Les « idiots utiles » de l’Adour.

La propagande au Pays basque ressemble à toutes les autres. Elle récupère des imaginaires et les adresse à un public choisi, en veillant toutefois d’effectuer préalablement quelques adaptations. Et ça marche !

Les « idiots utiles » de l’Adour. © Pierre HAFFNER

En février 2014, en violation de tous les traités internationaux, l’armée russe franchissait la frontière ukrainienne, annexait la Crimée et occupait une partie du Donbass. L’agresseur a mené une guerre hybride, dont la première arme a été la désinformation. Réceptive, la totalité de la presse basque s’est mobilisée pour soutenir les « brigades internationales » du bataillon « Prizrak » du commandant Aleksei Mozgovoy.

L’imaginaire de la guerre civile espagnole, particulièrement implanté dans le subconscient basque, a été réactivé. Les trolls du kremlin ont caché à ces « internationalistes » que leurs frères d’armes au Donbass ukrainien étaient des fascistes russes dont les mercenaires de la « Légion impériale » du « Mouvement impérial russe » de Stanislav Vorobyov.

Stanislav Vorobyov  au congrés © Democracia Nacional Stanislav Vorobyov au congrés © Democracia Nacional
Le 28 novembre 2019, Stanislav Vorobyov a été vu à Madrid, où il a assisté au congrès des fascistes espagnols « Democracia Nacional ». Parmi les invités étrangers, on a également remarqué le Français Ivan Benedetti, militant d’extrême droite qui prône la remigration « Foutons-les dehors ! » L’assistance a rendu un hommage touchant au général Franco et à José Antonio Primo de Rivera.

 Les arrangements avec la réalité sont parfois surprenants. Médiabask a titré : « Pour eux aussi, la culture slave est minoritaire ». L’auteur de ce bobard, Txomin Catalogne, a voulu avec cet argument coaliser dans un même combat les cultures supposées minoritaires basques et slaves. Le propagandiste fait état ainsi de son inculture crasse. Les Russes et Ukrainiens sont des Slaves, et il ne peut y avoir de culture slave en danger entre eux.

La propagande a aussi utilisé des analogies avec la Deuxième Guerre mondiale. L’incendie de la maison des syndicats à Odessa : un four crématoire dans lequel les nazis de Kiev ont incinéré les anti-maïdans. Mélenchon a mordu à l’hameçon et avec lui tous les rouges de Bayonne, syndicat CGT inclus. La fumée de la maison des syndicats les empêche de voir qu’il ne s’agit pas de 40 morts, mais de 15 000 vies emportées ce jour par l’intervention russe sur le territoire ukrainien et non le contraire.

 Si je ne parlais pas russe, si je n’avais pas vécu 25 ans en Russie et si je n’étais allé maintes fois en Ukraine, j’aurais pu me faire embobiner par toutes ces sornettes.

Au Pays basque, l’information est bloquée. Les gens ont peur de contester et de parler. Parce que je pense le contraire, je me suis fait traiter de fasciste et frapper.

Le fascisme, il existe. Il est ici, sur les bords de l’Adour, au Pays basque. C’est ici qu’il faut le combattre.

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