Moscou abandonne les siens.

Le gouvernement russe a soudainement suspendu le programme de rapatriement des compatriotes se trouvant à l’étranger.

« Moscou n’abandonne pas les siens », telle était la devise du Monde russe de Poutine qui avait justifié ainsi l’annexion de la Crimée en 2014. Où que vous soyez, la Mère-Russie ne vous oubliera pas. Elle vous enverra ses hommes habillés en vert comme en Crimée ou ses chars si nécessaire. Mais si c’est vraiment trop dangereux, en cas de pandémie, elle vous laissera tomber.

Vendredi soir, le gouvernement russe a annoncé à minuit qu’il cessera de rapatrier les compatriotes restés à l’étranger. Il s’agit du sort de 30.000 personnes dispersées à travers le monde de New York à New Delhi. Tous devaient rentrer en Russie la semaine prochaine. Précisons, non pas aux dépens du budget de l’État, mais à leurs frais.

Il était seulement exigé de la mère-patrie de laisser ouvert son espace aérien. Mais Moscou a fermé la porte. La vice-première ministre Tatyana Golikova a estimé qu’il était nécessaire de protéger les Russes qui se trouvent à l’intérieur des frontières de la Fédération de Russie au détriment des autres. Les 30 000 Russes bloqués à l’étranger pensaient naïvement que la tâche de leur gouvernement et de son personnel était de les sauver, selon l’adage : « Les Russes n’abandonnent pas les leurs ». Ce manque de solidarité met en évidence l’effondrement de la solidarité nationale, parce que ces 30 000 personnes ont des centaines de milliers de parents et connaissances, ainsi que des millions d’autres qui pourront penser être abandonnés eux aussi à leur tour.

Lors de sa dernière intervention, Vladimir Poutine a prolongé les jours chômés jusqu’à la fin du mois d’avril. Qui compensera la perte d’activité économique conséquente de cette décision présidentielle ? Vladimir Poutine n’a avancé aucune solution qui pourrait engager l’État. Bien qu’il soit le seul habilité avec le Conseil de Fédération à ordonner des mesures coercitives de confinement et de restrictions et de circulation, il a reporté ces décisions sur les gouverneurs de région qui n’ont aucun pouvoir légal en ce domaine.

Ces mesures entraîneront une réduction des revenus d’un grand nombre de personnes et d’entreprises. La baisse de leur niveau de vie auarait du s’accompagner de mesures d’assistance. Poutine ne prévoit rien, ou si peu. Aux États-Unis, 9 % du produit intérieur brut est consacré, au Royaume-Uni 14 %, en Allemagne — 20 %, et en Russie seulement 1,2 %. On ne peut se contenter de menaces de sanctions de plus en plus sévères pour violation d’une quarantaine qui n’a pas été déclarée encore sous une forme constitutionnelle.

Poutine, le médecin Protsenko © REUTERS Poutine, le médecin Protsenko © REUTERS
Le 24 mars, lors de la visite d’une clinique, Vladimir Poutine a serré la main du médecin-chef Denis Protsenko. Le 31 mars, ce dernier a été diagnostiqué infecté par le COVID-19. Depuis, Poutine ne communique plus avec le monde extérieur que par vidéoconférence.  

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