Le Kremlin persécute le monde du spectacle.

Hier soir, à Moscou, neuf collaborateurs de « Teatra.doc », après la représentation, ont été arrêtés par le Centre de lutte contre l’extrémisme, une annexe du FSB appelée « Centre E ». Après l’arrestation des Pussy-Riot, des régisseurs Kirill Serebrennikov, Oleg Sentsov, le Kremlin poursuit la mise au pas du monde du spectacle.

Alors qu’ils flânaient par ce soir d’été dans le parc « Chistye Prudy », prisé par les touristes et les résidents de la capitale et choisi par Boulgakov pour la première scène de son roman « Maître et Marguerite », dix artistes du théâtre contemporain « teatra.doc » ont été abordés par des hommes en civil. L’un d’eux n’était autre que Alexei Okopny, agent du Centre de lutte contre l’extrémisme. Ils étaient accompagnés d’un policier. Les importuns ont accusé en vociférant les acteurs de consommer de la drogue et des spiritueux. Ils les ont sommés de les accompagner au commissariat. S’adressant au régisseur Sasha Kudryashov, l’un d’eux lui a dit : « Vous ressemblez à un drogué ». Ils leur ont montré des photos les représentants en train de distribuer des tracts en faveur du régisseur Oleg Sentsov. Ils se sont adressés à eux en les appelant par leur nom. L’actrice Tatiana Demidova a été frappée au ventre. Elle seule n’a pas été arrêtée. Le régisseur Kudryashov a filmé la scène. Les agents lui ont arraché son téléphone et ont effacé l’enregistrement. Les neuf employés du théâtre ont été emmenés au poste de police. Parmi les détenus, l’administratrice du théâtre Julia Selina.

Vers une heure du matin, ils ont été libérés, selon Polina Nemirovskaya, coordinatrice des droits de l’homme de « Russie ouverte ».

« Teatra.doc » est un théâtre documentaire. Il est situé à Moscou. Ses pièces sont basées sur des textes authentiques, le destin de personnes réelles. Leur thème est des sujets actuels. C’est un projet collectif non gouvernemental, non commercial, indépendant, créé par les dramaturges Mikhaïl Ugarov, Helena Gremina, Alexander Rodionov. Une grande partie du travail est effectuée par des bénévoles, sur la base du volontariat.

Alerte à la bombe à Teatra.doc © Novaya Gazeta Alerte à la bombe à Teatra.doc © Novaya Gazeta
Le pouvoir a occasionné des difficultés d’ordre administratif au théâtre : vérification des statuts, du bail locatif, mesure contre l’incendie, traitement des ordures. Il a été contraint de déménager. Le 31 décembre 2014, la police a interrompu la projection du film ukrainien « Maidan », présenté en soutien au réalisateur ukrainien Oleg Sentsov. Elle a relevé l’identité des spectateurs. Elle a démonté et emporté les appareils de projection. La directrice, Helena Gremin et le directeur artistique Mikhail Ugarov ont dit qu’il s’agissait non pas d’une perquisition, mais d’un saccage.

Dernièrement, en juin 2018, lors de la première « Oyub Titiev », représentant de Mémorial en Tchétchénie emprisonné pour avoir (lui aussi) détenu de la drogue, la police a tenté de faire évacuer le théâtre, prétendant qu’il y avait une bombe.

Selon Helena Gremina, le pouvoir persécute « Teatra.doc » afin qu’il interrompe ses représentations.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.