Les assassins du FSB aux trousses de Nadejda Petrova.

Il s’appelle Alexei Zhalo. Il est lieutenant-général, chef adjoint du 2e département du FSB russe, un spécialiste de la lutte contre les mouvements d’opposition. Au cours de l’hiver de 2013 à 2014, le Kremlin l’a diligenté à Kiev. Il dirigeait les tireurs d’élite qui ont fusillé Maïdan. Aujourd’hui, il pourchasse les opposants. Il cherche à identifier l’emplacement de l’opposante Nadejda Petrova.

Nouvelles mesures de recherche opérationnelle pour établir l'emplacement de Petrova N.V. © FSB russe Nouvelles mesures de recherche opérationnelle pour établir l'emplacement de Petrova N.V. © FSB russe
En hiver 2013 - 2014, Poutine a envoyé ses hommes à Kiev pour mater la révolution de Maïdan. Le pouvoir de son poulain, le président Victor Ianoukovitch, chancelait. Une première fois, le 13 décembre, un groupe de vingt-sept personnes est arrivé, puis de six, le 26 janvier, et sept autres, le 29 février. Ces voyageurs étaient des tireurs d’élite russes parlant russe avec l’accent russe. Leur identité est confirmée par les copies de passeports, les dates de leur entrée et sortie du territoire ukrainien. Ils étaient en mission commanditée par Vladislav Surkov, le « cardinal gris du Kremlin ». Leurs arrivées coïncident avec le pic de la répression. Ces hommes avaient pour mission d’écraser par la force la révolte de Maïdan. Ils ont tué 130 personnes. Valentin Nalyvaichenko, chef des services de sécurité ukrainienne, affirme que le lieutenant-général Alexei Zhalo, chef adjoint du 2e département du FSB russe, a dirigé ces exécutions. Des sources le décrivent comme un spécialiste de la lutte contre le mouvement d’opposition-protestation.

 Auparavant, Alexei Zhalo dirigeait le département du FSB de la République caucasienne d’Ingouchie. La plupart des terroristes qu’il arrêtait avaient la fâcheuse habitude de se suicider durant leur détention. Alexei Zhalo est également membre de la commission des activités internationales des cosaques de Russie dont les membres sont mercenaires au Donbass ukrainien.

 Alexei Zhalo a pris une part active dans la répression politique. Il a été un de ceux qui ont poursuivi et fait condamner lourdement le nationaliste Alexandre Belov-Potkin. Il a également pris une part active pour réprimer Roman Telenkevich, et faire interdire son organisation paramilitaire E. N.O.T. lorsqu’elle a cessé de plaire au Kremlin après que celle-ci eut combattu pour lui au Donbass.

 Alexei Zhalo a continué à servir fidèlement le Kremlin en participant à la répression du mouvement d’opposition « Artpodgotovka ». En octobre et novembre 2017, les militants de cette organisation ont soit été arrêtés en Russie, ou ont réussi à quitter furtivement le pays pour se réfugier à l’étranger. Parmi ces derniers, une figure de l’opposition russe : Nadejda Petrova. Alexei Zhalo est chef de l’Office de protection du système constitutionnel. Il accuse Nadejda Petrova de vouloir renverser l’ordre constitutionnel en Russie. (Nota : la Constitution russe limitait la présence d’une personne à la présidence du pays à deux mandatures de quatre ans : soit huit ans au total. Poutine a été élu une première fois en 2000. Il a adapté la constitution à sa personne. Cela lui permettra de rester au pouvoir, non pas huit ans, mais 36 ans. Voilà une violation de la Constitution que n’a pas remarquée Alexei Zhalo, chef de l’Office de protection du système constitutionnel).

 Dans un premier temps, les services secrets russes ont tenté pour rapatrier d’Autriche l’opposante fugueuse Nadejda Petrova. Ramenée en Russie, elle aurait été condamnée à une très lourde peine de prison. Un réseau de solidarité a fait échec aux manœuvres du Kremlin et a fait annuler le mandat Interpol qu’il avait sollicité. Ensuite, Nadejda Petrova a été exfiltrée d’Autriche et est arrivée en France où elle a demandé l’asile politique.

Mais le FSB n’abandonne jamais ses proies. Il cherche à identifier le lieu de résidence de Nadejda Petrova. Le document que nous publions le confirme. Il est signé par : le lieutenant-général Alexei Zhalo.

 Le 16 juin dernier, les tribunaux militaires russes ont condamné lourdement les « complices » de Nadejda Petrova. Les peines atteignent treize ans de prison à régime sévère pour Andrei Tolkachev, et 10 ans pour Yuri Korny. Sur le banc des accusés, il manquait une personne : Nadejda Petrova.

Ce tribunal a donc arrêté une nouvelle fois par contumace Nadejda Petrova. Le Kremlin n’a pas renoncé à neutraliser. Les services secrets russes tenteront un nouveau mandat Interpol argumenté sur le dernier jugement condamnant ses camarades ou assassinera l’opposante irréductible. L’assassinat d’opposants : une spécialité de Alexei Zhalo, lieutenant général du FSB.

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