Russie. 3,5 années de prison pour référendum

La Russie de Poutine a organisé un référendum en Ukraine voisine pour annexer la Crimée. Par contre, elle interdit les référendums sur son propre territoire. Le journaliste Aleksandre Sokolov a été condamné à 3,5 ans de prison pour campagne référendaire.

Alexandre Sokolov © RBK
Le correspondant spécial des publications RBK Aleksandre Sokolov a été condamné à 3,5 ans de prison pour avoir conduit une campagne référendaire. Accusés d’extrémisme, Alexandre Sokolov et ses trois associés, Valery Parfenov Kirill Barabash et Yuri Mukhin, ont été maintenus deux ans en détention provisoire. Le 10 août 2017, un tribunal de Moscou les a reconnus coupables d’extrémisme. Ils risquaient jusqu’à 10 ans de prison. Le lieutenant-colonel Kirill Barabash et programmeur Valery Parfenov  ont été condamné à quatre ans de prison fermes. Seul Yuri Mukhin a été condamné avec sursis en raison de son infirmité. Les accusés ont plaidé non coupables.

Le nom du juge, Alexey Krivoruchko, qui les a condamnés, figure sur la liste « Magnitski ». Cette dernière met en évidence les fonctionnaires impliqués dans le décès de Serguey Magnitsky, symbole de la lutte contre la corruption, dans la prison de Butyrka à Moscou en 2009.

Alexander Sokolov est l’un des principaux journalistes d’investigation de RBK. Au cours de sa carrière professionnelle, il a publié de nombreuses enquêtes sur la corruption en Russie.

Peu de temps avant son arrestation Sokolov a soutenu sa thèse de doctorat en économie sur le thème : « la corruption en Russie ». Il a enquêté sur la dilapidation des fonds des entreprises publiques, telles « Rosnano » (fonds d’investissement pour l’industrie), « Olimpstroy » (J.O. de Sotchi), « Rostec » (société d’État pour la promotion des produits industriels de haute technologie) et « Rosatom » (compagnie d’État de l’énergie nucléaire).

« Armée de la volonté du peuple » et extrémisme.

Alexandre Sokolov et ses trois compagnons Valery Parfenov Kirill Barabash et Yuriya Muhina ont été arrêtés en juillet 2015, soupçonnés d’être membres du « Groupe d’initiative pour le référendum ».
Les membres de ce groupe se prononcent pour une modification de la Constitution de Russie. Ils prônent la responsabilité de l’élite politique. Ils proposent également d’abolir l’immunité des gouvernants et des fonctionnaires qui pourraient être soumis à des poursuites judiciaires en cas d’infraction.

Selon les enquêteurs, ils seraient liés avec l’organisation « Armée de la volonté du peuple ». Cette dernière, pour avoir préconisé des référendums révocatoires, a été déclarée organisation extrémiste et interdite par les autorités en 2010. L’un des accusés, Yuri Mukhin, membre fondateur de cette organisation, avait déjà été condamné à deux ans de probation pour incitation à l’extrémisme par voie de médias.

Le ministère public a traduit ainsi la volonté des accusés de soutenir des référendums révocatoires : « diffusion des idées extrémistes visant à renverser par la violence l’ordre constitutionnel, justification du terrorisme et incitation à la haine et à l’adversité ».

Peu de temps avant que le verdict ait été prononcé, 282 journalistes russes ont signé une lettre ouverte pour soutenir Alexandre Sokolov et exiger sa libération. Selon eux, l’action d’Alexandre Sokolov ne constitue pas une infraction pénale.

Le Centre des droits de l’homme « Mémorial » a reconnu Alexandre Sokolov et ses compagnons « prisonniers politiques ». Le centre estime que la persécution dont il est victime a pour cause ses activités journalistiques et scientifiques. À la fin de 2016, l’organisation internationale « Reporters sans frontière » a également appelé le gouvernement russe à libérer immédiatement Alexandre Sokolov.

Le 10 août 2017, plus d’une centaine de Moscovites sont venus au procès apporter par leur présence leur soutien aux accusés.

Le juge a interdit à Alexandre Sokolov de prononcer les derniers mots. Il l’a interrompu et a ordonné de quitter la salle.

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