Fuir la psychiatrie punitive biélorusse.

La psychiatrie punitive est utilisée pour éliminer les concurrents en Biélorussie. Oleg Kovalev, président de la fédération de kick-boxing, a été contraint de quitter la Biélorussie pour interrompre le traitement imposé.

Oleg Kovalev © Pierre HAFFNER

Oleg Kovalev est un homme de talent, un sportif doublé d’un organisateur exceptionnel. Il préside les fédérations de boxe professionnelle et de kick-boxing biélorusses. Ses associations ont formé trois jeunes devenus champion du monde de kick-boxing.

Pourtant, il a été victime de la psychiatrie punitive et a été contraint de s’exiler de Biélorussie. Cette pratique est héritée de l’Union soviétique. Elle est assimilée à de la torture et sévit encore dans ce pays. Le condamné est enfermé dans une prison qui se nomme « hôpital psychiatrique » où il lui est administré contre son gré des substances psychotropes. Ces dernières agissent sur le système nerveux central et modifient des processus biochimiques et physiologiques cérébraux. Les récalcitrants sont ligotés sur un lit et subissent l’injection de ces produits par piqûre.

La pratique des arts martiaux civils doit être présidée par un représentant des forces de l’ordre, prestige de l’uniforme oblige, et non pas par un civil indépendant. Cette règle prévaut dans un régime à fort pouvoir vertical comme la Biélorussie.

La police biélorusse a donc fondé sa propre fédération de kick-boxing présidée par le général major Gaïdukovitch Valery Vladimirovitch, commandant des troupes de l’intérieur de la République du Bélarus, décoré de l’Ordre de l’étoile rouge et encore d’une série d’autres décorations, dont je vous fais grâce. Il possède, après Oleg Kovalev, la deuxième fédération de Kick-boxing.

 Oleg Kovalev fait ombrage au Général major de la police. Ses subalternes ont entrepris d’éliminer le talentueux concurrent.

En 2005, les persécutions policières ont conduit Oleg Kovalev tout d’abord en prison où il est resté enfermé pour six mois. Il a ensuite été transféré dans un hôpital psychiatrique fermé, c’est-à-dire dans une autre prison, pour être soigné de la schizophrénie. Oleg Kovalev souffrirait, selon ses médecins — geôliers, de folie des grandeurs doublée d’un orgueil démesuré qui s’exprime par un comportement agressif envers la police biélorusse.

En 2006, il a été libéré au bout de un an de détention à la condition de poursuivre le traitement ordonné. Il s’est donc rendu régulièrement dans un dispensaire pour ingurgiter en présence d’un policier les pilules prescrites. L’opération s’effectue en quatre temps :

  1. Ouvrir la bouche et tirer la langue.
  2. Poser la pilule sur la langue.
  3. Avaler le cachet.
  4. Rouvrir la bouche et retirer la langue pour montrer que le cachet a bien été avalé.

Oleg Kovalev a poursuivi ce traitement jusqu’au jour où il a quitté la Biélorussie.

Cette soumission n’a pas empêché les persécutions de se poursuivre. Il a été interdit à Oleg Kovalev de quitter le territoire biélorusse. Son passeport lui a été retiré. Cela a fortement entravé son activité de président de fédération de boxe.

En septembre 2017, Oleg Kovalev a clandestinement quitté la Biélorussie. Il a rejoint notre pays, la France, où il a demandé l’asile.

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