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Billet de blog 9 novembre 2016

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Entends-tu le cri de la Russie enchaînée ?

Lev Ponomarev a réalisé un court métrage sur le prisonnier politique russe Ildar Dadin qui a été condamné à deux ans et six mois de prison ferme pour avoir fait des piquets de protestation pacifique sur la place publique à Moscou.

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Ildar dadin, court métrage. © Lec Ponamarev

Ildar Dadin a été condamné à deux ans et six mois de prison ferme pour avoir fait des piquets de protestation pacifique sur la place publique à Moscou. Cette forme de protestation consiste à poser debout, immobile et silencieux en tenant une affiche.
Déporté dans une prison en Carélie (nord de la Russie), il a été torturé, pendu au-dessus du sol par les menottes et battu plusieurs fois par jour par une dizaine de gardiens.
Homme du KGB devenu président à vie, Poutine incarne le retour de la sinistre organisation au Kremlin. Les condamnations à caractères politiques reviennent. L’association « Mémorial » et « Amnesty International » estiment à environ 200 le nombre de prisonniers de conscience en Russie. Leur nombre augmente sans cesse. Ildar Dadin est l’un d’entre eux.
Lev Ponomarev est l’auteur de ce court métrage réalisé par Lusine Ghazaryan. Il expose les propos de Ildar Dadin, les dires de ses parents et proches amis, les commentaires des défenseurs des droits de l’Homme en Russie, Dmitry Goudkov et Leonid Gozman, de ses avocats et Xenia Kostromina et Henry Reznik. Le film comprend également des séquences documentaires des piquets de l’activiste civique, de sa détention par la police, et le dernier mot Ildar Dadin lors de son procès en appel auquel il a assisté par vidéo-conférence depuis sa prison, puisque le juge a refusé sa présence.
Son épouse, Anastasia Zotova, journaliste, a résumé ce qu’il manquait dans ce film : « Ildar Dadin elle-même. Il aurait, mieux que quiconque, dit pourquoi il agit ainsi et non autrement ». Elle a exprimé l’espoir qu’après la libération de Ildar, ce récit sera complété.
Anastasia Zotova a prononcé ces mots fins de juillet 2016, bien avant de recevoir une lettre de son mari dans laquelle il l’informe qu’il est soumis à la torture et menacé de viol dans la prison IK-7 en Carélie.
Selon Anastasia Zotova, le plus gros souci actuel de l’administration pénitentiaire et du pouvoir russe est d’étouffer les scandales des mauvais traitements auxquels sont soumis les prisonniers de cette prison en général.
Anastasia Zotova appelle à agir pour les protéger. Elle est rentrée en contact avec les parents des autres prisonniers. Après la publication de la lettre de dénonciation de torture, elle a reçu des appels de la part de parents d’autres prisonniers de cette prison. Ils disent que leurs proches sont également mal traités et soumis à des coups.
Anastasia Zotova assure qu’elle a transmis tous ces contacts à la médiatrice des droits de l’homme en Russie, Tatiana Moskalkova (qui est général en retraite de la police), aux représentants du service pénitentiaire fédéral et au « Comité contre la torture ». (Seul, ce dernier est une organisation non-gouvernementale).
Anastasia Zotova affirme : « Si Ildar est transféré dans une autre colonie, l’attention envers cette prison, où se produisent des sévices, tombera. Il y aura alors des représailles de la direction sadique envers les prisonniers dont les témoignages confirment les paroles de Ildar. Ils seront très mauvaises postures. Il n’y aura personne pour les défendre ».
« Le transfert d’Ildar  n’est pas une victoire. Il y a encore des milliers de personnes dans cette prison. Mon mari est l’être le plus cher au monde que je possède, mais je revendique la responsabilité de sauver la vie et la santé des autres aussi. Donc, nous allons lutter pour chacun d’entre eux » , a déclaré Anastasia Zotova.
L’épouse Ildar Dadin a souligné l’importance du soutien international pour soutenir les personnes exposées à la torture en Russie. « Seul le soutien des défenseurs des droits de l’Homme à l’étranger a une importance, parce qu’en Russie, comme dit le proverbe, « Une main lave l’autre ». Et si le tortionnaire est un homme de haut rang, ses crimes resteront impunis. »
Anastasia Zotova espère que ses appels pour faire cesser la torture des prisonniers auront un écho dans les pays civilisés, en Europe et aux États-Unis.
Elle demande de ne pas prêter seulement attention aux problèmes des personnes les plus connues, mais aussi à ceux des prisonniers ordinaires, telles Sergei Mokhnatkin ou Alex Sutuga et autres, qui croupissent depuis des années en prison pour leur activité antifascistes. 
Les orphelins russes qui vivent dans des foyers pour enfants subissent parfois des conditions de vie pires que les prisonniers dans les prisons. Il en est de même pour les invalides.
« Le 4 novembre était le jour de l’unité nationale en Russie. Il n’y a pas d’unité nationale, car il y a trop de gens égoïstes » , a conclut Anastasia Zotova.

Signez la pétition pour faire libérer Ildar Dadin.

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