Les réseaux de Poutine contre Nadejda Pétrova

Nadejda Pétrova est une opposante russe. Elle entend établir par des moyens pacifiques un ordre constitutionnel en Russie. Une provocation organisée par le FSB l’a contrainte à quitter la Russie. Elle a atteint l’Autriche où le droit d’asile lui a été refusé. Elle est menacée d’être renvoyée en Russie, où elle sera emprisonnée.

Nadejda Pétrova contre Poutine à Vienne © Nadejda Pétrova Nadejda Pétrova contre Poutine à Vienne © Nadejda Pétrova
Le 15 juin 2018, Vladimir Poutine, réélu à la présidence russe, a effectué sa première visite officielle à l’étranger en Autriche. Il a été reçu à Vienne chaleureusement par le chancelier autrichien Sébastian Kurz. Vladimir Poutine est le bienvenu en Autriche. Pas ses opposants !

 Deux événements ont eu lieu la semaine dernière. Leur consécution ne semble pas être le fruit du hasard.

  • Le 2 août, les autorités autrichiennes ont refusé l’asile politique à Nadejda Pétrova, opposante russe et militante de « Artpodgotovka ». Dès lors, Nadejda Pétrova peut être déportée en Russie.
  • Le lendemain même, le 3 août, la justice russe prenait la décision d’arrêter par contumace Nadejda Pétrova. Elle serait passible de 16 à 20 ans de prison si elle retournait en Russie.

Nadejda Pétrova avait quitté la Russie début novembre 2017 afin d’éviter une arrestation immédiate. Le FSB russe avait alors entrepris une rafle dans toute la Russie afin de prévenir la manifestation programmée pour le 5 novembre 2017 par Viacheslav Maltsev, dirigeant de « Artpodgotovka ». Des activistes de l’organisation avaient réussi à se réfugier à l’étranger, dont Viacheslav Maltsev et quelques-uns de ses partisans en France. Certains ont déjà obtenu le droit d’asile dans notre pays. Tous ceux qui n’ont pas pu s’esquiver à temps ont été emprisonnés en Russie. Certains sont passibles de vingt ans de prison. Hélas, lors du Mondial de football on a peu parlé peu des prisonniers politiques russes. Nous rappellerons le nom de quelques militants de « Artpodgotovka » qui croupissent actuellement en prison : Oleg Dmitriev, Sergei Ozerov, Oleg Ivanov, Sergey Ryzhov, Andrei Keptya, Andrei Tolkachev, Youri Korny. Si Nadejda Pétrova est expulsée d’Autriche et renvoyée en Russie, elle complétera immanquablement cette liste. La lecture de l’acte d’accusation grotesque établi par les autorités russes à son encontre ne laisse aucun doute.

Selon le FSB, le 5 novembre 2017, Nadejda Pétrova aurait voulu incendier les immeubles situés aux abords de la Place du Manège, au centre de Moscou. La « pétroleuse » devait approvisionner en essence Andrei Tolkachev. Ce dernier est actuellement en prison en Russie (voir la liste ci-dessus). Nadejda Pétrova est également accusée d’avoir voulu abattre, ce même jour, un pylône à haute tension alimentant Moscou en électricité. Selon les fantasmes du FSB, les ténèbres auraient permis aux conspirateurs de prendre le pouvoir. Nadejda Pétrova était chargé de fournir à Alexandre Svichtshev une scie électrique pour accomplir cet acte en tenue d’alpiniste. Les tribunaux russes confirment 99,5 % des accusations qui leur sont présentées, même les plus farfelus. Il convenait de filer à l’anglaise le plus vite possible.

Prévenu, Alexandre Svichtshev a quitté la Russie à temps. Nadejda Pétrova, de son côté, est également partie. Elle a tout d’abord rejoint la Biélorussie, puis après une longue transhumance hasardeuse, le 21 novembre 2017 elle a fini par atteindre l’Autriche, où elle a demandé l’asile politique.

Nadejda Pétrova  était une collaboratrice directe de Viacheslav Maltsev. Elle figure en tête de liste des personnes à arrêter par le FSB. Les autorités autrichiennes savent cela. Néanmoins, elles ont refusé l’asile politique à Nadejda Pétrova.

La tâche n° 1 des services secrets du Kremlin est d’éliminer les opposants où qu’ils soient. Les frontières ne les protègent pas. Le 4 juin, Nadejda Pétrova avait annoncé son intention d’aller à Vienne le 15 juin pour protester contre la réception de Poutine. Dans la soirée, une voisine du foyer avec qui elle vivait en bonne intelligence a commencé à la provoquer en anglais et en allemand. Elle parlait d’une manière confuse. Nadejda Pétrova  s’est enfermée dans sa chambre. La femme a tenté de forcer la porte. Quelques jours plus tard, cette personne s’est approchée de Nadejda Pétrova. Elle était en larmes et lui a demandé pardon pour sa conduite. Elle lui a dit qu’elle est pauvre, qu’elle a des enfants à nourrir et à habiller. Soudain, ses enfants sont apparus bien habillés. Elle a montré à Nadejda Pétrova son titre de séjour fraîchement obtenu et 5.000 euros en liquide. Elle lui a dit qu’on lui a alloué un appartement de deux pièces à Vienne. Serait-ce la récompense de son agressivité aussi éphémère qu’inexpliquée envers Nadejda Pétrova ?

Poutine et Kurz. Vienne le 15 juin. © Komsomolskaya Pravda Poutine et Kurz. Vienne le 15 juin. © Komsomolskaya Pravda
Le 15 juin, Nadejda Pétrova a manifesté à Vienne contre Poutine et la réception qui lui a été offerte par le président autrichien Sébastian Kurz.

Sur son canal « Nadejda Constitution » de YouTube, Nadejda Pétrova émet tous les jours en direct. Elle analyse l’actualité politique et sociale russe. Elle converse par vidéoconférence avec d’autres opposants. Moi-même, j’écoute ses émissions. Elles sont très intéressantes. Ses analyses sont perspicaces. Les critiques contre Poutine sont acérées. Même à l’étranger, Nadejda Pétrova continue d’irriter le Kremlin. Les autorités autrichiennes, en refusant l’asile politique à Nadejda Pétrova, rendent possible son renvoi en Russie. La décision récente d’un tribunal russe de l’arrêter par contumace sera exécutée immédiatement dès son passage de la frontière.

Les réseaux de Poutine tressés à l’étranger influent sur les décisions souveraines de ces pays, notamment en matière d’asile politique. Le refus donné à Nadejda Pétrova en est un exemple autrichien. Ces réseaux se construisent au travers des partis d’extrême droite. Leur accession au pouvoir dans les pays européens met en danger le droit d’asile sur notre continent.

L’Autriche doit respecter les conventions européennes et internationales. Elle doit accorder l’asile politique à Nadejda Pétrova. Les accords, quels qu’ils soient, conclus avec le dictateur Poutine, ne doivent en aucun cas remettre en cause les droits fondamentaux.

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