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Billet de blog 8 novembre 2017

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Olga Romanova a quitté la Russie

Olga Romanova, présidente de « Russie emprisonnée », a été contrainte de s’exiler de Russie après dénonciation du directeur de l’administration d’application des peines. « Russie emprisonnée » est une association destinée à aider les personnes à affronter le système judiciaire russe.

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Illustration 1
Olga Romanova © FaceBook

On estime que Olga Romanova est une des meilleures journalistes russes, quoiqu’elle ne considère plus appartenir à cette profession. Elle se définit être une défenderesse des droits de l’Homme. Elle a fondé l’association « Russie emprisonnée ». Son but : offrir une aide juridique aux personnes poursuivies par le système judiciaire.

Olga Romanova a commencé son activité humanitaire, lorsqu’il lui a fallu extraire de prison son propre mari, arrêté pour des raisons politiques. Elle a vu, elle-même, la réalité de la vie carcérale, lorsqu’elle a apporté un premier colis à son époux. Elle a alors décidé de fonder l’association « Russie emprisonnée » afin de faire profiter de son expérience les personnes en situation désespérée. Elle a abandonné sa profession de journaliste qu’elle pratiquait depuis 20 ans pour se consacrer entièrement à cette nouvelle activité philanthropique.

La population carcérale en Russie est de 630.000 personnes au 1er janvier 2017. Il s’agit d’un véritable pays, d’où l’appellation « Russie emprisonnée ». Comme la Russie, elle est non seulement grande par sa population, mais par son territoire immense sur lequel ses camps sont dispersés, par tous les sentiments contradictoires que l’on y rencontre, souffrance et injustice. Elle possède ses propres lois et son propre jargon.

Cette réalité a convaincu Olga Romanova que la Fédération de Russie actuelle est bien l’héritière de l’URSS. Elle a hérité du système carcéral soviétique sans y apporter aucune modification. Les mêmes pratiques y sévissent.

 Depuis que l’ex-directeur du FSB (ex-KGB) est devenu président à vie du pays, les persécutions à caractère politiques ont repris.

Olga Romanova a été contrainte de quitter la Russie après les perquisitions qui ont eu lieu dans les bureaux de son organisation en juin 2017.

Olga Romanova a rapporté ceci sur sa page Facebook. Le chef adjoint du Service pénitentiaire fédéral Anatolie Rudogo  l’a accusé de détournement de fonds budgétaires à grande échelle. Il faut prendre avec le plus grand sérieux ces menaces. Adressées au théâtre « Gogol-centre », elles ont conduit dernièrement à l’arrestation du régisseur Kirill Serebrianikov.

Selon Olga Romanova, en vertu d’un contrat avec le personnel de la Banque mondiale, « Russie emprisonnée » devait étudier les besoins des prisonniers et de leurs familles, en connaissances de base diffusées par brochures et conférences aux proches aux détenus et aux employés du système carcéral. Des contrats ont été signés avec des conférenciers. Des conférences ont été enregistrées et diffusées. Le directeur de l’administration des peines a malgré cela déposé une plainte.

 Après les perquisitions, Olga Romanova a quitté la Russie pour l’Europe avec un visa ordinaire. À son expiration, on lui a proposé un poste de professeur dans une fondation en Allemagne. « J’ai accepté et ai déménagé le 1er septembre en Allemagne », dit Olga Romanova.

En attente, les avocats de « Russie emprisonnée » ont obtenu un jugement qui affirme que le contrat avec la Banque mondiale a été exécuté entièrement et loyalement. Ils demandent l’ouverture d’une enquête pour fausse dénonciation. Une première audience devrait avoir lieu le 6 décembre. Olga Romanova désire assister personnellement à cette audience malgré le danger que cela représente. « Je suis probablement la dernière personne qui voudrait émigrer de Russie », déclare Olga Romanova.

Hélas, l’émigration du pays, tare du système répressif soviétique, réapparaît. Dés 2012, date de la répression appelée « Affaire Bolotnoe » qui a visé les principaux dirigeants de l’opposition, l’émigration a repris à une cadence de 350.000 personnes chaque année. Émigrations économique, intellectuelle, mais aussi politique.

Illustration 2
Marc Galpérin et Viacheslav Maltsev © Artpodgotovka

Les opposants sont déclarés extrémistes et menacés d’années de prison pour simple déclaration de vouloir changer de pouvoir. Dernièrement, Viacheslav Maltsev a rejoint la France. Youri Gorsky, la Lituanie, etc. Marc Galpérin, qui a refusé de se soustraire, est aux arrêts à domicile. Un procès devrait le condamner bientôt à plusieurs années de prison.

 Le 5 novembre 2017, 500 personnes environ ont été arrêtées alors qu’elles marchaient pacifiquement sans slogans et sans affiches au centre des villes russes. Une histoire de cocktails Molotov, trouvés on ne sait où par le FSB, donne prétexte à poursuivre quiconque pour incendie qui n’a jamais eu lieu. 50 personnes arrêtées dimanche risquent ainsi des peines de 15 et 20 ans de prison. Il suffit que leur numéro de téléphone ait servi à s’enregistrer dans un chat de « télégramme » où un provocateur du FSB a écrit son intention d’incendier un objet. Un objet et non un bâtiment, j’ai bien écrit. Le régisseur ukrainien titulaire d’oscar et mondialement connu, Oleg Centsov, accusé d’avoir mis le feu à une enseigne de « Russie unie », a été condamné à 20 ans de prison. Malgré les protestations internationales, il purge cette peine dans la région de Mourmansk, au-delà du cercle polaire.

 Poutine a rétabli le système répressif autodestructif qui avait emporté l’Union soviétique. Maintenant, c’est au tour de la Fédération de Russie, avec tous ses malheurs, et peut-être bien pire.

Pour ma part, après 25 ans de vie en Russie, j’ai décidé de ne pas y revenir après que le FSB eut attenté à ma vie le 20 décembre 2016 en me précipitant sur une voie de circulation au centre de Moscou.

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