarifier le résultat » (comme il l’a dit). Le fils du blogueur a répondu : « Papa est mort ». Amelchenko a appelé une deuxième fois et s’est rendu au cimetière et a photographié la tombe pour s’assurer du résultat. Les proches du défunt considèrent encore que la cause de son décès serait une crise cardiaque.

Amelchenko a affirmé exécuter dans les structures de Prigogine les instructions spéciales données par Leonid Mikhailov, directeur des fabriques de trolls et employé de Prigogine. Il a participé à mettre en scène un accident en propulsant un clochard devant la voiture d’une femme d’affaires qui avait un différend avec Evgeny Prigozhin. Il a également participé au tabassage d’un blogueur de l’opposition Anton Grishchenko à Sochi. Après cette agression, le blogueur a supprimé tous les comptes et a cessé de publier ses notes.

Personnellement, Amelchenko a également participé à des provocations sur EuroMaidan. Après la victoire de la révolution, il a été envoyé en mission au Donbass ainsi que dans les territoires contrôlés par les autorités ukrainiennes légitimes.

Novaya Gazeta a été menacé après ses révélations. Une première fois, la rédaction a reçu une tête de mouton accompagnée d’une couronne mortuaire et d’un texte : « Denis Korotkov, traître à la patrie ! » Ensuite, des moutons en cage avec l’étiquette « Novaya gazeta » ont été déposés devant ses bureaux.

Ces méthodes de gangsters correspondent bien au personnage commanditaire de ces assassinats. Il s’agit de Evgeny Prigozhin, un repris de justice qui a effectué neuf ans de prison dans les années 90, pour proxénétisme sur mineur, vol et agression. Il est devenu par la suite homme d’affaires spécialisé dans la restauration. Proche de Poutine, il emporte tous les contrats publics, d’approvisionnement des cantines scolaires et militaires aux tables les plus prestigieuses du Kremlin. Cela lui a valu le surnom de « Cuisinier de Poutine ». Mais, en plus du banditisme, il a d’autres activités fort éloignées de l’art culinaire qu’il met au service de Poutine : la fabrication de trolls sur internet et le mercenariat avec sa société militaire privée « Wagner ».

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.