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Quartier Kachirskaya à Moscou. Lundi 13 septembre 1999 à 5 heures du matin, j’ai été réveillé par l’explosion d’un immeuble voisin. Sitôt sur les lieux j’ai découvert un amas de briques fumantes et des voisins hébétés observant cette ruine sous laquelle gisaient 124 corps.
Dans la matinée même, à une distance de quatre stations de métro, à la Douma d’État, une réunion se tenait. Une personne a remis un billet au président Seleznev. Celui-ci l’a lu. « On m’informe qu’un immeuble a explosé à Volgodonsk ».
Précisons : à la ville de Volodonsk, située à 1000 km de là, il ne s’est rien passé. L’immeuble d’habitation a explosé à Moscou et non à Volgodonsk.
L’immeuble à Volgodonsk a explosé trois jours plus tard, le 16 septembre 1999, faisant 19 victimes.
Apprenant cela, le député Vladimir Girinovsky a interpellé le président de la Douma Seleznev, lui rappelant sa prophétie du lundi. Ce dernier a coupé le microphone de son interrogateur et l’a interdit de parole pendant un mois, le temps qu’il se calme. Tous ces faits sont retranscrits ou ont un enregistrement vidéo dans les archives de la Douma. Ils sont vérifiables.
En septembre 1999, une série noire d’attentats à la bombe, à l’encontre d’immeubles d’habitation à Buynaksk, Moscou et Volgodonsk, a tué plus de 300 personnes, et blessé environ un millier d’autres. Le pays a été plongé dans un état de choc. Cette thérapie de peur allait permettre de promouvoir la candidature de l’inconnu Vladimir Poutine aux élections présidentielles de la Fédération de Russie. Il avait auparavant été nommé directeur du FSB, malgré les casseroles qu’il traînait pour avoir détourné des sommes d’argent considérables alors qu’il était maire adjoint à Saint-Pétersbourg. Puis, sur initiative de la « Famille » de Boris Eltsine, qui voulait un président docile à ses intérêts, il a été nommé par le président sénile président de la Fédération de Russie par intérim.
Des élections devaient suivre. Pour faire élire Vladimir Poutine président, il fallait transformer dans un délai très court en héros cet homme de l’ombre, délinquant et au regard fuyant. Le FSB a accompli cette mission avec succès. Un homme, ex-agent du FSB, a très bien raconté cette opération dans un livre « le FSB dynamite la Russie ». Il se nommait Alexandre Litvinenko. En 2006, il a bu un thé au polonium à Londres et a succombé au breuvage.
En septembre 1999, j’étais mobilisé par la défense civile russe afin de monter la garde de notre immeuble la nuit. On nous affirmait que les Tchétchènes voulaient nous faire sauter pendant notre sommeil, bien qu’aucun Tchétchène n’a jamais revendiqué ces attentats. Cette vigilance sauva la vie à des habitants de Ryazan. Le 22 septembre 1999, ils aperçurent des « terroristes » déposer des sacs dans le sous-sol d’un immeuble d’habitation. Ils les saisirent et les livrèrent à la police. Le contrôle d’identité des personnes arrêtées révéla que celles-ci étaient des hommes du FSB de Moscou. Le FSB de Ryazan fut surpris que leurs collègues moscovites soient venus sur leurs terres sans passer les saluer. L’analyse du contenu des sacs sournoisement déposés dévoila qu’ils contenaient un explosif militaire puissant. La mise à feu était prête à fonctionner. Pour s’expliquer, les autorités ont déclaré qu’il s’agissait d’un « exercice antiterroriste » et que l’explosif était du sucre. Depuis l’expression « sucre de Ryazan » est une expression sous-entendant les coups tordus et sanglants du FSB.
L’attentat du métro de Saint-Pétersbourg est-il au « sucre de Ryazan » ?
Vladimir Poutine a annoncé qu’il sera à nouveau candidat aux élections présidentielles en 2018. Des opposants nomment les élections en Russie « Opérations spéciales ». Ils disent : « On ne joue pas aux cartes avec les tricheurs ». Ils refusent d’y participer. Il ne fait aucun doute que la fraude électorale massive se renouvellera tant que l’ex-directeur du FSB restera au pouvoir et que VVP (Vladimir, Vladimirovitch, Poutine) sera réélu. Son règne sera de 24 ans. Un record !
À moins que la rue ou la Place (Maïdan en ukrainien) mettent fin à ce soviétisme.
Contrairement à l’URSS, le régime actuel n’a pas d’idéologie, hormis le culte de son dirigeant. La recherche permanente d’un nouvel ennemi est utilisée pour mobiliser la population blottie auprès de son protecteur. Le propos belliqueux fortement médiatisé doit être renouvellé régulièrement sous peine de lasser le spectateur. Le cycle de vie d’un thème est estimé en moyenne à deux ans. L’anschluss avec la Crimée, malgré sa popularité, a confirmé cette règle. Aujourd’hui, il a cessé d’enflammer l’engouement populaire. Maintenant, il faut payer pour la Crimée ! Contrairement aux deux anniversaires précédents, cette année, le jubilé du rattachement de la presqu’île n’a pas été célébré au centre de Moscou. Poutine était absent.
Poutine a emmené son ami Medvedev hors de Moscou en escapade sur les glaces de l’Arctique. Une manière de raviver le sentiment néo-impérial des plus chauvinistes en adoptant à nouveau la stature de conquérant de terres nouvelles, surtout pétrolifères. Les dirigeants russes n’ont pas répondu sur le sujet aux questions les plus pertinentes : « A qui vendre ce pétrole, et à quel prix ? »
Mais, Poutine et Medvedev ont surtout fui la question la plus actuelle que leur ont posée Alexey Navalny et son Fond anticorruption. Mevedev a été accusé de corruption dans une vidéo visionnée 15 millions de fois sur internet. Le 26 mars 70.000 Russes dans 100 villes de Russie et 30.000 Moscovites sur l’avenue Tverskoy ont manifesté. La réponse de Poutine a été 1130 personnes arrêtées à Moscou. Des centaines en province. La prison pour des dizaines d’entre’elles, dont Alexey Navalny et ses collaborateurs du Fond anticorruption. Les ordinateurs et moyens de communication de cette organisation ont été saisis par la police.
Le lendemain, le 27 mars, les camionneurs se sont mis en grève sur tout le territoire de la Fédération de Russie. Ils réclament l’abolition du péage routier « Platon » dont les revenus devraient être encaissés à hauteur de 50 % par l’oligarque, et ami de Poutine, Rottenberg.
Ce mouvement est le plus suivi au Daghestan, Caucase oriental. Il réunit 97 % des chauffeurs. Ceux-ci entravent la circulation des camions sur la route fédérale stratégique Rostov – Bakou sur laquelle circulent les marchandises en provenance d’Azerbaïdjan et d’Iran. Le Daghestan est une poudrière. Une guérilla s’y déroule depuis des années. Poutine a envoyé l’armée et la Garde nationale équipées de blindés contre les routiers grévistes. Le vendredi 31 mars, elles ont bloqué le plus grand camp de camionneurs grévistes près de Makhachkala, capitale du Daghestan. Les grévistes ont refusé de se disperser. Une partie des militaires avec leurs équipements sont restés près du camp samedi et dimanche. Les autres se sont retirés. Et puis, lundi des terroristes inconnus font un attentat dans le métro de Saint-Pétersbourg.
En 1999, les attentats de Moscou avaient servi de prétexte pour envahir la Tchétchénie.
En 2017, le prétexte terroriste pourrait permettre à Poutine de donner l’ordre d’ouvrir le feu contre les irréductibles grévistes du Daghestan.
L’attentat de Saint-Pétersbour a eu lieu lors d’un séjour de Poutine dans cette ville. Le choix du lieu par les « terroristes » a certainement facilité l’administration présidentielle pour organiser les déplacements du président, lui évitant un voyage soudain dans une autre ville où aurait pu se produire l’attentat. Quels sont les mobiles ? Un attentat sans but et sans revendication. On en doute.
La photo supposée du terroriste publiée présente un homme de type « islamiste ». Je fréquente suffisamment le métro en Russie. Un homme au type islamiste a peu de chance de prendre le métro sans se faire aborder par un policier pour vérification d’identité. Mais que fait le FSB tout puissant et si actif contre la dissidence politique ?
Le Kremlin a affiché sa volonté de mettre fin à la liberté sur l’internet en Russie. C’est par internet que Navalny a pu faire descendre 70.000 personnes dans la rue dans toute la Russie, de Vladivostok à Kalinigrad. Des jeunes surtout. Les condamnations à des années de prison ferme pour de simples republications sur le web ne sont pas dissuasives. Les lois liberticides, votées par la Douma introuvable issue de la fraude électorale massive, ont besoin d’un mobile pour être appliquées dans toute leur sévérité. Le terrorisme fera l’affaire !
« FSB » se déchiffre ainsi : « Service fédéral de Sécurité ». Des opposants affirment que la véritable signification de ces initiales est « Service fédéral d’Insécurité ».