Moscou n’abandonne pas ses « néonazis ukrainiens ».

L’Assemblée nationale ukrainienne ou Autodéfense ukrainienne, UNA-UNSO, est interdite en Russie. Édouard Kovalenko, un de ses dirigeants, a été condamné à cinq ans de prison en Ukraine. Le 29 décembre 2019, la Russie l’a tiré de sa prison ukrainienne et échangé lors du dernier troc de prisonniers. Pourquoi donc Moscou sauve-t-il les « néonazis » ukrainiens ?

Édouard Kovalenko à Kiev © censor.net Édouard Kovalenko à Kiev © censor.net
Édouard Kovalenko, un des plus anciens dirigeants de l’organisation nationaliste ukrainienne, UNA-UNSO, avait coutume de parader dans les villes ukrainiennes à la tête de ses hommes portants brassard « SSS ». Ses mises en scène sur l’avenue Khreshchatyk de Kiev, son salut fasciste, ses insultes à l’égard des Juifs et des Caucasiens, ont fait les choux gras de la propagande de Poutine. Cette dernière a pu persuader les crédules que les « Waffen-SS » avaient pris le pouvoir à Kiev. Sur place, rien de tel ! Mais la propagande est d’autant plus efficace que l’on s’éloigne de la réalité, surtout, si on observe Kiev depuis la France.

L’infiltration des milieux nationalistes ukrainiens est une tradition du KGB soviétique dont le FSB actuel est l’héritier. Les hommes de Poutine sont des experts en la matière. Édouard Kovalenko, provocateur du FSB infiltré de longue date, a pu se glisser au plus haut de UNA-UNSO. Le 30 juin 2002, il a été élu à la tête du parti.

Défilé "néonazi" à Kiev © censor.net Défilé "néonazi" à Kiev © censor.net
En 2004, Kovalenko a été embauché par l’homme de Poutine en Ukraine : Medvedchuk. Poutine est le parrain de la fille de ce dernier. La mission de Édouard Kovalenko était de discréditer le présidentiable ukrainien indésirable par Moscou : Victor Iouchtchenko. Le 26 juin 2004, Édouard Kovalenko a organisé une marche au centre de Kiev. 350 jeunes ont imité un défilé du Troisième Reich portant brassard rouge et bannières rouges sur lesquels SSS en lettre gothique apparaissait sur rond blanc. Les drapeaux étaient ornés d’une croix gammée stylisée.

Édouard Kovalenko a prétendu être partisan de Victor Iouchtchenko. Le 5 juillet 2004, il a déclaré lors d’une conférence de presse : « Nous allons poursuivre des actions à plus grande échelle pour soutenir Viktor Iouchtchenko en tant qu’individu, en tant que candidat à la présidentielle. »

Victor Iouchtchenko. Avant et après l'empoisonnement © lb.ua Victor Iouchtchenko. Avant et après l'empoisonnement © lb.ua
L’image de néonazi, que c’était donné volontairement Kovalenko, a collé à la peau de Victor Iouchtchenko avec autant d’effet que les pustules résultantes de l’empoisonnement à la dioxine qui avait défiguré le visage de ce dernier. Dès lors, le candidat du Kremlin, Yanoukovitch, avait toutes les chances de remporter les présidentielles ukrainiennes. 

L’activité de Édouard Kovalenko en faveur de Moscou n’a jamais cessé. En 2014, il s’est efforcé de démobiliser l’armée ukrainienne qui résistait à l’agression russe au Donbass. Il dirigeait l’organisation nationaliste SPAS. Le 15 mai 2017, Édouard Kovalenko a été condamné à cinq ans de prison pour « Entrave aux activités légitimes des Forces armées d’Ukraine et d’autres unités militaires ».

Après une première tentative infructueuse, la Russie a enfin obtenu de l’Ukraine la libération de Édouard Kovalenko et sa remise sur la ligne de démarcation au Donbass, bien que on organisation l’UNA-UNSO soit interdite en Russie. Les diatribes et les mimiques nazies de Kovalenko avaient permis au Kremlin d’argumenter sa propagande : « Il fallait sauver les Russes ukrainiens des fascistes et néonazis installés à Kiev ».

Moscou ment, mais n’abandonne pas ses agents. Le « nazi » Édouard Kovalenko est libre.

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