Moldavie : un Euro-Maïdan ?

Après les élections qui ont porté au poste présidentiel avec une majorité de 59 % Maia Sandu, âgée de 48 ans, les événements se succèdent dans cette ancienne république soviétique. La majorité parlementaire, favorable au président sortant, Igor Dodon, a adopté précipitamment un paquet de lois que la présidente a qualifié de coup d’État, tant elles transforment l’identité de celui-ci.

Maïa Sandu © opendemocracy Maïa Sandu © opendemocracy
Après les élections qui ont porté au poste présidentiel avec une majorité de 59 % Maia Sandu, âgée de 48 ans, les événements se succèdent dans cette ancienne république soviétique. La majorité parlementaire, favorable au président sortant, Igor Dodon, a adopté précipitamment un paquet de lois que la présidente a qualifié de coup d’État, tant elles transforment l’identité de celui-ci.

Lors du scrutin des présidentielles de 2016, le résultat était inversé : à l’époque, le prorusse Dodon avait battu la proeuropéenne Sandu. Le 15 novembre dernier, Sandu a été élue et Dodon battu. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec la révolution ukrainienne de l’hiver 2013 – 2014, lorsque les pro-russes et pro-occidentaux s’affrontaient sur la place Maïdan. Autre similitude : la Russie disposait de la base militaire de Sébastopol en Crimée ukrainienne, elle entretient un contingent militaire en Moldavie, plus exactement en Transnistrie à la frontière ukrainienne.

Le 3 décembre 2020, les députés moldaves ont fédéralisé la Moldavie en octroyant aux gagaouzes un droit de veto sur les lois adoptées par le pouvoir central. Dans le cocktail de « balkanisation » de l’État moldave, il a été inclus une loi donnant un statut officiel à la langue russe. La loi pour lutter contre la propagande russe est en cours d’annulation. Elle limitait la diffusion des chaînes de télévision russes dans le pays. La langue russe obtient le statut officiel de langue de communication interethnique, un véritable retour sur la désoviétisation. Un certain nombre de services, d’agences et de centres, en particulier le service d’information et de sécurité, ainsi que la Banque Nationale, ont été soustraits du contrôle de la présidente.

 Ces lois privent la présidente d’une partie de ses pouvoirs. Elles imposent un arrêt brutal à ses projets qui voulaient venir à bout des innombrables maux dont souffre la Moldavie : corruption, institutions déficientes, État de droit défaillant, pauvreté endémique, émigration. Les précédentes équipes au pouvoir, quoique « proeuropéennes », s’étaient largement accommodées de cet état de fait, en particulier sous le règne de l’oligarque Vladimir Plahotniuc, maître du pays pendant une décennie et aujourd’hui en exil. Contrairement à ses promesses, Igor Dodon était devenu l’homme d---e Moscou.

Ukraine, Géorgie, et Arménie abandonnée par Moscou lors de la dernière guerre du Haut-Karabakh, les anciennes républiques soviétiques, non membres de l’OTAN, qui ont osé une indépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale ont été soumises à un traitement : fédéralisation, amputation de territoires, politique religieuse, obligation de la langue russe, ouverture aux médias russes et corruption.

Moldavie © jeretiens Moldavie © jeretiens
Pour rappeler à l’ordre ses anciennes colonies volatiles, le Kremlin dispose aussi de chars. Une partie du territoire, la Transnistrie, est occupé par l’armée russe. Maia Sandu a demandé à Moscou de retirer ses troupes. La majorité parlementaire prorusse a réagi immédiatement en adoptant les lois rappelées ci-dessus.

Moscou tente de conserver son influence sur la Moldavie avec l’aide de parlementaires corrompus. La confrontation avec la présidente a commencé. Sans le soutien de la majorité parlementaire, Sandu ne pourra pas changer de gouvernement, et donc les priorités en politique étrangère, la fraction de Dodon étant majoritaire au parlement. Sandu pourra dissoudre le Parlement si les députés rejettent trois fois sa proposition de Premier ministre. Pour la soutenir, elle a appelé à des manifestations massives. Elle appelle la population à manifester le dimanche 6 décembre pour dire aux voleurs que leur temps est fini

À Moscou, certains sont attristés de voir le « Monde russe » voulu par Poutine fuir comme du sable entre les doigts. Konstantin Sivkov, expert militaire, analyse la situation créée par la demande du nouveau président moldave. Il a peu d’espoir. La Russie devra retirer ses troupes. Une intervention militaire est une gageure. Ils accusent Poutine. En 2014, Poutine avait ordonné à ses troupes de limiter l’invasion de l’Ukraine à la Crimée et au Donbass. De peur de sanctions occidentales, il les avait sommées de s’arrêter dans leur élan vers Odessa et la Moldavie. Un corridor terrestre aurait pu relier la Transnistrie à la Fédération de Russie au travers de Dniepropetrovsk et Odessa. L’Ukraine aurait été amputée de ses ports, des régions industrielles, la Crimée n’aurait pas été privée des eaux du Dniepr. Konstantin Sivkov envisage une capitulation russe en Transnistrie. Elle pourrait être fatale au prestige du Kremlin et mettre un terme aux fantasmes géopolitiques de Poutine et précipiter son départ.

 Dans un état de guerres et de crises aux frontières : Biélorussie, Donbass, Transcaucasie et de l’incompréhensible guerre en Syrie, face à l’OTAN qui domine dans cette région, un débarquement de troupes russes en Ukraine pour forcer un passage vers la Transnistrie lui paraît aventureux.

Maxim Kalachnikov termine cette émission par un appel aux patriotes pour stopper les malheurs qui s’affluent sur la Fédération de Russie.

Konstantin Sivkov. © Roy TV

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.