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J’ai fait connaissance avec Valery au cours d’une manifestation de l’opposition à Moscou. Nous avions sympathisé. Il m’a invité chez lui.
Valéry possède une petite propriété sur laquelle il a construit une maison et un magasin en bordure de la route menant à l’aéroport Domodedovo, à une vingtaine de kilomètres de Moscou. L’emplacement est propice. Les affaires sont bonnes dans son minuscule magasin qui a besoin de s’agrandir. Vélery voudrait aussi construire une usine de transformation des légumes. Pour cela, il doit conclure un bail foncier avec l’administration du district de Ramenskoye. Lors des formalités de cession de cette terre, propriété d’État, les fonctionnaires n’oublient pas leur intérêt. Pour l’obtenir, il faut payer un pot-de-vin à ces Messieurs. Valéry refuse.
Le père de Valery est un vétéran de la « Grande Guerre patriotique » selon la dénomination officielle qui désigne la Deuxième guerre mondiale en Russie. Il a été fait deux fois prisonnier et s’est évadé deux fois. Il a été blessé au cou et a vécu toute sa vie avec un éclat d’obus allemand que l’on n’a pu lui extraire du corps. Valery ne comprend pas pourquoi il devrait payer à des fonctionnaires corrompus cette terre, propriété de la mère patrie, pour laquelle son père s’est battu. Valery devrait payer deux fois : tout d’abord les taxes légales et par-dessus le marché un pot de vin.
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Les mauvaises herbes ont envahi les terrains que voudrait obtenir Valery. À proximité, un dépôt s’étend sans cesse. Il a accaparé en partie l'espace que voulait obtenir Valery. Sa clôture accole le magasin de Valery. De toute évidence, le propriétaire de cet établissement voudrait le faire partir. Il paye le tribut exigé par les fonctionnaires.
Les policiers font régulièrement des raids chez les commerçants. Pour être « tranquilles », ces derniers doivent casquer. Pour tenir un commerce, il faut payer la patente officielle. Mais cela est insuffisant. Il faut de plus régaler les racketteurs. Par contre, on peut parfaitement tenir un commerce au noir sur le bord de la chaussée à condition de se soumettre aux exigences cupides des policiers. Valery a reçu à plusieurs reprises dans son magasin la visite de policiers et de contrôleurs les plus divers. Il n’a jamais rien payé, et les a toujours éconduits.
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Valery a décidé d’affronter ouvertement la mafia sur la place publique. Revêtu de sa capuche, de sa chasuble noire portant l’inscription « Corruption », et armé de la faux de la mort, il est apparu sur la place Rouge où il a été immédiatement arrêté. Il aborde les policiers en leur disant qu’ils sont collègues. « Tous deux, nous sommes habillés en noir. Sur vous est écrit “Police” et sur moi “Corruption”, mais c’est pareil ! »
Valery participe à toutes les manifestations de l’opposition, quelle qu’elle soit. Parfois, la police ne lui laisse pas franchir le détecteur de métal qui trône à l’entrée de tout rassemblement. L’inscription « Corruption » de sa tenue est jugée au hasard : hors thème, inopportune provocante, extrémiste, etc. Les policiers le refoulent et le raccompagnent au métro pour s’assurer de son départ.
Valery dit que Poutine ne devrait pas aller faire la guerre en Ukraine ou en Syrie, mais bien en Russie contre la corruption.
Le 9 mai 2018, jour de la victoire, Valery a été une nouvelle fois arrêté à Moscou. La police a accusé Valery d’extrémisme. Elle lui attribue le slogan : « Poutine, fasciste ».
La Douma d’État prépare actuellement un projet de loi qui punira les outrages au président d’une peine de 3 à 6 ans à six ans de prison. Dès que le projet de loi sera adopté, les jeunes de Navalny qui scandent « Poutine voleur » pourraient se retrouver en prison. Il deviendra beaucoup plus difficile de combattre la corruption en Russie.