Un Français expatrié dans la Russie de Poutine

Voilà 25 ans que je vis en Russie. Il y a deux ans, je me suis lié avec un groupe d’opposition au Kremlin. Dès lors, les agents du FSB ont commencé à s’intéresser à moi. À partir de cette date, mes ennuis ont débuté. Cette pensée m'est venue à l'esprit lorsque je me suis retrouvé allongé sur la chaussée au-devant d’une voiture qui fonçait sur moi rue Miasnitskaya à Moscou.

Piquet à Moscou © bl Piquet à Moscou © bl

Mes amis ont constitué un groupe qui se nomme par dérision « Mouvement 14 % », la propagande officielle proclamant que Poutine est fort de 86 % d’approbation parmi la population. Afin d’attirer l’attention de celle-ci et des médias sur l’évolution autoritaire du régime, ces opposants effectuent par petits groupes des actions d’éclat retransmises sur les réseaux sociaux.

Leur premier objectif est de vaincre la peur qui s’est instaurée tout d’abord sur eux-mêmes, sur l’opposition et toute la population après l’affaire « Bolotnoe ». Le 6 mai 2012, Poutine avait maté une manifestation de l’opposition unie.La dernière! Les principaux organisateurs ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Certains ont été contraints de s’exiler. D’autres ont eu la sagesse de se faire oublier temporairement. Boris Nemtsov, le leader de cette opposition défaite, ne s’était pas incliné. Le 27 février 2015, il a été assassiné devant le Kremlin.

Depuis, les lois liberticides instaurées par Poutine ont placé la Russie en état de siège. Elles interdisent les rassemblements de plus d’une personne sans autorisation préalable des autorités. La quatrième infraction est rejugée au pénal et est passible de cinq ans de prison fermes dans des contrées peu hospitalières. Les audacieux prêts à prendre un tel risque sont très rares. Cependant, ils existent. Je les ai rencontrés. Mes amis ont tous été arrêtés maintes fois, condamnés à des amendes et parfois à la prison. En les fréquentant, j’ai mis le doigt dans l’engrenage qui veut les broyer. Il commence à me happer moi aussi. Au cours des lignes qui vont suivre, je vais vous faire part de mon expérience.

Le pont Nemtsov

Ici, à 60 pas du Kremlin, Boris Nemtsov a été assassiné de quatre balles tirées dans le dos. Un mémorial provisoire, non autorisé, y a été improvisé. Il est veillé en permanence par des militants. Certains sont des dissidents de l’époque soviétique. D’autres sont beaucoup plus jeunes. On y échange son expérience et des nouvelles avec ceux qui viennent de toutes les régions de Russie et d’Ukraine apporter des fleurs. L’intérêt de ces discussions m’a rendu assidu du lieu.

Sur le pont Nemtsov © bl Sur le pont Nemtsov © bl

Place de la Lubianka

Un soir, c’était le 30 du mois, Nadyr, veilleur sur le pont Nemtsov, m’informe qu’auprès de la pierre Solovietsky, symbole des camps soviétiques, il est procédé à l’appel des prisonniers politiques du Goulag de Poutine. J’accours pour découvrir, devant l’imposant immeuble du KGB qui trône sur la place, une jeune femme Véra debout tenant une affiche. Véra tient la « Chronique des temps actuels », par analogie au moine Nestor qui tenait dans l’ancienne Russie de Kiev la « Chronique des temps anciens ». Elle fait l’appel des personnes arrêtées pour raison politique au cours du mois. Félix, un moine bouddhiste fait trois fois le tour de la pierre en fredonnant une mélodie. Il frappe son disque de bronze qui émet un son apaisant.

Une dizaine de personnes assistent Véra. Ce sont en majorité des femmes. Derrière, il y a un type qui se tient à distance, capuche relevée sur la tête et caméra à la main. Parfois il téléphone. Mais il faudra vous y habituer. Dès que vous commencerez à fréquenter les opposants à Poutine, vous aurez toujours une ombre derrière vous qui vous suit.

La scène est interrompue par une voiture de police qui arrive en trombe, gyrophares allumés. Les policiers surgissent et demandent à Véra de présenter ses papiers d’identité. Puis, l’un d’eux s’éloigne pour téléphoner discrètement. Ils procéderont ainsi avec toutes les personnes qui relèveront Véra devant la pierre Solovietsky. Chacune à tour de rôle tiendra une affiche. C’était l’hiver. Il gelait et les poses n’étaient que de quelques minutes.

Je venais ainsi de prendre connaissance de la procédure qu’il convient de respecter scrupuleusement pour faire des piquets, sous peine d’arrestation. Et puis, même si vous l’observez à la lettre, la police vous arrêtera quand même, si elle en a reçu l’ordre.

Les piquets

Marc Galpérin en sait quelque chose. Il a été condamné à trente jours de prison pour avoir tenu entre ses mains sur la place du manège à Moscou l’affiche « Je suis Charlie » en solidarité avec les Français qui furent victimes d’attentats terroristes. Marc Galpérin attend encore en retour un signe de solidarité de la part des Français. À part mon humble soutien, il n’a rien vu d’autre. Il ne désespère pas.

Poutine craint le peuple. Il interdit toute expression sur l’espace public. Il a interdit les musiciens de rue à Moscou. Certains ont été condamnés pour rassemblement non autorisé, car plus d’une personne s’était arrêtée pour écouter leur concert. Les artistes de rues ont été chassés de l’Arbat. On ne sait jamais, ils pourraient caricaturer Poutine. On peut aussi se faire arrêter tout seul, sous prétexte que l’on gêne la circulation piétonnière, même si on se tient sur une place immense et vide. Il suffit qu’un provocateur fonce sur vous et se plaigne que vous l’empêchez de passer. La police vous donnera toujours tort. Les tribunaux aussi.

Selon la loi, un piquet doit être solitaire. À moins de cinquante mètres, aucune autre affiche ne doit être visible. Pour arrêter un piquet, la police peut justifier que quelqu’un porte un badge à proximité, que l’affiche a été transmise de main à la main ou que les personnes sont arrivées groupées. Cela démontre qu’il y a eu accord préalable entre elles et qu’il s’agit d’une action concertée et non individuelle. Elle peut prétendre que l’affiche orientée vers la circulation routière peut distraire les automobilistes et causer un accident. La police peut provoquer elle-même un piquet parallèle et justifier qu’au cours d’une fraction de seconde deux affiches ont été visibles simultanément. Les nervis des organisations pro-Poutine, SERB et NOD, s’approchent, vocifèrent et bousculent les piquets. Ils arrachent leur affiche des mains. Il faut surtout rester impassible sinon vous serez le seul à être arrêté et condamné.

Ces petits trucs sont des classiques de la panoplie répressive utilisée par la police russe. J’ai été à plusieurs reprises témoin d’arrestations de piquets uniques sous prétexte que ceux-ci étaient doubles. Je me suis présenté aux procès pour témoigner. L’avocat m’a demandé d’attendre dans le couloir et a pris mon identité pour transmission au juge. J’ai attendu que l’on me fasse entrer à l’audience pour témoigner. En vain ! Lorsque l’on m’a fait entrer, cela a été pour entendre le verdict. Le juge, qui siège seul, condamne séance tenante sans entendre les témoins, sans examens des photos et vidéos.

Poutine élimine les témoins

Le Pouvoir veut éliminer en cati mini ces opposants si turbulents. Il ne veut pas que la répression intérieure porte atteinte à sa renommée internationale, qu’il chérit tant et qui lui coûte si cher.

Et moi avec mon Selfie et mon vieux iPhone branché sur Facebook je me suis mis à retransmettre en direct le comportement rebelle de mes amis, non seulement en Russie, mais aussi en Ukraine et dans la très poutinienne France. Cela au même moment ou Poutine dépense des fortunes pour soutenir « Russia Today » en français et construire un centre « culturel » au cœur de Paris.

J’ai très vite remarqué que l’on commençait à s’intéresser à moi. Des personnes m’ont abordé et m’ont posé des questions. Je me faisais passer pour un certain Arthur Artigoulas, mais cela ne durera pas longtemps.

Le 13 août 2016, Marc Galpérin et ses compagnons effectuaient leurs piquets hebdomadaires sur la place du Manège à Moscou. Nous étions en présence du tableau habituel qu’un incident viendra troubler.

Le piquet se tenait avec son affiche sous la statue monumentale du maréchal Joukov. Ses amis se tenaient à quelques métres de là, côtoyés par quelques policiers en uniformes. Un peu plus loin, les gaillards des forces spéciales « OMON », toujours prêts à intervenir au moindre signal, les fourgons cellulaires garés à deux pas. Le tout est supervisé à distance respectable par les agents du FSB en civil, caméras et téléphones portables à la main. Tout état « normal », pourrait-on dire.

Ce jour-là, un agent du FSB a voulu faire du zèle. Il s’est approché du piquet. Il est vrai que ce dernier avait violé une règle tacite. Il ne faut faire sur son affiche aucune allusion à Poutine. Il s’agit d’un blasphème civil. Toute allusion au dictateur provoque l’arrestation immédiate de son auteur. Au commissariat, les policiers invoquent une raison légale et avouable sur leur procès verbal. Le contrevenant sera immanquablement condamné par les tribunaux.

Un agent du FSB s’est approché de la personne qui se tenait en piquet pour contester le texte de l’affiche exposée. Afin de ne pas laisser le piquet seul face au tchékiste, ses amis se sont approchés, formant ainsi un cercle au tour de lui. Le fonctionnaire de Lubyanka a frappé du revers du bras l’un d’eux pour le tenir à distance respectable. Sous le choc, sa montre est tombée. Puis, alors que je le filmais, il a saisi mon selfie et l’a brisé. Mon iPhone est resté suspendu par le fil. Je l’ai interviewé dans cette position. Je lui ai demandé : « Pourquoi avez-vous cassé mon selfie ? ». À ce moment-là, il s’est aperçu qu’il avait perdu sa montre et l’a ramassée. La remettant à son poignet, il m’a dit : « Et vous, pourquoi avez-vous cassé ma montre ? » Mon petit doigt m’a alors suggéré de cesser rapidement la conversation si je ne voulais pas me retrouver inculpé d’un délit imaginaire.

Le soir même, j’ai mis la vidéo sur ma page Facebook. En deux jours, elle a été visionnée 50.000 fois. N’en doutez pas, cette vidéo a été scrutée également sur les écrans de Lubyanka. Depuis le temps que je les fréquente, tous ces inspecteurs du FSB sont devenus des connaissances visuelles que je ne manque pas de saluer en me découvrant à chaque manifestation. Ils me rendent la politesse et j’en suis fort honoré. Mon but est d’étudier et de comprendre la Russie. Je ne veux absolument pas rompre le contact avec eux. Ils ont des choses à m’apprendre. Mais eux, ils brûlent aussi d’une envie forte d’en savoir plus sur mon compte et de fixer sans aucune équivoque mon identité. Pour cela, ils ont décidé de m’arrêter. Cela fut fait quelques jours plus tard, le 25 août 2016.

Ma première arrestation

Le 25 août au matin, un ami me prévient très brièvement d’avoir décidé avec quelques compagnons de célébrer l’anniversaire d’un acte audacieux effectué en 1968 sur la Place Rouge par sept dissidents soviétiques. Ceux-ci avaient alors protesté contre l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie. Ils furent tous arrêtés. Nous aussi... 48 ans plus tard. Mais pas immédiatement. De toute évidence, notre communication téléphonique du matin n’a pas été captée par le FSB. On ne nous attendait pas sur la place Rouge ce jour-là.

Irina Yatsenko, Viktor Kapitonov, Olga Sonina et Igor Klotchkov, héros de ce nouveau défi au régime postsoviétique, rétabli par Poutine, ont pu poser une quinzaine de minutes sur la place Rouge arborant les mêmes slogans que leurs aînés, « Pour notre et votre Liberté », « Nous perdons nos meilleurs amis » et « la Russie sera libre ! »

En direct sur Facebook © bl En direct sur Facebook © bl

J’ai pu les filmer à loisir en direct sur Facebook. J’ai retransmis également leur arrestation et cheminement jusqu’au véhicule de police en me tenant à une distance respectable pour ne pas me faire embarquer moi aussi. Mais je me suis fait piéger de la manière suivante. Le cortège a contourné une barrière de police pour rejoindre les véhicules. Me croyant protégé par cet obstacle, je me suis approché trop près de toute cette compagnie. Un policier m’a alors reconnu et m’a invité à le rejoindre. Je me suis retrouvé ainsi prisonnier au commissariat de police du quartier central de Moscou en compagnie de ces cinq dissidents de cette Russie moderne, mais au coloris fort ancien.

J’ai toutefois joui d’un régime de faveur, puisque, l’on ne m’a pas enfermé avec les autres dans la « cage à singes » qui trône dans le hall central de ce poste de police. Un homme du FSB m’a présenté sa carte professionnelle afin que je ne doute pas de sa fonction. Ensuite, il m’a photographié. Un policier m’a demandé mes pièces d’identité et les a photocopiées. Puis il me les a rendues. À partir de ce moment, je n’ai plus eu de doute. Je suis fiché à Loubianka. Mon dossier avait un nom : « Pierre HAFFNER ». Toutes mes malices destinées à camoufler ma véritable identité étaient désormais inutiles.

Deuxième arrestation

20 décembre 2016, c’était le quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire de l’organisation terroriste qui a assassiné 30 millions de personnes : la Tchéka. Sous son nom actuel, FSB, et avec son colonel et ancien directeur Vladimir Poutine, elle est revenue à nouveau au Kremlin. Alors que le pays est aussi effrayé et muet que sous l’ère stalinienne, mes intrépides amis ont décidé de fêter dignement cet événement en lâchant des préservatifs gonflés à l’hélium au-devant de la porte Pavlensky. Cette porte, incendiée par Piotr Pavlensky, artiste réfugié en France, porte désormais son nom.

Affublé de mon seul statut d’observateur, alors que je marchais paisiblement sur la rue Miasnitskaya derrière ce groupe d’opposants j’ai été agressé dans le dos par un individu. L’homme a ensuite tenté de briser à coup de talon mon iPhone tombé sur le trottoir. Voulant identifier mon agresseur, j’ai repris mon portable qui fonctionnait encore, pour photographier le délinquant à distance respectable. À cet instant, cet individu a franchi d’un bond les mètres qui nous séparaient et m’a projeté violemment sur la voirie où j’ai chuté. Allongé sur la chaussée en cette heure de pointe, un concours bienheureux de circonstances a voulu que le véhicule qui aurait dû m’écraser se soit arrêté à temps. L’individu m’a abandonné ainsi et poursuivi sa route. Des passants m’ont aidé à me relever et à rejoindre le trottoir sur lequel j’ai récupéré une chaussure perdue sous la violence du choc.

Quelques instants plus tard, j’ai constaté avec stupéfaction que mon agresseur commandait un détachement de policiers. Il ordonnait à ceux-ci d’arrêter les militants situés devant moi, puis moi même. Cet inconnu avait l’air de bien me connaître, puisque me montrant du doigt pour me désigner parmi les passants, il m’a invectivé : « On va parler avec toi ! » 

Dans un premier temps, les policiers nous ont dit nous amener au commissariat de quartier, situé à quelques minutes de trajet. En définitive, ils nous ont baladés trois heures dans ce fourgon pour enfin nous déposer dans un commissariat fort éloigné. Nous avons posé la question : « Où nous amenez-vous ? » Les policiers ont répondu une première fois « Au four crématoire », puis dans une briqueterie au Daghestan, faisant ainsi référence aux réseaux esclavagistes qui enlèvent les SDF à Moscou pour les revendre au Caucase.

Je fus relâché cinq heures plus tard sans connaître les raisons de mon arrestation et sans avoir pu être confronté avec mon agresseur qui désirait tant parler avec moi.

Son acharnement à vouloir briser à coup de talon mon iPhone sur le trottoir m’a fait comprendre que lui aussi le dérange. Mon iPhone diffuse une information directe et réelle qui contredit la propagande officielle des réseaux Poutine en France. Mais on n’agresse pas les propagandistes de Poutine en France. Ils jouissent d’une liberté, dont je suis privée ici.

Plus tard, j’ai disposé la photo de mon agresseur sur la toile. Rapidement mes amis m’ont communiqué son nom. Il s’agit de Eugène Platov, alias « Genas FSB » ou « Géna Yatsogolotsky », inspecteur du FSB, Service fédéral de sécurité, ex-KGB.

J’ai déposé plainte auprès du procureur russe contre Eugéne Platov pour attentat à ma vie. Je pensais que les autorités russes auraient pris les mesures nécessaires afin de l’empêcher de nuire à nouveau. Je me suis lourdement trompé.

Troisième arrestation

L’article 31 de la Constitution russe garantit le droit de réunion. Mais Poutine l’interdit. Il a fait voter une loi qui rend nécessaire une autorisation administrative que les autorités ne donnent jamais. Les contrevenants encourent un risque d’arrestation dès qu’ils sont plus d’un au même endroit. Les vidéos que j’ai publiées sur mon blog Médiapart en témoignent.

Un groupe « Stratégie 31 » entend faire tous les 31 du mois une action médiatique afin de dénoncer cette atteinte au droit constitutionnel de réunion.

Le 31 janvier, il était prévu de faire une photo d’activistes tenant tous leur portable, lampe allumée. Cette action a réussi à Saint-Pétersbourg, mais à Moscou, le FSB l’a faite avorter.

Lorsque les militants utilisent les messageries pour coordonner leurs actions, les fourgons cellulaires, les agents du FSB et du centre « E » (centre de lutte contre l’extrémisme) arrivent sur place avant eux. Deux personnes qui ont l’intention d’allumer la lampe de leur portable en même temps sont des extrémistes en Russie. Le « comité d’accueil est prêt » pour les accueillir et tous les militants se retrouvent arrêtés sans avoir même pu broncher.

Stratégie 31. Pour la liberté de réunion. © bl Stratégie 31. Pour la liberté de réunion. © bl

Par mesure de précaution, le rendez-vous a été donné au centre de la station « Okhotny Riad ». Là, un militant en faction soufflait à l’oreille de tous les arrivants : « Centre Evropeysky » à Kievskaya. Nous nous sommes tous retrouvés sur le parvis du centre commercial. Un copain était posté à l’étage, prêt à nous photographier avec le portable allumé. L’action a été annulée. Les fourgons cellulaires étaient rangés à deux pas, et tous les agents de Lubyanka s’étaient donné rendez-vous avec nous ce soir-là, devant ce centre commercial.

L’opération ratée, j’ai quitté mes amis. Alors que je m’apprêtais à quitter le centre commercial, deux hommes me barrèrent le chemin. L’un d’eux m’invectiva. Je reconnus Eugène Platov, agent du FSB, qui attenta à ma vie quelques jours plus tôt. J’ai appelé à l’aide. Des vigiles accoururent. Sous prétexte d’arrestation, ils exfiltreront sournoisement mon agresseur. Quelques instants plus tard, je fus interpellé moi-même par d’autres agents secrets du centre « E » de lutte contre l’extrémisme. C’est moi qui fus arrêté et conduit au poste. Mon agresseur court toujours.

Profitant de ma garde à vue, j’ai rédigé une nouvelle déclaration à l’encontre de Eugène Platov et protesté qu’on ne l’ait pas encore inquiété à ce jour et libéré de ses fonctions. Mais ne nous trompons pas. C’est la dictature de Poutine qui est en cause. Le FSB est une organisation criminelle qui a carte blanche pour persécuter, menacer, et assassiner les opposants au régime. Eugène Platov est un exécutant. Le 20 décembre 2016, si j’avais été écrasé sur la rue Miasnitskaya, au centre de Moscou, cela aurait été classé comme accident de la circulation.

J’ai demandé à notre ambassade d’interroger par voies diplomatiques les autorités russes afin que ces dernières fassent connaître quelles mesures elles ont prises pour assurer ma sécurité dans la capitale russe.

Pierre HAFFNER

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.