Le Caucase russe au bord de la guerre.

Le président tchétchène Ramzan Kadyrov a déclaré être prêt à régler militairement son différent frontalier avec l’Ingouchie. Le colonel du FSB, Igor Strelkov, se rappelle l’effondrement de l’URSS. Il avait débuté par des conflits interrégionaux que Moscou a été incapable de prévenir et de gérer. Strelkov redoute ainsi la prochaine dislocation de la Fédération de Russie.

Le colonel du FSB, Igor Strelkov © Stalingrad
L’Ingouchie est la plus petite république de Fédération de Russie. Sa population est de 452.000 personnes. Son territoire est de 3.682 km. Elle est frontalière à l’est avec la Tchétchénie, à l’ouest avec l’Ossétie du Nord. Les Tchétchènes et les Ingouches ont les mêmes origines. Ils se dénomment les Vainakhs.

 Sous l’ère soviétique, ils étaient réunis dans une même République socialiste soviétique autonome de Tchétchénie-Ingouchie. Le 22 février 1944, les Vainakhs ont été déportés en Asie. Le territoire Ingouche a fortement été amputé au profit de l’Ossétie.

En 1992, un conflit armé a opposé les Ossétes et les Ingouches qui désiraient récupérer leur territoire perdu sous l’ère soviétique. Moscou a pris le parti des Ossètes et les Ingouches ont été battus.

En 1993, la Tchétchénie ayant proclamé son indépendance. Un accord a été signé pour délimiter sa frontière avec l’Ingouchie restée membre de la Fédération de Russie.

 

Territoire ingouche, avant - après - à l'avenir. © Facebook Territoire ingouche, avant - après - à l'avenir. © Facebook
Le 26 septembre 2018, les gouverneurs de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, et d’Ingouchie, Yunus-Bek Yevkurov, ont signé un traité modifiant le tracé de la frontière au détriment de l’Ingouchie. Cette dernière perd 26.000 hectares. Le 4 octobre dernier, l’accord a été ratifié par un vote du parlement ingouche. Des députés ont déclaré que le résultat du scrutin a été falsifié. Selon la constitution, seul un référendum peut modifier une modification territoriale.

20.000 ingouches ont manifesté dans la capitale Magas. Ils ont organisé un camp de toile sur la place centrale qu’ils occupent en permanence. Le pouvoir a coupé l’internet mobile, mais les habitants proposent une connexion à domicile. Ils aident les manifestants en les nourrissant, en leur préparant du thé, en leur offrant des chaises. Bref, la contestation de l’accord signé en catimini par le président Yunus-Bek Yevkurov  est générale.

Policiers et manifestants ingouches prient ensemble © Méduza Policiers et manifestants ingouches prient ensemble © Méduza
Yevkurov, est allé à la rencontre des manifestants. L’un d’eux lui a jeté une bouteille. Ses gardes ont tiré en l’air pour le dégager. Il a ordonné la dispersion de la manifestation. Les forces de sécurité ingouches sont intervenues vendredi 5 octobre pour dégager la place. Elles ont refusé d’exécuter l’ordre. Elles ont fraternisé avec les manifestants et se sont unies à eux pour la prière. Les forces locales ont bloqué la route aux forces de répression fédérales dépêchées par le pouvoir central.

Mais le plus inquiétant est les déclarations du président tchétchène Ramzan Kadyrov. Il a menacé de faire la guerre à l’Ingouchie pour régler le problème. Il possède une armée personnelle de 26.000 hommes en armes et de 20.000 réservistes. Le Kremlin est resté muet. Deux républiques de la Fédération de Russie sont sur le point de rentrer en guerre et le président de cette fédération, Vladimir Poutine, ne réagit pas.

On se souvient de l’effondrement de l’URSS. Il avait connu en prélude des affrontements qui opposaient des régions ou des ethnies sujettes à Moscou : le conflit du Haut-Karabakh, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, l’affrontement Abkhaze géorgien ou encore le pogrom de Soumgaït en Azerbaïdjan et celui de la vallée du Ferghanat en Asie centrale.

L’affrontement entre la Tchétchénie et l’Ingouchie pourrait enflammer à nouveau le Caucase. Les deux guerres précédentes russe-tchétchènes ont été horribles. Les menaces guerrières de Ramzan Kadyrov ne peuvent laisser quiconque insensible, à l’exception du Kremlin apparemment.

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