Les Cosaques ne sauveront pas Poutine

Le 5 mai 2018, à Moscou, les Cosaques ont fouetté les manifestants. Ces derniers protestaient à l’appel de Navalny contre le nième mandat présidentiel de Poutine. La guerre civile en Ukraine avait commencé en 2014 avec l’utilisation des « Titouchkes », ces barbouzes chargés de lutter contre Maïdan. En Russie, l’utilisation des milices ouvre la voie à la violence.

Un cosaque frappe un manifestant © wa Un cosaque frappe un manifestant © wa
Fidèle des manifestations de l’opposition à Moscou, j’étais déjà convaincu que le Kremlin avait donné franchise à des groupes marginaux pour agresser les opposants afin leur interdire l’expression sur la place publique. Ces individus agissent de concert avec la police. Ils peuvent distribuer impunément des coups de poing, projeter des matières fécales, urine, produits colorant ou irritant sur le visage des écrivains, journalistes, militants d’opposition. La personne agressée n’a absolument aucun recours devant la justice. Parfois même, c’est elle qui se retrouve arrêtée et poursuivie.

Gosha Tarasevitch à l'action © Prise d'écran Gosha Tarasevitch à l'action © Prise d'écran
Le FSB contrôle les assaillants. Les plus actifs sont des « Titouchkes » venus d’Ukraine. Ils sont membres de l’organisation pro-Poutine SERB, tels Gosha Tarassevich, surnommé le « lanceur d’excréments », et Alexandre Petrunko, bagarreur de rue alias « le Boucher ». Ce dernier a une frappe puissante. D’autres appartiennent à l’organisation NOD. Son dirigeant Eugène Fédorov, député du parti Russie-Unie, fraternise avec Marine Le Pen. Ils arborent le ruban de Saint George, aux couleurs orange et noir. C’est un sauf-conduit qui permet d’éviter l’arrestation, car la police reconnaît ainsi les siens.

On connaissait déjà la violence clandestine, celle qui a éliminé 220 journalistes sous le règne de Poutine et tant d’opposants politiques comme Boris Nemtsov. Elle est le fait de tireurs masqués qui abattent leur victime la nuit, dans une cage d’escalier comme Anna Politkovskaya, ou Boris Nemtsov, assassiné à minuit sur la place Rouge déserte. Mais la violence franchisée par le Kremlin a ses hommes de main. Elle ne se cache plus. Elle est organisée et financée par les autorités et s’exerce en plein jour.

Nagaïka © wikipedia Nagaïka © wikipedia
Ce 5 mai 2018, les cosaques ont frappé à coups de nagaïka la chair tendre des jeunes de Navalny venus dire sur la place Pouchine qu’ils ne veulent pas de Tsar. Fut-il Poutine lui même ! La nagaïka est une cravache tressée avec des bandes de cuir. L’extrémité peut être complétée avec des boulettes d’acier. Jusqu’en 1917, la nagaïka était le courroux des tsars. Son utilisation n’a pas sauvé les Romanovs. Au contraire ! Pourra-t-on prévenir la future révolution russe en tabassant avec cet instrument moyenâgeux la jeunesse du XXIe siècle ? J’en doute.

Ce 5 mai 2018, le Kremlin a sous-traité officiellement la répression politique à une milice privée.

L’article 31 de la Constitution de la Fédération de Russie donne le droit aux citoyens de se réunir pacifiquement et sans arme. Et de se faire passer à tabac à coup de nagaïka  par des milices privées cosaques, pourrait-on ajouter. C’est ce qui s’est passé hier. Agresser, même à l’arme blanche, des rassemblements pacifiques est un acte de guerre civile. C’est ainsi qu’a commencé la guerre civile en Ukraine. Poutine a ouvert la voie pour l’escalade de la violence. L’étape suivante, c’est l’utilisation d’armes à feu. On ne se comporte pas avec des citoyens pacifiques comme avec les terroristes. À moins de vouloir les transformer en terroristes eux aussi.

Arrestation de Navalny © Prise d'écran Arrestation de Navalny © Prise d'écran
Les policiers qui assistaient ces barbouzes ont agi de pair avec eux. Ils ont arrêté les personnes agressées, Alexey Navalny y compris. Ce dernier n’a commis aucun acte de violence contraire à la constitution russe. Elle garantit le droit de réunion.

Évidemment, les policiers ont reçu des instructions pour se comporter ainsi. En tout, 1575 personnes ont été arrêtées en Russie, dont 703 à Moscou et 233 à Saint-Pétersbourg. Des dizaines sont poursuivies avec des chefs d’inculpation particulièrement graves. Elles risquent des années de prison. Il s’agit d’une répétition de l’affaire « Bolotnoe » ou affaire du « Marais », répression du 6 mai 2012 qui avait permis à Poutine de museler l’opposition pour la durée du mandat en cours.

Mais en 2018, en utilisant des « groupes d’assaut », attribut des régimes fascistes, Poutine a engagé une guerre civile. Cette violence débridée est préméditée. Les cosaques qui ont fouetté les manifestants à Moscou s’entraînaient depuis plusieurs années dans des camps financés par la mairie de Moscou. Le bureau du maire leur a alloué un budget de 5,33 millions de roubles pendant trois ans. Ils s’exerçaient à arrêter des personnes.

Aujourd’hui, la Russie se trouve dans une situation qui ressemble fort à celle du début du XXe siècle : des guerres à l’issue incertaine à la périphérie, une crise économique intérieure, un État disloqué par la corruption et une volonté du pouvoir de se maintenir par la répression.

Le 4 avril 1912, l’armée impériale russe avait réprimé dans le sang une manifestation d’ouvriers des mines d’or sur le fleuve Léna en Sibérie. C’était le début d’une guerre civile qui a duré 12 ans. Les expéditions punitives des cosaques n’ont pas sauvé le trône des Tsars.  

Aujourd’hui, il serait étonnant que Poutine puisse mater à coup de nagaïka cette jeunesse qui veut vivre.

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