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« Menace »
Le 9 novembre 2015, à 1 heure du matin, Piotr Pavlensky, un bidon d’essence à la main, s’approche de l’immeuble du KGB, aujourd’hui renommé FSB, situé sur la place de Loubianka à Moscou. Il asperge la porte d’entrée principale avec le combustible et l’enflamme avec un briquet. Puis, il se tient debout, défiant du regard cette porte qu’il vient d’enflammer. Trente secondes plus tard, il est arrêté et accusé de vandalisme. Il réfute l’accusation et demande qu’elle soit requalifiée en « terrorisme ». Rapidement, après cette attaque incendiaire une vidéo apparaît sur internet.
Signification de l’acte : Cette porte en flammes à Loubianka, c’est le gant que la société jette au visage du FSB, organisation terroriste. Ce service fédéral russe agit par la terreur afin d’imposer son pouvoir à 146 millions de personnes. La peur transforme la population en masse homogène apathique. Une menace imparable pèse sur chacun, sur tous ceux qui sont situés à l’intérieur des frontières russes, dans le champ des dispositifs de surveillance et d’écoute des conversations. Le contrôle des passeports aux frontières verrouille ce territoire. Les tribunaux militaires éliminent toute volonté de manifestation pour la liberté.
L’immeuble du FSB à Loubianka, c’est l’enfer. Piotr Pavlensky se dresse, debout la nuit, devant la porte de Loubianka en flammes, c’est un acte politique et artistique, mais surtout un symbole majeur pour la Russie d’aujourd’hui. Elle est soumise à la dictature de Poutine, ex-directeur du FSB, que Piotr Pavlensky défie.
Piotr Pavlensky exprime avec ses œuvres des messages forts qu’il adresse à la population. C’est un artiste qui utilise son corps pour les composer. Inflexible depuis sa prison il persiste. Il dénomme « Menace » sa photo debout devant Loubianka en flammes. Il appelle le peuple à se soulever contre le pouvoir du FSB. « N’ayez pas peur ! » C’est le slogan le plus révolutionnaire en Russie aujourd’hui. La peur doit changer de côté. C’est Loubianka qui doit trembler devant le peuple révolté, debout! Et non le contraire. Loubianka doit être détruite. « Incendiez Loubianka ! » Il affirme que son acte n’est pas un acte de vandalisme, mais de terrorisme. Piotr Pavlensky est également poursuivi pour une autre action dénommée « Liberté »
« Liberté »
Dans la matinée du 23 février 2014, sur le pont « Konushennaya » à Saint-Pétersbourg, le groupe « Liberté », dont Piotr Pavlensky est un des militants, a organisé une manifestation. Il s’agissait d’un acte de solidarité avec Maïdan de Kiev et le peuple ukrainien. Un acte pour exhorter le peuple à renverser les régimes autoritaires par l’action collective.
Vers 8 heures, une cinquantaine de pneus, de l’essence, des tôles, des bâtons et des drapeaux anarchistes et ukrainiens sont apportés sur le pont. Les pneus sont érigés en barricades, puis incendiés. Les manifestants frappent les tôles métalliques avec les bâtons afin de recréer l’ambiance de Maïdan. Leur vacarme s’est prolongé au cours de l’extinction de l’incendie par les pompiers. Cette action s’est produite à proximité de l’Église du « Sauveur sur le sang versé » où l’empereur Alexandre II avait succombé à un attentat.
Signification : Les pneus incendiés, les drapeaux noirs et ukrainiens, le vacarme métallique des tôles, c’est le chant de la libération et de la révolution. Le Maïdan ukrainien inexorablement se propage au cœur de l’Empire russe. Le combat contre le chauvinisme impérial se poursuit. L’Église du “Sauveur sur le sang versé” est le symbole de l’attentat réussi contre l’Empereur Alexandre II qui avait brutalement réprimé les soulèvements en Ukraine, en Pologne, en Lituanie et en Biélorussie. Nous luttons pour notre liberté et la vôtre. Le 23 février est la journée officielle des “Défenseurs de la patrie” en Russie. Nous appelons tout le monde à se soulever ce jour-là pour défendre la révolution de Maidan et nos libertés. Les ponts brûlent et il n’y a pas de retraite possible.
L’action a duré environ 20 minutes. L’intervention des pompiers y a mis un terme. Piotr Pavlensky est toujours poursuivi pour cette affaire.
« Fixation »
Le 10 novembre 2013, Piotr Pavlensky nu a collé ses testicules sur le pavé de la Place Rouge à Moscou. Cette action a été faite le « Jour de la police ». Arrivés sur place, les policiers ont recouvert l’artiste d’une couverture et l’ont embarqué.
Signification :L’artiste nu, cloué sur la chaussée du Kremlin contemple ses testicules. Il s’agit d’une métaphore de l’apathie, de l’indifférence politique et du fatalisme de la société moderne russe. »
Pavlensky a été accusé de hooliganisme. L’affaire est en suspens. Cette action a suscité l’intérêt et la réflexion du public.
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« Carcasse »
Le 3 mai 2013, Piotr Pavlensky a fait une manifestation artistique, connue sous le nom de « carcasse », contre la politique répressive du pouvoir en Russie. Des compagnons ont apporté Piotr Pavlensky à demi nu enveloppé dans un « cocon » multicouche composé de fil de fer barbelé, à l’entrée du bâtiment de l’Assemblée législative de Saint-Pétersbourg. L'artiste immobile et silencieux dans son « cocon » n’a pas réagi à son entourage. La police l’a libéré à l’aide de sécateurs. Un inconnu a apporté les barbelés à l’Assemblée législative de Saint-Pétersbourg.
Signification :Une série de lois sont destinées à interdire l’activité civique, à intimider la population. Le nombre de prisonniers politiques ne cesse de croître. De plus en plus d’ONG sont interdites. Les lois sur la censure se multiplient. Toutes ces lois ne sont pas destinées à combattre la criminalité, mais le peuple. Il en est de même avec la dernière loi sur « l’offense aux sentiments religieux ». C’est pour cela que j’ai fait une telle action, dit Piotr Pavlensky. Le corps humain est nu. Ce n’est qu’une carcasse. Autour, il n’y a rien, sauf du fil de fer barbelé, le même qui sert à clôturer les bestiaux. Ces lois sont comme le barbelé. Elles servent à parquer les individus dans des enclos. Il s’agit d’une métaphore de la répression étatique. Ces lois sont faites pour transformer les hommes en bovins veules dont l’activité est limitée à la consommation, au travail et à la reproduction.
« Couture »
Le 23 juillet 2012, Piotr Pavlensky a fait sa première action pour soutenir le groupe Pussy Riot jugé pour sa prière punk en l’église du Saint-Sauveur à Moscou. Piotr Pavlensky a cousu avec du fil sa bouche. Il est resté debout sur le parvis de la cathédrale de Kazan à Saint-Pétersbourg tenant une banderole avec l'inscription: « Les Pussy Riots ont accompli un exploit supérieur à celui de Jésus-Christ ».
Appelée par police, une ambulance a emporté l’artiste dans un hôpital psychiatrique. Reconnu sain d’esprit, il a été libéré. Plus tard, Pavlensky a commenté son action : « “Avec la bouche cousue sur un fond de la cathédrale de Kazan, je voulais mettre en évidence l’interdiction de l’expression artistique dans la Russie actuelle. Je suis dégoûté par l’intimidation, par la paranoïa de masse visible partout. Cette pratique de ce coudre la bouche était fréquente chez les artistes emprisonnés. Je n’avais pas la prétention de la primauté et de l’originalité de l’acte, de faire quelque chose d’inhabituel. Je voulais par cette action attirer l’attention de la communauté artistique de Saint-Pétersbourg indifférente au procès fait aux Pussy Riots.
Le 3 février 2016, après que la juge eut refusé la libération de Piotr Pavlensky, je suis ressorti du tribunal accompagné d’Helena. Elle était revêtue des couleurs ukrainiennes exprimées avec un anorak bleu clair et une écharpe jaune. L’avocat de Piotr Pavlensky lui a posé une question : ‘Combien avez-vous de villas ? Cela était une manière dissimulée de lui demander : ‘Combien avez-vous de condamnations ? » Helena a répondu : ‘Trois, pour avoir participé à des piquets’. L’avocat lui a conseillé de ne plus en faire quelque temps, car si une quatrième infraction apparaissait en moins de six mois, elle pourrait être condamnée à cinq ans de prison selon le nouvel article 212 du Code pénal. Helena continuera à participer aux piquets malgré le danger.
Des Russes qui vivent en Russie et qui n’ont pas peur du FSB, c’est rare, mais cela existe. Ils ne se sont pas tous exilés. Bientôt, ce sera le FSB, et son chef Poutine, qui auront peur du peuple. Alors, cette fois, on se débarrassera du FSB pour toujours.