Non à la déportation de Nadejda Pétrova !

La France a décidé de déporter Nadejda Pétrova. L’opposante russe a été privée de liberté et placée en rétention dans notre pays. Elle y avait déjà été arrêtée une première fois sur mandat d’Interpol. Déclarée terroriste en Russie, elle est passible de la prison à vie.

Nadejda Pétrova © Artpodgotovka

Depuis 18 mois, Moscou tente par tous les moyens de « récupérer » Nadejda Pétrova. La justice française vient d’apporter au Kremlin une aide précieuse en ordonnant la déportation de l’opposante russe en Tchéquie, d’où elle sera transférée en Russie. Il suffira alors à Moscou de réactiver le mandat d’Interpol qu’un réseau de solidarité avait réussi à faire échouer en France une première fois.

On aurait pu croire qu’après 18 mois de cavale tourmentée en Europe, Nadejda Pétrova aurait enfin trouvé un havre dans notre pays. Il n’en est rien ! Le FSB russe n’abandonne jamais ses proies. Il met à profit tous les moyens et tous les réseaux possibles pour pourchasser et éliminer ses opposants, où qu’ils soient. Il est particulièrement actif en France.

 Le 4 juin, Nadejda Pétrova et son mari Guennady ont été convoqués à nouveau à la préfecture de Marseille sous un prétexte anodin. Ils y ont été arrêtés pour être déportés en Tchéquie. Ils ont refusé et ont été placés en centre de rétention à Nîmes.

 La mesure d’internement prise à l’encontre de Nadejda Pétrova est motivée par son refus « de retourner en République tchèque ». Or, Nadejda Pétrova, de nationalité russe, n’a jamais demandé de visa tchèque, n’a jamais fait de demande d’asile en Tchéquie et n’a jamais été en Tchéquie. Elle ne peut donc retourner là où elle n’a jamais été. La magistrate devrait consulter un dictionnaire. Il convient de parler de « déportation en Tchéquie » pour Nadejda Pétrova.

 Cette déportation est une réactivation du plan du FSB manigancé avec le pouvoir d’extrême droite de Vienne, alors que Nadejda Pétrova séjournait en Autriche. Pour des raisons occultes, l’Autriche a refusé l’asile politique à Nadejda Pétrova et a décidé de l’expulser en Tchéquie. Dans le même temps, Moscou décidait d’arrêter Nadejda Pétrova et obtenait d’Interpol un mandat d’arrêt sur lequel la militante politique était qualifiée de terroriste dangereuse. Le calendrier de ces décisions surprend.

  • Le 2 août 2018, les autorités autrichiennes ont refusé l’asile politique à Nadejda Pétrova. Dès lors, Nadejda Pétrova pouvait être déportée en Russie.
  • Le 3 août, la justice russe prenait la décision d’arrêter par contumace Nadejda Pétrova.

Deux jours avant la date fatidique, Nadejda Pétrova et son mari Guennady ont quitté clandestinement l’Autriche et rejoint la France, esquivant ainsi une arrestation qui les aurait ramenés à Moscou.

 La persécution de Nadejda Pétrova en Europe est un aspect du vaste plan répressif engagé par le Kremlin pour éradiquer le mouvement d’opposition « Artpodgotovka » où militait Nadejda Pétrova. Il était dirigé par Vyacheslav Maltsev. Ce dernier et d’autres militants ont réussi à rejoindre la France ou des pays baltes. Ils y ont obtenu l’asile politique.

 Ceux qui n’ont pu quitter la Russie croupissent en prison aujourd’hui. Ils sont jugés à huis clos par des tribunaux militaires et condamnés à de lourdes peines. (Liste en fin d’article.) Parmi eux, citons Vyacheslav Dobrynin, condamné à subir un traitement dans un hôpital psychiatrique « spécialisé ». Ces méthodes sont héritées de l’URSS. Elles relèvent de la torture selon les organisations humanitaires internationales. On parle peu des personnes emprisonnées en Russie aujourd’hui. Nadejda Pétrova aurait connu un sort identique, si elle n’avait pas quitté précipitamment la Russie.

 

Maltsev commanditaire d'un incendie imaginaire à Moscou © Prise d'écran Maltsev commanditaire d'un incendie imaginaire à Moscou © Prise d'écran
Les accusations du FSB sont abracadabrantes. Le 5 novembre 2017, sur ordre de Maltsev, elle devait incendier les immeubles situés aux abords de la Place Rouge à Moscou. La « pétroleuse » devait approvisionner en essence ses complices, leur fournir du matériel d’escalade et une scie électrique pour abattre un pylône électrique alimentant Moscou. Selon ces fantasmes, les ténèbres et la panique provoquée par les incendies auraient permis aux conspirateurs de s’emparer du Kremlin. L’acte d’accusation affirme qu’elle devait former ses partisans (moins d’une dizaine de personnes) à affronter l’armée régulière russe. (распространение среди своих сторонников инструкции по противодействию регулярной армии ). Les tribunaux russes confirment 99,5 % des accusations, même les plus farfelus. Interpol lance des mandats d’arrêt contre les opposants au Kremlin sans enquête propre. La France, si complaisante avec l’oligarchie russe, refuse l’asile politique aux opposants et les déporte.

 Liste, non exhaustive, de militants de « Artpodgotovka » en prison en Russie ( Nadejda Pétrova devrait les rejoindre) :

 Yuri Korny, Sergey Ryzhov, Andrei Keptya, Andrei Tolkachev, Oleg Ivanov, Sergei Ozerov, Oleg Dmitriev, Alexey Politikov, Roman Gubaydolline, Viasheslav Dobrinine, Ruslan Alekhine, Stanislav Zimovets, Alexandre Komarov, Anatoly Plotnikov...

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