Tchétchénie. Cadavre pour l’exemple.

Le corps demi-nu d’un Tchétchène abattu par les forces armées a été exposé sur la place publique d’un village devant la population contrainte à écouter un discours.

Cadavre pour l'exemple © Copie d'écran. Grani.ru Cadavre pour l'exemple © Copie d'écran. Grani.ru
Khamzat Baymuradov était âgé de 27 ans. Il était soupçonné d’avoir assassiné le 3 janvier le chef de la police du village Avtura en Tchétchénie tué alors qu’il sortait d’une épicerie. Après lui avoir tiré des balles dans le dos, le meurtrier a fui dans une Toyota.

Immédiatement, Khamzat Baymuradov a été soupçonné d’être le meurtrier. Diplômé de la faculté de droit, il avait été membre d’une unité du ministère de l’Intérieur tchétchène. Plus tard, il avait été condamné pour organisation d’une formation armée illégale. Il aurait entretenu des relations avec des membres de l’armée clandestine, lui permettant ainsi d’acheter des vêtements et équipements qu’il conservait dans son appartement.

Le lendemain matin même de l’assassinat du chef de police, le 4 janvier, le ministère de l’Intérieur tchétchène a annoncé que la police et la garde nationale russe avaient cerné Khamzat Baymuradov  prés du village de Avtura et l’avait tué au cours d’un échange de tir. Il n’y a aucun blessé parmi les forces de l’ordre.

Les policiers ont porté son cadavre sur la place du village. Ils ont contraint les habitants à assister à une « assemblée du peuple » et à écouter un discours en présence d’un fort cordon de sécurité. Progrès oblige, les militaires ont filmé la scène ainsi qu’un habitant qui a téléchargé cette vidéo sur le net.

Assemblée du peuple en Tchétchénie © Canal Movsar Eskershanov

La justice expéditive règne dans la Tchétchénie de Kadyrov dénommé le « fils adoptif de Poutine ». Les policiers abattent les suspects au moment de leur arrestation. Le procureur russe relaxe les policiers meurtriers sur le champ sans procéder à enquête.

En Russie, la police n’élimine pas seulement les suspects, mais aussi les témoins. J’ai pu constater moi-même cela le 20 novembre 2006 devant mon domicile à Moscou. Pour rentrer chez moi, j’ai dû enjamber une flaque de sang devant ma porte. Des hommes parlaient non loin. Je me suis approché d’eux et leur ai posé la question : « Que s’est-il passé ? » On m’a répondu : « Rien ! » On m’a surtout prié de ne plus poser de questions et de m’éloigner.

Plus tard, j’ai appris que ce jour-là, à 18 heures, un Tchétchène, Movladi Baisarov, venait d’y être assassiné. Commandant du bataillon « les montagnards » du Tchétchène Kadirov, il était un témoin important de l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaya, assassinée quelques jours plus tôt, le 7 octobre 2006. Movladi Baisarov a ensuite déserté le clan Kadyrov et est passé soutenir son rival à la présidence tchétchène. Kadhirov se devait d'éliminer rapidement Movladi Baisarov. Cela s’est fait devant ma porte à Moscou. Les policiers assassins, censés venus l’arrêter, n’ont pas été poursuivis. Il n’y a pas eu de procès.

En Tchétchénie, le cadavre de Khamzat Baymuradov a de plus été exposé publiquement pour l’exemple.

Avis à la population !

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