L’évêché de Bayonne roule pour Moscou.

Le Kominterm orthodoxe de Poutine a pris dans sa toile l’évêché bayonnais. L’organisation internationale est partie en croisade pour soutenir la « chouannerie orthodoxe serbe » au Monténégro. L’intrusion est bénie par Cyrille, patriarche de Moscou et agent du KGB.

« Le pape, c’est combien de divisions ? » avait demandé Staline. En 1943, conscient de la force que peut représenter la religion, le maître du Kremlin ordonna le rétablissement du patriarcat de Moscou, anéanti par les bolcheviques quelques années auparavant. La guerre terminée, son maintien s’avérera nécessaire, car la puissance religieuse ne se chiffre pas en divisions militaires, mais en influence sur les subconscients et en agents secrets. En 1946, le Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou de l’Église orthodoxe russe fut créé. Il est aujourd’hui un des vecteurs de la politique extérieure du Kremlin.

Iouri Andropov fut 15 ans président du KBG, puis chef de l’État jusqu’en 1984. Il envisageait, en cas d’effondrement de la doctrine communiste, l’impératif de la remplacer par une idéologie néo-impérialiste capable de sauvegarder les structures de la puissance russe. En attente, le patriarcat de Moscou sera conservé sous une forme chétive et fermement contrôlée. L’abbé Innocent Pavlov était collaborateur du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou. Son directeur, le métropolite Nicodème lui a fait état des projets du KGB : construire avec l’Église un cadre idéologique qui pourra être une bouée de sauvetage en cas de naufrage de l’empire. En 1992, les prédictions maléfiques d’Andropov se sont réalisées, l’URSS et son idéologie se sont effondrées. Il a fallu appeler à la rescousse l’Église. Le plan palliatif d’Andropov a été mis en œuvre par son successeur Vladimir Poutine.

Il fallut alors agir vite, car la nature a horreur du vide. Le vacuum idéologique provoqué par le collapse soviétique aurait pu être envahi par des doctrines intempestives non contrôlées par le Kremlin. Le chaos n’aurait pas manqué de parachever, dans la lancée de l’effondrement soviétique, la dislocation de la Fédération de Russie. La reconstruction de la grandiose cathédrale du Christ sauveur à Moscou, détruite en 1931 par les communistes, deviendra le symbole d’une idéologie stabilisatrice rétablie.

 En réalité, le KGB, renommé FSB en 1993, n’a jamais cessé de diriger l’Église orthodoxe russe. Son patriarche actuel Vladimir Gundaïev a pris le nom de Cyrille. Les archives du KGB, rendues publiques après la chute de l’URSS, confirment que Cyrille n’est autre que l’agent secret « Mikhalov ». Cyrille a eu une promotion fulgurante dans la hiérarchie orthodoxe. Il n’avait que 24 ans lorsqu’il fut commandité à Genève pour représenter le patriarcat de Moscou. Il rentra subitement après que sa BMW, roulant à vive allure avec un colonel du KGB à bord, eut un accident. Régulièrement ; l’agent Mikhalov quittait l’URSS pour représenter le patriarcat de Moscou dans des conférences œcuméniques. Chacun sait qu’à l’époque soviétique, seuls les membres des services secrets étaient autorisés à voyager à l’étranger et désignés pour exécuter de telles missions. Le 5 décembre 2008, il devint le patriarche Cyrille lorsque son prédécesseur, Alexeï II, a été retrouvé mort. Ce dernier était également un agent de la quatrième direction du KGB chargée de la surveillance des Églises. Bien que les témoins pensent qu’il s’agit d’un assassinat, aucune enquête ne sera ordonnée. Lendemain même, Cyrille s’est félicité de cette mort subite qui a évité à l’Église une période embarrassante. Laquelle ?

Patriarche Cyrill, alias Mikhalov, agent du KGB © Pierre HAFFNER

Le Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou de l’Église orthodoxe russe est dirigé par des diplomates en soutane. Le « ministre des Affaires étrangères » de Cyrille est l’évêque et théologien politisé Hilarion. Soutenu par la puissance étatique russe, le département mène une politique offensive à l’étranger et remporte des victoires remarquables. L’une d’elles est la construction de la cathédrale de la Sainte Trinité, quai de Branly à Paris. Elle a été financée par l’administration présidentielle russe. En 2017, les agents des services ecclésiastiques qui gardent l’édifice m’ont exprimé leur sentiment « chrétien » en me bousculant sur le trottoir parisien alors que je tenais une affiche exigeant la libération des prisonniers politiques russes. Les policiers français accourus se sont transformés en police privée russe en achevant cette sale besogne.

D’autres succès spectaculaires ont été remportés par le patriarcat de Moscou. Il a acquis l’église orthodoxe de la rue Daru et l’Institut de théologie Saint-Serge de la rue de Crimée à Paris historiquement blanc. En tout, 46 des 115 des paroisses dépendantes de Paris ont rejoint Moscou. À l’étranger, Israël a transmis à la Russie les droits de propriété du complexe religieux Saint-Alexandre à Jérusalem en échange de la libération de l’Israélienne Naama Issahar emprisonnée en Russie pour trafic de drogue.

L’église « de tous les saints » a été construite à Strasbourg, quoiqu’il n’y ait aucune tradition orthodoxe qui pouvait être invoquée ici. L’église est dirigée par Philippe Riabykh, dont le titre officiel est « Représentant du patriarcat de Moscou auprès du Conseil de l’Europe ». C’est-à-dire que le job de cet ecclésiastique est le lobby. Le saint père est docteur en sciences politiques. En 2001. Il a terminé ses études au prestigieux institut d’État des relations internationales. L’établissement, qui dépend du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, forme des diplomates. Philippe Riabykh a entrepris et terminé en 2008 des études à l’Académie théologique de Moscou. Il n’est pas qu’un diplomate religieux auprès du Conseil de l’Europe, mais un agent d’influence, car les prêtres prêchent. Actuellement, en raison de la crise du coronavirus on peut se confesser auprès de lui par téléphone. Mais Philippe Riabykh en fait beaucoup plus. Il utilise ses fonctions sacerdotales pour intensifier les réseaux d’influence du Kremlin, c’est-à-dire la création d’un Komintern orthodoxe. C’est ainsi que l’évêché de Bayonne rentrera en contact avec le patriarcat de Moscou.

Vladimir Yakounine © Wikepidea Vladimir Yakounine © Wikepidea
Tout cela n’aurait pas été possible sans le premier tchékiste orthodoxe de France et de Russie : Vladimir Yakounine. L’homme, colonel du KGB soviétique, est un ami de Poutine. Il est milliardaire et membre de la coopérative « Ozéro » comme tous les fidèles du président. En échange de leur loyauté, Poutine leur a distribué les richesses russes : pétrole, gaz, aluminium, etc. Yakounine a hérité de l’immense réseau de chemin de fer. Il est président d’honneur de l’association « Dialogue franco-russe » dans laquelle il fréquente tout notre gratin politique et d’affaires. Président de la Fondation de « Saint-André le Premier-appelé », Yakounine élabore, soutient et finance les projets orthodoxes les plus divers. Vladimir Yakounine travaille toujours pour les services secrets russes dont il est colonel, car on ne quitte jamais cette organisation.

Les services de Yakounine se sont incrustés dans le débat qui oppose en France les partisans du « Mariage pour tous » et ceux qui défendent les « valeurs traditionnelles » chères également au patriarcat de Moscou. Ils ont approché des milieux traditionalistes catholiques français qui exprimaient leur admiration pour « l’exemple russe ».

Début avril 2014, une délégation de catholiques français, dirigée par Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, s’est rendue à Moscou. Y participait le fervent Guillaume d’Alençon, chargé des questions relatives à la famille, et d’autres personnalités. Cette visite s’est effectuée un mois après l’annexion de la Crimée par la Russie. Elle a été comprise comme un soutien à l’agresseur russe boudé par tout le monde diplomatique.

Mgr Marc Aillet reçu par Métropolite Hilarion. © blagovest-info.ru Mgr Marc Aillet reçu par Métropolite Hilarion. © blagovest-info.ru
L’intention affichée de l’évêque bayonnais était de susciter une coopération internationale sur les questions de la famille. Le contact préalable avec les autorités orthodoxes russes a été établi par l’intermédiaire de Philippe Ryabykh, représentant du patriarcat orthodoxe de Moscou auprès du Conseil de l’Europe. Dans la capitale russe, la délégation a rencontré son supérieur, le métropolite Hilarion, président du Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou. Dans son discours, ce dernier a fait mention des grandes manifestations qui ont eu lieu l’année précédente en France en faveur du mariage et de la famille et s’est dit très impressionné de ce sursaut, affirmant que de nombreux fidèles orthodoxes en France en avaient été les témoins directs (Plus de 50 paroisses en France).

Les Français ont également rencontré l’archiprêtre Dimitry Smirnov, président de la Commission patriarcale pour la promotion de la famille. Celui-ci a dernièrement défrayé la chronique russe en déclarant que les femmes sont moins intelligentes que les hommes. Il en veut pour preuve qu’il n’y aurait pas de femme championne du monde d’échecs. Il a déclaré également que les femmes vivant en régime matrimonial sont des prostituées gratuites.

L’archiprêtre Dimitry Smirnov © Gorsite.ru

 Ce réseau orthodoxe international est un instrument des services secrets russes pour soutenir la politique du Kremlin sur la ligne de front religieux en Ukraine et dans les Balkans. Il a été créé une organisation internationale « Les amis de l’orthodoxie ». Elle est dirigée par le président moldave Igor Dodon et soutenue par le patriarche de Moscou Cyrille.

Une croisade a été entreprise pour appuyer une « chouannerie orthodoxe serbe » au Monténégro. « L’Église monténégrine schismatique, invention de l’OTAN et non reconnue par aucune autre Église orthodoxe, voudrait s’emparer des paroisses serbes afin d’affaiblir l’influence russe ». Les mêmes éléments de langage se retrouvent sur le site du « Boulevard Voltaire », sur les pages Facebook d’Alexandre Miller de la Cerda, Consul honoraire de Russie à Biarritz et sur d’autres sites qui ont vu des nazis en Ukraine.

 Le « Monde orthodoxe de Moscou » est une extension du « Monde russe » de Vladimir Poutine. Au nom de ses « valeurs suprêmes », il aurait le droit d’intervenir où que ce soit pour protéger les intérêts de son patriarcat ou ceux d’autres églises comme la serbe au Monténégro. Le 16 octobre 2016 à Podgorica, capitale du Monténégro, les services secrets russes, en la personne de Eduard Shishmakov et Vladimir Moïssev alias Vladimir Popov, avaient tenté un coup d’État qui a avorté. Le Kremlin n’a pas renoncé à prendre le contrôle de ce pays.  

 Il y a eu suffisamment de guerres aux Balkans et on n’en a pas besoin d’une nouvelle au Monténégro, même pour des motifs religieux. C’est à son gouvernement de régler en toute indépendance ses problèmes.

En France, les paroisses orthodoxes dépendantes du patriarcat de Moscou utilisées à des fins de prosélytisme doivent être fermées. Les ecclésiastiques russes, qui tentent de recruter des « idiots utiles », selon l’expression de Lénine, doivent être renvoyés en Russie.

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