Sauvez Darya Poluydova !

Daria Polyudova a déjà effectué deux ans de prison pour son action contre la guerre de Poutine en Ukraine et pour avoir demandé que les régions russes puissent se prononcer sur leur statut par référendum. Elle a été de nouveau emprisonnée. Le Kremlin veut se débarrasser d’elle en l’envoyant au Goulag pour sept ans.

Darya Polyudova © Pierre HAFFNER

Pour une affiche et une republication qui ont déplu au Kremlin, Darya Polyudova a été jetée dans la « Prison 6 » de Moscou que l’on appelle aussi « Prison 666 » ou « Enfer pour femmes ». C’est un lieu de souffrance, de douleur et de dégradation de la condition féminine. Les militantes du groupe punk « Pussy Riot » y avaient séjourné avant d’être déportées en Sibérie.

Prison 6, Moscou © domjilserv.ru Prison 6, Moscou © domjilserv.ru
Darya Polyudova  attend dans cette prison son jugement. Elle sera condamnée non pas à deux ans, mais à sept ans de prison, puis déportée en Sibérie. Darya est emprisonnée depuis le 16 janvier. Le 9 juin, un juge a prolongé en son absence sa détention pour trois mois. Darya a été laissé dans sa cellule. Elle n’a pas assisté à l’audience physiquement ou par vidéoconférence. D’entrée, les gardes ont expulsé brutalement de la salle d’audience deux témoins indésirables : Victor Kapitonov et Véra Lavréchina. Véra a été jetée au sol et Victor a été saisi par un bras invalide que les policiers lui avaient déjà fracturé le 7 octobre 2016 en ma présence (Pierre HAFFNER).

Poutine a l’intention de se débarrasser de Darya Polyudova. Il l’a jetée aux oubliettes dans cette « Prison 6 » afin qu’elle ne réapparaisse plus sur la scène publique en tenant des affiches. Darya a été laissée dans sa cellule, elle est privée de correspondance et de visites. L’argent qui lui a été envoyé par le système carcéral ne lui est pas remis. Le pouvoir veut la briser. La « Prison 6 » est faite pour cela. L’établissement carcéral est surpeuplé et envahi de cafards. Il y a jusqu’à 55 personnes par cellules. Certaines dorment au sol sur des couvertures. La prisonnière politique cohabite avec des détenues de droit commun. Darya doit comprendre qu’elle est abandonnée, que personne ne l’aide ou ne l’assiste, que la sentence est inéluctable. Elle sera déportée et plus personne ne devra entendre parler d’elle.

Darya Polyodova est une militante politique exclusivement pacifique. Il n’y a actuellement aucune raison de la maintenir sous les verrous en attente d’un procès. Le juge des libertés aurait dû ordonner au minimum une assignation à résidence.

Polyudova Darya est née en1989. Elle habite à Moscou. Elle dirige le groupe d’opposition « Résistance de gauche ». Accusée de séparatisme et d’extrémisme, elle avait été emprisonnée une première fois de 2015 à 2017.

 

Darya Polyudova © grani.org Darya Polyudova © grani.org
Le 31 janvier 2019, de 19 à 20 heures, Daria Polyudova a fait un piquet de protestation au centre de Moscou. Elle tenait une affiche : « Îles Kouriles ! Arrêtez de nourrir Moscou ! Vive la République d’Extrême-Orient ! ». Elle a été accusée « d’avoir appelé les habitants des îles Kouriles et de Sakhaline à se prononcer par référendum pour faire sécession avec la Fédération de Russie et créer un État indépendant ». C’est-à-dire que Poutine interdit en Russie ce qu’il a soutenu et organisé lui-même en Crimée ukrainienne : les référendums.

Selon les « experts » des services de sécurité russes, le texte de Polyudova contient une combinaison de signes psychologiques et linguistiques qui incitent (sous la forme d’un appel) les résidents des îles Kouriles et de Sakhaline à faire sécession, à former un État indépendant, la République d’Extrême-Orient. Selon l’enquête, cela constitue un crime au sens de l’art. 280.1 du Code pénal russe : « Appels publics à la violation de l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie ».

 Daria Polyudova a republié sur VKontakt un message du régionaliste et émigré politique russe Andrei Romanov qui affirme que les Tchétchènes avaient le droit de se défendre lorsque l’armée russe a bombardé leur capitale Grosny. L’enquêteur a estimé que Polyudova a fait ainsi une publication « qui légitime les activités des terroristes leaders tchétchènes ».

Le 15 janvier 2020, Daria Polyudova a été arrêtée. Depuis Darya Polyudova est emprisonnée en attente d’un procès.

Daria Poliyudova a été reconnue prisonnière politique par l’association Mémorial. Elle a exprimé exclusivement sans violence son opinion fondée sur le fait que les résidents des îles Kouriles, ainsi que d’autres territoires, ont le droit de décider eux-mêmes, par référendum, de faire partie d’un État ou d’avoir leur propre État. La criminalisation des appels à un référendum contredit les principes fondamentaux de l’État russe et de sa Constitution qui stipule dans son article 3 que « le détenteur de la souveraineté et la seule source de pouvoir dans la Fédération de Russie est son peuple multinational.   Il est la plus haute expression directe du pouvoir exprimé par référendum et élections libres. »  

Daria Polyudova est poursuivie pour ses critiques envers les dirigeants russes. Elle s’est activement opposée à la guerre contre l’Ukraine, à l’annexion de la Crimée et à la répression politique. Daria Polyudova est une prisonnière politique en raison du fait que son emprisonnement est conséquent uniquement de ses convictions politiques exprimées d’une manière non violente.

Darya Polyudova doit être libérée immédiatement.

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