Ils ne sont pas là ! (Ikh Tamnietov !)

Paris, Ukraine, Biélorussie, Syrie, Libye : Ils ne sont pas là. Si vous voyez des mercenaires russes à l’étranger, c’est que vous avez la berlue. La réponse que vous fera Moscou est simple : « Ils ne sont pas là ! » Pourtant je les ai vus moi-même place Wagram sur le pavé parisien. Qu’y font-ils ?

Ils ne sont pas là ! © Pierre HAFFNER
Le 12 septembre 2020, j’ai vu et entendu des agents des services secrets russes à la manifestation des Gilets jaune place Wagram à Paris. J’étais informé depuis le 1er décembre 2018 que des agents russes fréquentent ces manifestations. Les autorités russes nient ces participations. Les françaises les tolèrent. Elles sont aveugles, sourdes et muettes, et nous mentent. Pourquoi ?

La DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) avaient affirmé dès le 16 décembre 2018 qu’elles n’ont pour l’heure pas trouvé de théorie conspiratrice russe lors des mobilisations des Gilets jaunes. « À ce jour, on n’a pas établi leur implication dans ce mouvement », un cadre confia au Journal du Dimanche le 16 décembre 2018.  Moi, par contre, j’avais des informations diamétralement opposées. Elles se sont confirmées le 12 septembre 2020, soit 22 mois plus tard. Qu’ont fait nos services de sécurité entre temps ?

 De son côté, la Russie avait mis les points sur les « i » pour réfuter son implication : « Nous n’avons pas interféré et nous n’interférerons pas dans les affaires intérieures de tout pays, y compris la France », avait juré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en rappelant que son pays respectait la souveraineté de la France.

Il rajouta ; « Toute allégation, selon laquelle la Russie aurait attisé les manifestations antigouvernementales en France, relèverait de la diffamation », ce que l’auteur de cet article vient de faire.

Après mes dernières publications, le pouvoir russe a entrepris des procédures me visant. Le procès en diffamation en France viendra peut-être plus tard. En Russie, des policiers se déplacent au domicile de mes amis pour les interroger. Un tel interrogatoire a eu lieu à Taganrog, 1.500 km au sud de Moscou ou mon nom, Pierre HAFFNER, a été prononcé par l’enquêteur chargé de recueillir des informations à mon sujet.

 Mais restons à Paris. Ce 12 septembre, les Russes que j’ai photographiés ont des carrures de lutteurs et des poings de boxeurs. Ils ont une coupe de cheveux, type « caserne », rasée à trois millimètres, propre aux militaires et paramilitaires. Tous sont tatoués, comme il en est d’usage dans le monde des barbouzes, militaires et repris de justice russes.

 Depuis près de deux ans, tous les renseignements français sont mobilisés contre les Gilets jaunes. Comment est-il possible que des agents des services secrets russes puissent exhiber une batte de baseball, je l’ai vue, se masquer le visage, se protéger les yeux avec des lunettes de piscine et déambuler en plein jour au milieu d’une manifestation parisienne sans être inquiétés ?

 Je ne blesserai pas nos professionnels du renseignement. Ils font consciencieusement leur travail et savent ce secret de polichinelle. Ils ont informé nos politiques de cette atteinte grave à notre sécurité et souveraineté nationale.

 Pourquoi le pouvoir français reste-t-il silencieux ? La présence de la taupe russe Alexandre Benalla à l’Élysée et les réseaux de Poutine en France ont-ils le pouvoir d’annihiler notre Défense nationale. La question n’est pas anodine pour un pays qui se targue d’avoir une force de frappe nucléaire.

Le pouvoir nous cache ces informations pour pouvoir utiliser ces hommes et discréditer l’opposition intérieure. Il a besoin de perturbateurs dans les manifestations des Gilets jaunes. Bien venue au Black-bloc, mercenaire russe et à tout autre.

 La France est la porte d’entrée des agents des services secrets russes en Europe.

Assassin présumé de Khangoshvili à Berlin © The Insider Assassin présumé de Khangoshvili à Berlin © The Insider
À Berlin, le procès du Russe qui a abattu le Géorgien tchétchène, Khondroshvili a commencé. L’homme est un ancien des Spetnaz « Vympel ». Il est arrivé en Europe par Paris avec un visa Schengen délivré par le consulat français de Moscou. Il était cousu de fil blanc que son passeport était un faux délivré par les autorités russes. Quoique récent, il n’était pas biométrique, nom faux et adresse fausse. Cet homme est un sosie des agents russes que j’ai aperçus place Wagram, sexe, âge, allure sportive, coupe de cheveux et tatouage. Notre consulat n’aurait jamais dû lui délivrer un visa express sans vérification.

 Notre mission diplomatique a des comportements qui laissent supposer une collaboration douteuse avec les services secrets russes. J’en fus le témoin, lorsqu’après avoir été agressé par le FSB dans les rues de Moscou, l’Attaché de police m’a reçu sur le trottoir et m’a prié d’aller raconter cette aventure ailleurs, mais surtout pas ici. La sécurité des Français ne les intéresse pas. Ce petit monde a ses affaires personnelles avec le Kremlin.

 

GRU place Wagram © Pierre HAFFNER GRU place Wagram © Pierre HAFFNER
Dans tous les pays démocratiques, un rapport est publié sur l’activité des services secrets. Suite à mon témoignage, on attend des révélations. Toutes ces personnes sont venues avec des visas. Il ne devrait pas être bien difficile d’en savoir plus sur eux. Une enquête complémentaire est d’autant plus indispensable que cette manifestation interdite a dégénéré lorsqu’elle s’est dirigée vers les Champs-Élysées transformés en citadelle.

Un mois après ces événements, je repose la question : « Qu’ont fait nos autorités pour arrêter et interroger ces individus ? »

 

Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER
Pourquoi sont-ils à Paris ? Les manifestations des Gilets jaunes sont une affaire strictement politique franco-française. Notre actualité politique passionne très certainement des intellectuels russes, mais il est peu probable qu’elle puisse stimuler un tel échantillonnage de « touristes » masqués et armés d’une batte de baseball. Ces personnes sont en mission. Laquelle ?

Les manifestations françaises ont une influence dans la politique intérieure russe. Les chaînes russes, dont « RT », les filment en direct. Les vidéos de « RT » sont les plus longues que l’on puisse trouver sur la toile. Une sélection des scènes les plus violentes projetée par les journaux télévisés russes donne une impression d’apocalypse au téléspectateur. Elle permet à Vladimir Poutine de poser la question : « Voulez-vous comme à Paris ? » La réponse naturelle est « Non ! » Donc la répression contre l’opposition doit s’accentuer en Russie pour prévenir le chaos.

Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER
Ces agents russes sont un élément de la stratégie Guérassimov, nom du chef d’État-major des forces armées russes. Elle met la priorité sur des moyens non militaires pour une guerre hybride qui devrait permettre à Poutine de renégocier un nouveau Yalta. Le partage actuel du monde ne lui convient pas. L’affaiblissement des pays occidentaux lui est indispensable. De la France en particulier.

Le service du renseignement militaire russe (GRU) a pour mission de les déstabiliser par des combats de rue. C’est le travail des mercenaires de la compagnie militaire privée « Wagner » de Evgueni Prigojine, surnommé le cuisinier de Poutine. Ils sévissent déjà en Ukraine, Syrie, Libye, au Venezuela, en Centrafrique, en Biélorussie. Les voici à présent sur le pavé parisien.

La paix sociale et civile brisée par Macron permet cette intrusion susceptible d’aggraver l’éclatement de notre société.

Soyons clairs : les agents de Poutine ne luttent pas pour la victoire de forces démocratiques et sociales en France. Ils agissent pour aggraver le chaos chez nous : faire valoir du régime de Poutine en Russie.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.