Ramzan Kadirov, fils "adoptif" de Poutine

La Famille, un film sur Ramzan Kadyrov, que Poutine appelle son fils... La Russie ouverte. © Открытая Россия
Pourquoi Vladimir Poutine a-t-il peur de Ramzan Kadyrov? Qu'est-ce qu’une "armée vassale"? Qui sont les krachniki Combien cela coûte-t-il de rejoindre les forces d'élite ? Et pourquoi est-il interdit d'appeler avenue Poutine à Grozny du nom d’avenue de la Victoire?

 Traduction abrégée des analyses du film publié par "Russie Ouverte"

Pourquoi Vladimir  Poutine craint-il Ramzan Kadirov ? Combien faut-il payer pour être membre des unités d’élite de Kadirov ?  Pourquoi « Avenue Poutine » à Grozny ne peut-elle  être renommée «  Avenue de la Victoire ? »
Nous savons qu’il y avait la famille d’ Eltsine. Nous connaissons les amis de Poutine. À présent, nous savons que Ramzan Kadirov est  fils de la famille Poutine.

La structure du pouvoir actuel de la Tchétchénie a commencé à se former en 2002, lors de la deuxième guerre de Tchétchénie. Alors les miliciens tchétchènes ont été engagés : les hommes des frères Iamadaev et du mufti Akhmad Kadirov. Ainsi ont  été formés les bataillons «Zapad », 700 hommes, «Vostok»,700 hommes, et le service de sécurité présidentielle, plus de 2.000 hommes.

L'armée de Ramzan Kadirov.

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L’autre partie des forces  tchétchène  est formée à partir d’anciens séparatistes. Le nouveau pouvoir tchétchène, « pro-Kremlin » de Akhmat Kadyrov, a constitué une armée recrutant les anciens  adversaires. Les crimes de guerre des anciens rebelles ont été amnistiés en échange de leur loyauté envers le nouveau pouvoir. Ainsi ont été créées les milices du ministère de l'Intérieur  et le service de sécurité de la Présidence tchétchène. Ce dernier est devenu la base des principaux bataillons de Ramzan Kadirov, « Youg », 700 hommes, et «Sever», 600 combattants. Aujourd'hui, Ramzan Kadyrov dispose des forces de sécurité les plus efficaces en Russie.

L'une des unités les plus influentes du ministère de l'Intérieur  tchétchène est le « régiment du pétrole », 2.400 soldats. Il lui a été confié à la protection de « Tsentrapoy »,  village familial de Kadyrov. Les forces de police spéciales « OMON » sont sous le contrôle personnel de Ramzan Kadirov, 300 combattants.

Les effectifs du ministère de l’intérieur tchétchène sont en constante augmentation. Selon certaines estimations, ils ont été multipliés par quatre.  Par contre, les unités incontrôlées par Kadirov ont été dissoutes. Ainsi, les bataillons «Zapad» et «Vostok» avec le clan Iamadaïeev ont été démantelés  après la guerre en 2008.  La 42e division, 16.000 hommes, soit la seule unité russe présente en Tchétchénie  a été dissoute.

La taille exacte de l'armée, Ramzan Kadyrov est inconnue. Selon diverses sources, elle comporte jusqu'à 80.000soldats. L'an derrière, 20.000 hommes des forces de sécurité ont juré allégeance éternelle à  Ramzan Kadirov dans le stade de Grozny.

 Poutine considère que les trois grandes réalisations de son règne sont : la pacification  du Caucase du Nord, la stabilité politique et économique générale du pays et l'annexion de la Crimée. Deux de ces succès ont été obtenus grâce à l’aide Kadirov.

L'argent de Ramzan Kadirov.

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On considère en général que les dotations  du budget  russe sont source de bien-être éternel pour la Tchétchénie. Il est impossible de dire exactement combien la république caucasienne a reçu au cours de ces 15 dernières années.  Les subventions officielles représentent près de 500 milliards de roubles soit 10 milliards d’Euros.  Il faut ajouter à cela les fonds que les agences fédérales  dépensent directement en Tchétchénie. Mais la corne d’abondance de Kadirov n’est pas le budget russe. Un réseau complexe de  contribution de la population  nourrit Kadirov et son clan.  Ce système, dénommé « Fondation Akhmata Kadirov », a été créé par le fils Ramzan  aprés son accession au pouvoir.

Officiellement, c’est la mère de Ramzan, Aïmani Kadirov,  qui dirige cette fondation. Les statuts indiquent : « L’activité du fond est la réalisation de projets sociaux dans la république.  En particulier, il favorise la construction de logements, ponts, routes, et propose également une assistance aux personnes en situation difficile ». Mais après-guerre, l'argent, pour la reconstruction de la Tchétchénie a été fourni par le budget fédéral russe. La fondation de Kadirov s’occupe d’autres choses.  Récemment, elle a offert 16 motos Harley Davidson aux « Loups de nuit », une montre d’une valeur de 100.000 euros au designer  Sergei Zverev, une  Porsche Cayenne de 250.000 d'euros  à  la journaliste Yana Rudkovsky, un million à Diego Maradona pour avoir joué au football avec Kadirov et encore  un million à l’actrice Hilary Swank, arrivée à Grozny sur un jet privé pour l’anniversaire de Ramzan Kadirov,  deux millions à Mike Tyson pour être venu boxer avec lui. La liste peut être prolongée.

Répondant à la question de savoir qui finance sa fondation, Kadyrov dit : « Allah et des personnes gentilles ». Parfois, il cite des noms . Ce sont surtout des hommes d'affaires tchétchènes. Par exemple, les frères Umar et Hussein Dzhabrailov, Ruslan Baisarov, Mikhail Gutseriev, et d'autres. Mais ces dons ne sont pas la principale source de revenus de la fondation.
Une fois par mois, tous les Tchétchènes versent une cotisation à la fondation  Kadyrov. Le taux varie en fonction du statut de chaque Tchétchène. Les fonctionnaires  donnent 10 % de leur salaire. Par exemple, si vous êtes instituteur, vous touchez seulement 18.000 roubles des 20.000 qui devraient vous revenir. La différence va directement à la fondation. Les employés des sociétés privées ont moins de chance. Ils sont prélevés d’un tiers.  Un laveur de voitures touche 20.000 au lieu de 30.000. Il doit reverser 10.000 aux collecteurs du tribut. Les entrepreneurs  sont les plus taxés. Ils sont prélevés de 50%. Refuser signifie tout perdre.
Selon les estimations approximatives, les sommes mensuelles ainsi  rachetées varient de 3 à 4 milliards de roubles. Elles sont naturellement non imposables et hors de tout contrôle administratif.

Les victimes de Ramzan Kadirov:

Satsita et Zargan Aydamirova

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En 2013, à la station-service de « Geldaga », petit village tchétchène où elles travaillaient et vivaient,  deux sœurs, Satsita et Zargan Aydamirova, ont disparu le 10 mai au matin. Les portes du bâtiment étaient grandes ouvertes, leurs affaires étaient dispersées et sur les murs il y avait des impacts de balles, sur le sol des flaques de sang.
Les enquêteurs sont arrivés, puis un homme se présentant être «Ranger», surnom de Ali Vakhayev,  proche de Kadirov. Le « Ranger » s’est éloigné quelque peu et a parlé longtemps au téléphone. Un passant  a entendu ces paroles:  « Cela est notre travail, les chefs sont au courant »

Le lendemain, le 11 mai, le directeur de la commission d'enquête a été remplacé. Sergei Bobrov, homme sans rapport avec les forces de sécurité locales, a pris ses nouvelles fonctions. Peu de temps après la disparition des deux femmes, Bobrov est  allé personnellement à la station-service pour examiner la scène du crime. Revint également « Ranger » qui a rapporté  par téléphone d’une manière détaillée le comportement de l’enquêteur.

Mais l’enquête de Bobrov n’a pas abouti: en novembre 2013, il est parti soudainement en congé et n’est jamais revenu. L'ordonnance de licenciement de Bobrov a été signée personnellement par Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie. Selon les journalistes et les militants des droits de l'homme, la démission Bobrov par Poutine avait pour cause  son enquête  concernant l’assassinat de ces deux femmes en Tchétchénie.  Bobrov a été licencié par Poutine sur demande  personnelle de Ramzan Kadirov.

Alikhan Akhmedov

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En 2007, Alikhan enquêtait  sur l’assassinat d’un policier commis dans  le district Zavodskoy à Grozny . Ses soupçons sont tombés sur des policiers antiémeutes  qui devaient  à leur supposée victime 200.000 roubles.

Alikhan, sur demande de Ruslan Alkhanov, ministre de l'Intérieur de  Tchétchénie,  a interrogé les suspects. Le lendemain matin, il  a reçu un SMS : «  Ne te mêle pas de cela si tu veux vivre ». Le soir même, huit policiers antiémeutes ont fait irruption dans le café où dînait Alikhan, ont tiré des coups de feu et le saisissant, ils l'ont  poussé dans une voiture. Ils se recommandaient obéissant à l'ordre donné par le commandant des forces antiémeutes de Tchétchénie, Alikhan Tsakaeva.

Akhmedov se réveilla dans les locaux de police, les mains ligotées  avec de la corde derrière le dos et un chiffon bourré dans la bouche. Une corde a été passée par-dessus la branche d'un arbre et Alikhan a été pendu par les pieds. Ensuite, les policiers antiémeutes ont commencé à le battre de toutes parts, sur les mains, les pieds, le corps et la tête. Cela a duré environ trois heures. Lorsqu’il perdait connaissance, ils lui versaient  dessus un seau d'eau froide. Pendant les sévices, l'un des officiers éteignait ses cigarettes sur son cou.

À la fin de la séance de torture, le commandant des forces antiémeutes,  Alikhan Tsakayev et le ministre de l'Intérieur tchétchène Rouslan Alkhanov sont arrivés.  Tsakayev déclara que personne n'a le droit de vexer ( de soupçonner de crimes) les policiers antiémeutes, et tous ceux qui oseront se comporter ainsi subiront le même sort.

 Rizwan Matsaev

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Tôt dans la matinée du 20 janvier 2014, Rizwan quitte  son appartement à Grozny et part à la mosquée pour la prière du matin. Dès lors, il a disparu.
Ses parents sont convaincus qu’il a été victime d’un raid des hommes de main des forces de sécurité tchétchènes. Suite aux déclarations de Kadyrov de renforcer la lutte contre les islamistes radicaux en Tchétchénie disparaissent des jeunes, les uns après les autres. En premier lieu, ceux qui portent la barbe sans moustache et les pantalons retroussés. On pense qu’il s’agit des caractéristiques principales des wahhabites.

La mère de Rizvan Zura Matsaev  est convaincue que les escadrons de la mort de Kadirov ont fait disparaître son fils. Après son enlèvement,  trois de ses amis ont également disparu. À chaque fois, la police les a appelés. Ils sont sortis dans la cour et ont disparu. Aucun n’est revenu.
Deux jeunes hommes, arrêtés avec Rizvan, ont réussi à quitter les sous-sols de la police tchétchène, où ils étaient retenus. Ils ne savent pas si Rizwan Matsaev est encore vivant.

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  « S’il y a un Maïdan à Moscou, ce ne sera pas la police russe qui tirera sur la foule, mais les hommes de Kadirov. Et ils feront cela avec plaisir »

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Moïse Lomaev

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Moïse avait 13 ans lors de la première guerre de Tchétchénie. Il vécut  retranché dans des sous-sols avec sa famille. Ensuite, son père les amènera tous au Daghestan. Lors de la Deuxième Guerre, il avait 18 ans. Étant  partisan de l'islam modéré, il est devenu membre d’une unité militaire d’Itchkérie (Tchétchénie). Il n'a jamais pris part à une bataille. Il a vécu dans les bois puis est allé en Ingouchie. Il  est le seul homme resté vivant de la famille, à l’exception d’un frère handicapé.

En Ingouchie, il vivait dans un wagon abandonné, sans argent et sans travail. Après la guerre, Moïse s’est marié et est retourné à Grozny. Il a commencé à travailler comme maçon et a étudié à la Faculté de chimie et de biologie.

En 2004, il a été arrêté. Au petit matin, les barbouzes de Kadirov ont fait irruption dans sa maison et l’ont amené  dans les locaux de la milice du district Leninski. Battu  plusieurs jours, il a été accusé d’acte terroriste. Au total, il encourt jusqu'à 20 ans. Moïse a refusé de signer des aveux. Puis il a été emmené dans une  base et torturé plusieurs heures par jour, tous les jours pendant quatre mois d'affilée. Ce lieu s’appelle « ORB-2 ». C’est le plus terrible centre de torture en Tchétchénie. « Au poste de police, tu as été battu, étranglé jusqu'à perte de connaissance, asphixié avec un masque à gaz. Mais ici, on peut faire venir ta femme et la violer devant tes yeux, battre ta mère, ton père, t’insérer du courant électrique dans l’anus. Dans ce centre de torture « ORB-2 », on a coupé les testicules à un Tchétchène. S’en plaignant lors du procès, le juge lui a dit : «Je ne vous crois pas, montrez-moi! ».  Il est plus facile de mourir que de retirer son pantalon en public. Il a été condamné à 18 ans.

Moïse a été acquitté. Il explique cela par le fait que ses parents ont payé le juge 50.000 dollars. Une fois libre, Moïse a décidé de quitter la Tchétchénie. Il a obtenu avec son épouse d'aller en Biélorussie, puis en Pologne dans un camp de réfugiés politiques, puis en Finlande, où ils vivent désormais.

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