Le démocrate russe Marc Galperin emprisonné.

Le démocrate russe Marc Galperin est en prison. Sa condamnation à deux ans avec sursis a été requalifiée en ferme. Arrêts à domicile décomptés, il devra rester en prison un an et demi. Malgré une répression intérieure redoublée, la Russie a réintégré le Conseil de l’Europe. Les opposants russes payent l’abdication des démocraties occidentales incarnée par l’amitié affichée de Macron et Poutine.

Marc Galperin © Sofia Kalougina Marc Galperin © Sofia Kalougina
Marc Galpérin avait pris l’habitude de commenter l’actualité sur des vidéos enregistrées sur la place Rouge. Le pouvoir n’apprécie guère des prises de parole sur ces lieux symboliques qu’il prétend lui appartenir. Marc Galpérin a été accusé d’extrémisme et condamné le 7 mars 2018 à deux ans de prison avec sursis et à une période de probation de trois ans.

Malgré ce sursis, Marc Galpérin a continué à manifester ses opinions et à entraver le pouvoir sur sa route. Le 25 juillet 2019, il a été arrêté pour avoir déclaré soutenir les candidats de l’opposition interdits de candidature aux élections de la Douma de Moscou. Il a été condamné à 30 jours de prison. Le 3 octobre, il a de nouveau été arrêté à son domicile pour avoir participé au meeting du 31 août. Afin de l’éliminer de la vie politique, le pouvoir a décidé de transformer en ferme son sursis de 2 ans de prison.

Marc Galperin © Marc Galperin Marc Galperin © Marc Galperin
Marc Galperin a pour patronyme Israilevich. Il est âgé de 51 ans. Il est violoniste diplômé d’une école de musique. Il a travaillé comme directeur de ventes dans des entreprises commerciales.

Marc Galperin a milité dans les partis « Solidarité » et « Parnas ». Dans un premier temps, il avait organisé une petite équipe qui faisait des piquets de protestation solitaires au centre de Moscou. Les affiches tenues lors de ces actions proclamaient « Pour une révolution démocratique ». Il s’agissait d’un exercice très risqué qui se terminait souvent au commissariat de police et avec une condamnation pouvant varier de quelques milliers de roubles à 30 jours de prison.

Marc Galpérin a ensuite tenté d’unir l’opposition en organisant le dimanche la « Marche des personnes libres ». Ces promenades collectives partaient de la Place Pouchkine, elles traversaient la Place Rouge et atteignaient le pont Nemtsov, lieu où a été assassiné en 2015 l’opposant Boris Nemtsov. Certains marcheurs finissaient parfois ce trajet en fourgon cellulaire au commissariat de police.

Les services secrets ont fait tout leur possible pour prévenir cette union de l’opposition. Le FSB a infiltré le mouvement et a tenté, avec un certain succès, d’en prendre le controle. Les arrestations, les condamnations ont réussi à juguler les efforts unitaires de Marc Galpérin. La totalité des marcheurs n’a jamais dépassé 200 personnes. Marc Galpérin était encore épargné par de lourdes condamnations. Mais un jour, il a bravé un interdit : il a enregistré ses interventions sur la Place Rouge. Dans celles-ci, il a critiqué tous les pouvoirs profanes et religieux. Cela lui a valu deux ans avec sursis. Son soutien aux candidats de l’opposition retoqués par la commission électorale a transformé le sursis en ferme.

Marc Galperin © Sofia Kalougina Marc Galperin © Sofia Kalougina
Ce dernier point inclus Marc Galpérin dans les prisonniers de « L’affaire de Moscou ». Il s’agit des personnes poursuivies pour avoir participé à la manifestation pour des élections libres le 27 juillet 2019. Marc Galpérin n’y a pas pris part puisqu’il a été arrêté deux jours plus tôt pour avoir pris position en sa faveur. 1 388 personnes (dont 76 mineurs) ont été arrêtées. Des dizaines ont été battues par la police. Dans un premier temps, 15 ont été accusées de violences. Dès septembre, des peines de deux à trois ans et demi de prison ont commencé à être prononcées. Lors du dernier procès qui s’est déroulé aujourd’hui, le procureur a requis quatre ans de prison contre trois opposants : Lesnykh, Martintsov et Mylnikov. Rappelons qu’ils n’ont fait qu’exiger des élections libres et démocratiques. Une pétition de « Novaya gazeta » pour classer l’affaire a déjà recueilli 300 000 signatures.

L’emprisonnement de Marc Galpérin intervient dans ce contexte particulièrement répressif. Constantin Kotov a été condamné à 4 ans ferme pour avoir participé à quatre rassemblements pacifiques. Les accusations d’extrémisme ou de terrorisme sont infondées. Elles visent pêle-mêle les dissidents politiques ou religieux : Artpodgotovka, Témoins de Jéhovah, « Hizb ut-Tahrir », organisation musulmane non violente et autorisée dans les autres pays.

La Russie a dernièrement réintégré le Conseil de l’Europe sans aucune garantie pour les droits et libertés des opposants. Macron affiche son amitié avec le bourreau Poutine. Nous avons abandonné les démocrates russes à leur triste sort.

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