La France doit sauver Nadejda Pétrova.

En Russie, les procureurs requièrent des internements en hôpital psychiatrique à l’encontre des opposants politiques. Vyacheslav Dobrinine militant de « Artpodgotovka » est menacé par cette psychiatrie punitive. Il pourrait en être de même pour sa camarade Nadejda Pétrova.

Nadejda Pétrova © Pierre HAFFNER Nadejda Pétrova © Pierre HAFFNER
Le procureur de Novossibirsk a requis 7 ans et 5 ans de prison à l’encontre d’Alexandre Komarov et d’Anatoly Plotnikov, ainsi que l’internement de Vyacheslav Dobrynin dans un hôpital psychiatrique « spécialisé ». Ces établissements ne sont rien d’autre que des prisons dans lesquelles il est administré aux prisonniers, contre leur gré, des substances psychotropes. Ces dernières agissent sur le système nerveux et modifient des processus biochimiques et physiologiques cérébraux. En cas de refus, les patients sont ligotés sur un lit et subissent ces injections par piqûre. Ces pratiques sont héritées de l’Union soviétique. Elles sont assimilées à de la torture. Elles sévissent à nouveau en Russie.

En Russie, les procès à l’encontre des militants de « Artpodgotovka » se succèdent, pour tous ceux qui n’ont pu s’exiler à la hâte. Ils sont jugés à huis clos par des tribunaux militaires. Certains ont réussi à fuir. Vyacheslav Maltsev, déclaré terroriste en Russie, a obtenu l’asile politique en France. Au hasard de sa fuite éperdue, Nadejda Pétrova s’était réfugiée dans un premier temps en Autriche. Mais le gouvernement d’extrême droite autrichien, allié de Poutine, lui a refusé l’asile politique.

Le Kremlin est tenace. Il ne renonce jamais à éliminer ses opposants, où qu’ils soient. En 1940, ses agents avaient déjà assassiné Léon Trotski à Mexico. Cette sinistre tradition se maintient avec l’accession au pouvoir du directeur du FSB, Vladimir Poutine. On se souvient des derniers empoisonnements de Russes, Alexandre Litvinenko et Sergey Skrypal, en Grande-Bretagne.

Poutine ne laissera pas de répit à celle qui a eu l’outrecuidance de le défier : Nadejda Pétrova, figure emblématique et féministe de l’opposition russe.

Le Kremlin a lancé un mandat d’arrêt par Interpol. Celui-ci devait se combiner avec l’arrêt d’expulsion pris par les autorités autrichiennes. Il pensait ainsi ramener Nadejda Pétrova à Moscou, où elle est passible de la prison à vie. Dans son exil autrichien, Nadejda Pétrova a été prévenue par un voisin moscovite. Un policier avait confié à ce dernier que des démarches étaient entreprises pour ramener la dissidente en Russie où elle sera jugée. Nadejda Pétrova a remercié son voisin moscovite pour cette précieuse information dévoilée par le policier bavard. Sans demander son reste ni prendre le temps de récupérer son passeport saisi par les autorités autrichiennes, Nadejda Pétrova a franchi les frontières italiennes pour se réfugier en France. Deux jours plus tard, la police autrichienne frappait à sa porte pour l’arrêter, mais c’était trop tard.

Le mandat d’arrêt d’Interpol retrouvera Nadejda Pétrova en France où elle a été arrêtée. Un réseau de solidarité spontané obtiendra sa libération et l’annulation du mandat d’Interpol.

Les autorités françaises viennent de refuser à Nadejda Pétrova l’asile politique en France. Elles l’expulsent en Tchéquie. Cette décision est incompréhensible puisque Nadejda Pétrova n’a jamais obtenu de visa tchèque, n’a jamais été en Tchéquie et n’a jamais demandé d’asile politique en Tchéquie. Il s’agit de la reprise de la procédure russe de rapatriement de Nadejda Pétrova en Russie via la Tchéquie, celle même qu’avait avouée le policier russe à la voisine : « Nous la ramènerons de Tchéquie ». En Autriche et en Tchéquie, la cinquième colonne du Kremlin est particulièrement active. Les réseaux de solidarité avec Nadejda Pétrova sont inexistants. La manigance du Kremlin fonctionnera.

La France doit accorder l’asile politique à Nadejda Pétrova.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.