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Billet de blog 11 février 2017

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Policiers français et ripoux russes.

Résident français en Russie, deux policiers français m’ont reçu sur le trottoir devant l'ambassade lorsque je suis venu me plaindre d’avoir été victime d’un attentat à ma vie. Lorsque je leur ai dit que mon agresseur était un agent des services secrets russes, ils ont écourté la conversation. Depuis, malgré mes demandes pressantes, on me refuse toute écoute et plainte.

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Illustration 1
Dans ce salon, on reçoit les victimes. Trottoir devant le consulat de France à Moscou.

Le 20 décembre 2016, vers 17 heures, alors que je suivais un groupe d’amis, connus pour leur opposition au régime de Poutine, un homme, m’a agressé. Il m’a arraché mon iPhone des mains et a tenté de le briser à coup de talon au sol. Quelques instants plus tard, franchissant d’un bond les quelques mètres qui nous séparaient, il m’a projeté volontairement sur la chaussée où je me suis effondré au-devant des véhicules en circulation en cette heure de pointe. La voiture qui aurait dû m’écraser s’est arrêtée quelques centimètres devant moi, alors que je gisais sur le bitume. Cet individu m’a abandonné dans cette position et a poursuivi sa route. Quelques instants plus tard, je le vis ordonner à un détachement de police d’arrêter mes amis. Il leur donna également l’ordre de m’arrêter moi aussi en me disant sur un ton menaçant : « Nous allons parler avec toi ».

Au poste de police, où j’ai été conduit, j’ai rédigé une déclaration manuscrite dénonçant cette agression. Malgré mes demandes répétées, je n’ai pu connaître le nom et les fonctions de cette personne. J’ai demandé à être confronté avec lui. En vain ! Lors de ma garde à vue, j’ai téléphoné à notre consulat. Il m’a rappelé pour m’informer de la réponse des autorités russes. J’ai été libéré vers 22 heures. Je remercie nos services consulaires pour cette aide précieuse.

Le lendemain matin, j’ai appris que mon agresseur était Eugène Platov, agent du FSB.

Dans l’après-midi, je me suis présenté devant l’ambassade de France à Moscou. Deux policiers sont sortis pour me rencontrer sur le trottoir. L’inconfort du lieu m’a empêché de relever leur nom.

Un trottoir n’est pas le meilleur des salons pour recevoir les personnes victimes d’attentat. Traumatisé par l’agression de la veille, je pensais pouvoir trouver auprès de ces professionnels un minimum de réconfort. Le mot à la mode maintenant est « assistance psychologique », pour désigner l’aide aux victimes.

Sur fond sonore de la circulation routière, ces Messieurs m’ont dit d’emblée que je dois respecter la loi russe. Mais le problème n’est pas là. Il est tout autre autre : « L’on doit respecter la loi russe envers moi ». J’ai été agressé par un agent du FSB, Eugène Platov. Puis, sur ordre de cet individu, qui venait d’attenter à ma vie, les policiers russes m’ont arrêté. En définitive, ils m’ont relâché sans prendre en compte ma demande afin qu’ils  prennent déposition de ma plainte contre mon agresseur. Voilà ce que j’étais venu dire à Messieurs les policiers le lendemain de l’agression.

Qui a donc dit à nos policiers que je ne respecte pas la loi russe ? Leurs homologues russes, avec qui ils sont en contact et dont chacun sait qu’ils sont contrôlés par le FSB ? Pourquoi donc les policiers français répètent-ils ces propos et interrompent la conversation dès que je leur dis : « Le FSB a attenté à ma vie ? »

De quoi ont-ils peur ? Le FSB a-t-il infiltré notre ambassade ? Ou peut-être, ont-ils reçu des directives politiques leur ordonnant de me tenir à distance sur le trottoir et de faire en sorte que je ne revienne plus les ennuyer avec cette histoire ? Le message fut clair.

Récidive. Le laxisme de nos « diplomates » encouragera rapidement le Kremlin à appliquer à mon encontre des pratiques usuelles envers ses propres citoyens.

Les jours suivants, j’ai envoyé une plainte en bonne et due forme auprès du procureur russe qui n’a manifesté aucune réaction à ce jour. Comme nous ne sommes pas crédules, nous savons que la « justice » de Poutine n’inquiétera jamais un homme des services secrets de Poutine. (On n’a jamais vu un homme de la Gestapo condamné sous Hitler.)  Aucune mesure n’a été prise contre mon agresseur, Eugéne Platov. Il a été maintenu dans ses fonctions au FSB. Encouragé par cette impunité, il m’a barré une nouvelle fois la route le 31 janvier 2017 et m’a à nouveau menacé. Grâce à la complicité de ses collègues, il a pu à nouveau s’esquiver alors que j’exigeais bruyamment son arrestation.

Illustration 2
Eugène Platov. Agent du FSB. Cet homme doit être poursuivi par la justice française. © bl

Le 6 février 2017, j’ai téléphoné au secrétariat de l’Attaché de police de l’ambassade afin de demander à être reçu pour déposer plainte devant la justice française. L’assistante, seule accessible au téléphone, m’a opposé un refus net, avec une grâce qui m’a rappelé l’URSS. D’une voix très déterminée, elle m’a dit que l’on ne me recevra pas. Selon elle, je dois écrire en France. Où ? Elle ne me le dira pas avant de reposer le combiné, interrompant ainsi la conversation. Lorsque je demande à pouvoir parler avec un officier de police, elle me répond : « Celui-ci est occupé ». J’attends toujours que l’un d’eux me rappelle.

Cette même dame, lors de mon premier appel, m’avait également asséné d’emblée que je devais respecter la loi russe. Les policiers et leur assistante sont les porte-parole du FSB destinés à faire circuler des soupçons sur ma personne ?

Rappelons des évidences. La loi oblige les fonctionnaires qui se trouvent derrière ces murs, à m’écouter et à noter mes déclarations sans tarder, car j’ai été victime d’un attentat qui a mis ma vie en danger, car je suis Français de l’étranger et enregistré au consulat. Mon domicile est à Moscou.

Par le passé, cela avait été possible. Dans ces locaux, j’avais rencontré un officier de police français afin de communiquer au procureur Corroye qu’une de mes connaissances avait fait des transports d’espèces d’Arabie Saoudite en France pour le compte de la FNTP. Cet argent était destiné à financer la campagne électorale de Jacques Chirac en 1987. Rappelez-vous ! Ce sont les fameuses sommes qui avaient fait Pschittt... ! Un enquêteur m’avait appelé par téléphone de France pour confirmer l’authenticité de l’information.

Le rôle de la police est d’assister les personnes agressées. Surtout, si elles déclarent être toujours menacées. Les recevoir et les écouter est un minium. La police a cette obligation. Sinon, elle ne sert à rien.

J’insisterai autant qu’il le faudra pour être reçu.

Les propagandistes de Poutine jouissent d’une liberté en France. Elle leur permet d’y propager leur vision de la Russie.

Je connais cette Russie aussi bien qu’eux. J’entends user de cette même liberté et sécurité afin de pouvoir continuer à fréquenter mes amis russes, même s’ils ne plaisent pas au pouvoir.

Contrairement au juge Borel à Djibouti, je ne me suiciderai pas en Russie. Afin de préserver ses relations avec les régimes dictatoriaux, l’État français n’hésite pas à collaborer avec eux, parfois au détriment de la vie de ses propres citoyens et de la justice. Le comportement des attachés de police, que j’ai rencontrés, camoufle une collaboration, certainement involontaire, avec les services répressifs russes.

Actualisation. Le 13 février, je suis passé au consulat retirer ma carte nouvelle consulaire. Monsieur le Consul adjoint de France à Moscou m’a reçu dans son bureau. La chaleur humaine que j’ai ressentie au cours de notre discussion m’a réconforté. Je l’apprécie comme une solidarité nationale, d’autant plus précieuse que je suis toujours soumis à une possible nouvelle agression en lointaine Russie.

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