Arrestations à Moscou sur la place Bolotnaya.

Cinq ans après la répression du 6 mai 2012, un meeting de soutien aux prisonniers politiques a réuni 3.000 personnes sur l’avenue Sakharov à Moscou. En mémoire, sept militants sont allés à la place Bolotnaya, où avaient eu lieu les événements. Ils ont été arrêtés. Deux doivent être jugés.

Ivan Nepomnyashchikh © Grani.ru Ivan Nepomnyashchikh © Grani.ru
Hier à Moscou, sur l’avenue Sakharov, 3.000 personnes se sont rassemblées pour un meeting dédié au cinquième anniversaire à la provocation policière du 6 mai 2012.

Il y a cinq ans, une manifestation avait été organisée pour protester contre la réélection illégale de Poutine pour un troisième mandat présidentiel, la constitution russe limitant leur nombre à deux pour une même personne seulement. Bien que le parcours de la manifestation fut autorisé par les autorités, à hauteur de la place Bolotnaya les forces antiémeutes ont coupé la route au cortège. La police a chargé les manifestants. Des otages ont été pris. Ils ont été condamnés lourdement. Poutine avait alors réussi à mater une manifestation de l’opposition unie. La dernière ! Les principaux organisateurs ont été condamnés à la prison. Certains ont été contraints de s’exiler. D’autres ont eu la sagesse de se faire oublier temporairement. Boris Nemtsov, le leader de cette opposition défaite, ne s’était pas incliné. Le 27 février 2015, il a été assassiné devant le Kremlin.

Parmi les « prisonniers du 6 mai », Ivan Nepomnyashchikh. Il a été dernièrement torturé en prison et est maintenu au secret. Ses avocats ne peuvent pas le rencontrer. Les autorités russes interdisent la visite des prisonniers torturés tant que les traces laissées par les sévices restent visibles. Les injonctions de la Cour européenne des Droits de l’homme, qui ordonnent aux autorités russes une rencontre de Ivan Nepomnyashchikh avec ses avocats, restent vaines !

Mais, cinq ans après, la solidarité avec les prisonniers politiques demeure. Le 6 mai 2017, sur l’avenue Sakharov, la scène du meeting était prête. C’est alors que la police est intervenue. Elle a démonté et a emporté les banderoles, sous prétexte que leur inscription ne correspondait pas au thème de la manifestation. Il était écrit sur ces bannières « L’affaire Bolotnaya est la honte de la Russie », « Poutine, ça suffit ! Stop à guerre ! Assez d’obscurantisme ! Ras-le-bol de Kadyrov ! »

Interrogé par un organisateur, le public a accepté de poursuivre le meeting malgré cette censure. Néamoins, un membre du « Comité du 6 mai », Sergey Sharov-Delaunay a refusé de parler pour protester contre cette interdiction.

Les participants sont arrivés avec leurs propres banderoles s’exprimant contre la répression politique, contre la corruption et en faveur des libertés démocratiques, notamment pour des élections justes et pour l’indépendance des médias et des tribunaux. Les nationalistes russes ont déployé une grande banderole de soutien à leur leader Dmitry Demushkin, condamné à deux ans et demi de prison fermes après un procès à huit clos.
De nombreux manifestants ont apporté des pancartes réclamant la fin de la persécution des personnes à orientation sexuelle non traditionnelle en Tchétchénie.

Policier ou directeur de conscience ? Toutes les banderoles ont été préalablement contrôlées par la police. Elle a le pouvoir d’interdire celles qui ne lui plaisent pas. Les manifestants sont sommés d’expliquer à la police la signification de leur affiche. Une exception a été faite pour une affiche en tchétchène. Il n’y avait pas d’interprète.

Policier et directeur de conscience. © Grani.ru

Quelques personnes se sont déplacées à la place Bolotnaya, théâtre des arrestations du 6 mai 2012, pour apporter leur soutien à Ivan Nepomnyashchikh. Elles ont été arrêtées. Il s’agit de Helena Zakharova, Olga Mazurova, Victor Kapitonov, Helena Milko, Masha Ryabikova, Dubrovo Leonid et Olga Aviloatoirenova.

Elles ont été relâchées en soirée, à l’exception de Masha Ryabikova et Helena Zakharova qui resteront enfermées dans le commissariat en attente de leur jugement

Arrestations à Bolotnaya © Mikhail Nossov

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.