Daria Polyudova, prisonnière du FSB.

Poutine est un nostalgique de l’URSS. La voilà revenue avec ses procès politiques. La militante pacifique, Daria Polyudova, a déjà passé deux années en prison. Elle est de nouveau emprisonnée pour avoir exprimé son opinion en tenant une affiche ou pour un commentaire sur la toile. Mais, cette fois-ci, elle est passible de 7 ans de prison.

Darya Polyudova © grani.ru

Âgée de 31 ans, Daria Polyudova est en prison en vertu d’articles de loi réprimant le séparatisme et la justification du terrorisme. Entre 2015 et 2017, elle a purgé une peine de deux ans pour avoir organisé et publié sur Vkontakte une marche pour la fédéralisation de sa région, le Kouban. Elle a été de nouveau arrêtée en janvier 2020. 

 Le 1er octobre, le tribunal municipal de Moscou a prolongé l’arrestation préventive de la prisonnière politique. En violation des règles, pour l’audience, Polyudova n’était pas dotée d’un microphone. Le juge agacé lui a demandé de ne pas perdre de temps sur des « détails inutiles ». Son avocat a requis une mesure de retenue plus douce que l’emprisonnement. Il a évoqué ses parents âgés et son emploi permanent. Si Polyudova est transférée en résidence surveillée, une personne est prête à l’assister. L’avocat a également déclaré que, contrairement aux déclarations de l’enquêteur du FSB, Polyudova n’a aucune « relation criminelle » et n’a jamais été impliquée dans des « activités criminelles ».

Les personnes venues la soutenir à l’audience ont manifesté lorsque le tribunal a ordonné son maintien en prison. Selon les huissiers, ils ne seront plus autorisés à assister aux nouvelles.

Victime de nouvelles accusations, Polyudova avait été arrêtée le 15 janvier avec Olga Sapronova, journaliste de l’édition en ligne de Gradus-TV. En outre, l’activiste de gauche, Kirill Kotov avait été arrêté et interrogé. Ils ont été contraints de signer des engagements de non-divulgation. Le 16 janvier, le tribunal avait ordonné une première fois l’emprisonnement préventif de Polyudova. 

 Dans un premier temps, elle a été inculpée en vertu de l’article 280.1 du Code pénal réprimant les appels publics au séparatisme, passibles de 4 ans de prison, et en vertu de l’article 205.2, justification publique du terrorisme sur internet, passible de 5 à 7 ans.

Polyudova est accusée de séparatisme pour avoir fait un piquet le 31 janvier 2019. Elle aurait agi « à des fins séparatistes » en tenant une affiche dans la rue Tverskaya à Moscou. L’affiche indiquait : « Iles Kouriles. Arrêtez de nourrir Moscou ! Vive la République d’Extrême-Orient. » Ainsi, Polyudova « aurait publiquement appelé les résidents des îles Kouriles et de la région de Sakhaline à organiser un référendum pour faire sécession de la Fédération de Russie et pour la formation d’un État indépendant, interdite par la législation russe ». Dans le cadre de l’adoption par la Douma d’État de la loi dépénalisant le séparatisme, cette accusation doit être abandonnée.  

Selon l’article 205.2 du Code pénal, Polyudova a été inculpée pour deux publications, les 28 janvier et 14 février 2019. Elles prédisent l’effondrement de la Russie.  Selon elle, les gauchistes qui soutiennent le slogan « Russie, une et indivisible » sont « du côté du gouvernement actuel, pas du peuple qui souffre sous le joug du fasciste Poutine ».

Polyudova est également accusée d’avoir commenté le 14 février, une publication sur internet de l’émigrant politique Andrei Romanov. Elle aurait ainsi justifié les activités des séparatistes tchétchènes : Shamil Basayev et Aslan Maskhadov. Son texte spécifie que pour lutter pour l’indépendance de la Russie, « l’Oural et d’autres républiques pour faire sécession ont besoin d’hommes tels que Dzhokhar Dudayev et Shamil Basayev, Aslan Maskhadov ». Selon les experts du centre médico-légal du ministère de la Justice, cette publication « contient un ensemble de signes psychologiques et linguistiques justifiant le terrorisme et justifiant la nécessité de commettre des actions similaires à celles qui ont été commises par Basaev et Maskhadov pendant la lutte armée de la République tchétchène pour se retirer de la Fédération de Russie, y compris avec prise d’otages, bombardements, explosions, incendies criminels et autres actions violentes ». Il n’y a aucun mot de cette littérature dans la publication de Polyudova, sinon dans le texte des experts de ce centre.

  Le 14 septembre, on a appris que Dmitri Loshchenov, un enquêteur du service d’enquête du FSB, a déposé une nouvelle plainte contre Polyudova : justification publique du terrorisme, sans utilisation du terme, dans les médias ou sur internet. Polyudova est passible de 2 à 5 ans de prison pour cela.

 Fin décembre, Polyudova a discuté avec un collègue au sujet d’une fusillade survenue dans les locaux du FSB à Loubyanka. La conversation a été enregistrée sur vidéo, mais n’a pas été publiée. Elle est restée stockée sur le téléphone de Polyudova. Les enquêteurs ont découvert l’enregistrement lorsqu’ils ont saisi le téléphone de l’activiste et ont estimé que des passants « auraient pu entendre cette conversation et succomber ainsi à des justifications du terrorisme ». Selon l’avocat de Polyudova, le FSB estime que ses propos justifient les actions de la personne ayant exécuté cette fusillade. Selon les enquêteurs, « Cela pourrait être fatal au FSB, provoquerune panique parmi la population, puisque le FSB protège les gens des terroristes ».   

Un examen des déclarations et publications de Polyudova qualifiées de « terroristes » est en cours dans un certain institut spécialisé supervisé par le ministère de l’Intérieur.

En 20 ans de règne de Poutine, les services secrets russes ont totalement pris le contrôle de l’appareil d’État, Justice y comprise. Tous les juges sont assujettis au FSB. Leur rôle, purger le champ politique de toute opposition.

Propos recueillis de Vera Lavreshina.

 

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