L’économie russe rappelle celle de l’URSS

Piotr Aven prévient : « L’économie russe rappelle de plus en plus celle de l’URSS. Cette dernière avait mal fini ». Article de Olga Volkova et Dmitry Koptioubenko paru dans RBK.

Piotr Aven est président du conseil d’administration d’Alpha-Bank et un des principaux sponsors de l’École russe d’Économie. Étant un homme discret, ses critiques méritent une attention particulière.

 Le 4 juillet 2015, lors de la cérémonie de remise des diplômes de l’université, il a donné une conférence intitulée : l’économie russe de retour en USSR ? Où va-t-elle ?

Selon Piotr Aven, la situation actuelle de l’économie russe ressemble de plus en plus à celle de l’Union soviétique. La part du budget des dépenses militaires était de 2-2,5 % du PIB dans les années 90.  Aujourd’hui, elle est passée à 4,2 %. C’est un chiffre très élevé. Les prestations sociales et les dépenses de Défense représentent 60 %. « Cela rappelle l’Union soviétique », a-t-il avoué.  « Parallelement, la part de l’État croît dans les investissements des entreprises. En 2000, la part de l’État dans l’extraction pétrolière était de 11 %. Maintenant, elle est de 55 %. Il n’y a pas de statistiques concernant la part des entreprises d’État dans le PIB, mais il est certainement supérieur à 50 %.  Conséquence inévitable de la fuite des capitaux, l’État est devenu le plus grand investisseur en Russie. Dans les années 90, l’apport de capitaux étrangers en Russie atteignait 100 milliards $ par an. En 2014, l’exode des capitaux de Russie a atteint 152 milliards $. Ce chiffre est énorme. Ces pertes sont compensées par des investissements de l’État ,tant que celui-ci aura des réserves. Cela est très dangereux » a prévenu Piotr Aven.

Cela est une des conséquences de la crise de 2008-2009. Jusqu’en 2008, les valeurs du modèle économique libéral ont prévalu. Après 2009, cela a changé. Alors, la plupart des grandes entreprises n’ont plus été en mesure de financer le remboursement de leur dette envers l’Occident. L’État a été contraint de les aider presque toutes.   Ma conviction est que, pendant toutes les crises, il faut préserver les travailleurs et des entreprises sélectionnées et non leurs propriétaires. En 2008, on a fait exactement le contraire. Cela a été fait, pensant que l’État était puissant. C’était une illusion. L’État a décidé qu’il peut tout faire. Cette idée était bien bien ancrée dans les mentalités. “Aujourd’hui, 70 % de la population est favorable à une révision de la privatisation, estime Aven. Cela a pour cause un problème considérable : nous ne comprenons pas le monde occidental. Notre propagande en est la cause. Elle provoque un divorce considérable.

Qu’est-ce qui a tué l’URSS ?                                                              

Il y a des similitudes entre ce qui s’est passé en URSS, les dernières années, et ce qui se passe en Russie aujourd’hui. Lors de la seconde moitié des années 60, l’économie soviétique a commencé à se détériorer. Chaque année, le taux de croissance a diminué. Comme l’avait noté un écrivain dans un roman, célèbre : “Les affaires du kolkhoze ont commencé à se détériorer. Les choses n’allaient pas si mal, mais de plus en plus mal chaque année”.  Selon le conférencier, la baisse du niveau de vie et de l’aggravation des difficultés sont un long processus, qui peut durer des décennies. Et un événement brusque et inattendu, en complément de ce processus, peut provoquer un changement radical dans le pays.  Au printemps 1986, cet événement a été la chute des prix du pétrole. Il ne faut pas surestimer la signification du pétrole, car il a fourni des ressources à cette époque. Il permettait d’acheter des céréales fourragères, des devises. Les biens de consommation occidentaux étaient achetés avec les revenus du pétrole. La stabilité sociale était largement assurée par les recettes pétrolières. Elles se sont effondrées en 1986. C’est l’Occident qui a joué le rôle principal dans l’effondrement de l’URSS. Le président américain Ronald Reagan et le Premier ministre Thatcher Margatet considéraient l’Union soviétique comme un pays dangereux . La course aux armements a été entreprise pour affaiblir son économie. Dans notre pays, on réforme lorsque ça va très mal. Lorsque l’élite veut vivre mieux. En 1990, la Russie produisait, 7-8 % du PIB mondial. Aujourd’hui, ce n’est qu’environ 3 %. L’élite, est-elle prête à vivre avec cela, oui ou non ? On entendra des propositions de construire une économie centralisée, mais nous vivrons encore de cette façon de nombreuses années.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.