Les laboratoires bactériologiques russes et COVID-19 ?

Le 16 septembre 2019, un incendie s’est produit au laboratoire bactériologique de Novossibirsk. Le lendemain, Nadejda Petrova avait lancé l’alerte. Depuis, des décès et un silence suspects entourent cet accident. Un virus se serait propagé. Certains évoquent un Tchernobyl bactériologique. Il aurait franchi les frontières russes.

L’institut scientifique « Vektor » est l’un des deux laboratoires au monde dans lequel est conservé le virus de la variole vivant ainsi que la collection la plus complète des virus les plus dangereux, Ebola et peste compris. On y étudie la bactériologie, le génie génétique, la virologie, les maladies infectieuses. L’établissement se situe dans la ville scientifique de Koltsovo à quelques kilomètres de Novossibirsk.

Le 16 septembre 2019, des témoins ont rapporté avoir aperçu de la fumée s’élevant des laboratoires. Les publications officielles russes ont relaté qu’il y a bien eu un incendie dans cet institut bactériologique, mais que « tout est sous contrôle » selon l’expression officielle. Les virus, comme les radiations, sont invisibles, mais ont  commencé à faire parler d’eux lorsque les premiers symptômes sont apparus parmi la population. En 2004, on avait pourtant commencé douter de la sécurité de cet institut. Une assistante de laboratoire était décédée du virus Ebola après s’être piquée avec une seringue lors d’expérience sur des cobayes. Mais en septembre 2019, il ne s’agissait plus d’un accident individuel, mais d’un incendie qui a nécessité l’envoi de 38 pompiers.

La journaliste Nadejda Petrova avait évoqué la possibilité d'un Tchernobyl bactériologique.

écoles maternelles fermées à Novossibirsk © vn.ru écoles maternelles fermées à Novossibirsk © vn.ru
À compter d’octobre 2019, les journalistes locaux font état de pneumonies. Le 28 octobre 2019, à Novossibirsk 45 écoles maternelles ont été fermées pour quarantaine. 8 % des enfants sont tombés malades. Les médecins affirment que le virus est très agressif et qu’en cette saison il n’y a jamais eu de telle d’épidémie. Durant la période automne-hiver 2019, une épidémie de pneumonie a fait rage en Russie. Vers le début du mois de janvier 2020, des captures d’écran apparues sur les réseaux sociaux montraient les consignes données aux hôpitaux : pour tout diagnostic incertain, indiquez « Infection virale respiratoire aiguë ». Les autorités russes ont inventé un terme « Pneumonie externe hospitalière » (внебольничная пневмония), démontrant ainsi que ces Infections virales respiratoires aiguës n’avaient pas été contractées en milieu hospitalier. Bien que le nombre de patients admis en clinique ait bondi dans toute la Russie, les autorités sanitaires n’ont pas ordonné d’effectuer et de collecter des frottis pour analyse. Au même moment, le coronavirus commençait à se propager en Chine.

Les chiffres désastreux de la démographie russe en 2019.

Malgré le programme phare de Poutine « Naissance » mis en route en janvier 2019, au cours de cette année la population s’est réduite de 236 900 âmes compensation par l'immigration non comprise. Le président de la Douma, Volodine, s’est inquiété de la forte réduction de la population, plus particulièrement dans certaines régions. À mi-octobre, le Premier ministre russe Dimitri Medvedev déclarait, lors d’une réunion du Conseil du développement stratégique, que les statistiques de mortalité due aux maladies sont considérablement faussées au niveau régional par les gouverneurs.

Comme à l’époque soviétique et pour Tchernobyl, le pouvoir dissimule le nombre de victimes et la cause des décès. Des informations concernant l’incendie de Novossibirsk ont disparu sur la toile. Le FSB veille.

Des millions de Chinois vivent en Sibérie. Novossibirsk est à quelques encablures de la Chine. Le synchronisme des épidémies, qui ont frappé successivement la Russie et la Chine, inquiéte.

Nadejda Petrova avait lancé une alerte dès le lendemain de la catastrophe. Au lieu d’enquêter, le FSB a choisi de poursuivre la lanceuse d’alerte. Elle a été contrainte de se réfugier en France.

Le Kremlin diligente son aide humanitaire en Italie, aux États-Unis, pays touchés par le coronavirus. Pourrait-il aider sa population et élucider les causes de son décès avec le même empressement ? Les raisons de la morbidité russe doivent être publiées.

Nous vivons sur une seule planète. L’insécurité sanitaire, nucléaire, écologique, politique d’un seul pays peut entraîner le monde à sa perte. Les actes de chacun concernent toute l’humanité. Les autorités russes doivent dire toute la vérité à propos de l’accident survenu le 16 septembre 2019 au centre bactériologique de Novossibirsk. Elles doivent également cesser de persécuter les lanceurs d’alertes.

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