Manœuvres « Vostok 2018 ». Le militarisme, jusqu’à quand ?

Sur fond de chute du rouble, de crise économique et de nouvelles sanctions internationales, de manifestation contre la réforme des retraites, la Russie effectue des manœuvres militaires grandioses : « Vostok 2018 ». Que faut-il penser de ce déploiement de force ? Écoutons les experts militaires russes. Igor Guirkine alias Strelkov est colonel du GRU (service d’espionnage militaire russe).

Igor Strelkov © Roy-TV

Igor Strelkov est interrogé par le nationaliste Maxime Klachnikov sur le canal « ROY-TV ». Igor Strelkov s’est battu pour le « Monde russe » qu’avait promis Poutine en annexant la Crimée. Le colonel du GRU, services secrets militaires russes, a déjà guerroyé aux Balkans, en Tchétchénie. En janvier 2014, il a participé aux opérations d’annexion de la Crimée. Dans la foulée, le Monde russe devait libérer également ses frères du Donbass, oppressés par les « nazis » de Kiev. Igor Strelkov, accompagné de militaires russes dépourvus d’insignes, est allé au Donbass mimer un soulèvement populaire selon le scénario si bien réussi en Crimée. Il a été ministre de la Défense de la république autoproclamée du Donetsk. Le 14 août 2014, Igor Strelko a démissionné de ses fonctions. Soit dit en passant, Igor Strelkov est un criminel de guerre, impliqué dans la destruction au-dessus du Donbass du Boeing malaisien et la mort des 289 personnes qui étaient à bord. Reconnaissons-lui une qualité : il est sincère dans ses convictions.

Igor Strelko affirme que la Russie ne peut opposer plus de 80.000 hommes à l’armée ukrainienne au Donbass. Elle ne pourrait que repousser une offensive de cette dernière,. Sans plus!

Ce chiffre est éloigné des 300.000 personnes qui auraient été mobilisées pour participer aux manœuvres « Vostok 2018 » qui se déroulent actuellement du 11 au 17 septembre en Sibérie. Mobiliser 300.000 hommes une semaine, cela est une chose. Mais pour la durée d’une guerre, dont on ne sait quand elle se finira, cela est différend. On nous dit que ces manœuvres « Vostok 2018 » sont les plus importantes depuis 1981, à l’époque soviétique. Mais la Fédération de Russie actuelle n’est pas l’URSS. L’armée soviétique comptait 5 millions d’hommes et avait un potentiel humain de 286 millions. La Fédération de Russie actuelle n’a que 145 millions d’habitants, âgés pour la plupart à cause d’un faible taux de natalité ces 30 dernières années. Selon l’institut de sondage Levada, 30 % des jeunes Russes désirent émigrer. Une guerre ne ferait qu’augmenter cette proportion et aggraver le déficit démocratique. ( En 1999, j’ai aidé une jeune infirmière à partir en France faire des études, sinon, elle aurait été envoyée en Tchétchénie. Depuis, elle n’est pas revenue en Russie ). Et puis, économiquement, la Fédération de Russie pourra-t-elle supporter un effort de guerre contre des adversaires des dizaines de fois plus puissants ? La réponse est non !

EN 2017, la Russie avait effectué des manœuvres sur la partie européenne de son territoire. Y ont participé 13.000 militaires. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) limite sur le territoire européen à 13.000 le nombre de militaires lors de manœuvres. Cette obligation ne concerne pas la partie asiatique de la Fédération de Russie. Pour cette raison, cette démonstration exceptionnelle de force a été répétée au-delà de l’Oural. Mais est-elle susceptible d’impressionner des experts ?

Voici ce que dit sur le sujet l’expert militaire Alexandre Golts : « L’Union soviétique, qui disposait d’une armée de cinq millions d’habitants, a mené des exercices avec un nombre maximal de 100 à 120 000 hommes. Je pense que tous ces chiffres ne sont rien d’autre qu’une simple déclaration urbi et orbi que s’adresse surtout Poutine à lui même pour se prouver sa force ».

Selon l’expert militaire Pavel Felgenhauer, le premier avantage de ces manœuvres serait de permettre aux ministères de la Défense russes et occidentaux d’obtenir des crédits supplémentaires. Tous seront satisfaits. Il doute de la réalité du contingent engagé que ne peuvent justifier les faibles effectifs mongols et chinois qui y sont adjoints. Les équipages des navires, ainsi que le personnel restant dans ses cantonnements peut être pris en compte sans participation active. Il lui suffit d’effectuer ce jour-là des exercices de tir, qui seront considérés comme manœuvres.

Mais revenons aux dernières déclarations d’Igor Strelkov. Cet homme connaît très bien le front du Donbass. IL y a combattu à la tête des milices populaires russes l’armée ukrainienne. Poutine avait promis à ces hommes le « Monde russe ». Après avoir procédé à un référendum décidant de son indépendance, la population du Donbass a demandé son rattachement à la Russie, tout comme leurs frères de Crimée. Poutine a refusé. Les Abkhazes, les Ossètes de Géorgie, dont les régions ont été rattachées à la Russie, seraient-ils plus russes que les Russes du Donbass ? Poutine propose aux Russes du Donbass un rattachement avec l’Ukraine et non avec la Russie. Vladislav Sourkov, chargé du Donbass auprès de l’administration présidentielle russe, est un nuisible conscient, selon Igor Strelkov. Comme Poutine, il n’a jamais fait la guerre. Poutine n’a pas servi dans l’armée, sinon dans un corps spécial. Poutine a trahi les Russes du Donbass. Les volontaires combattant sur la ligne du front représentent une frange microscopique, selon Igor Strelkov. Il communique régulièrement avec ses anciens subordonnés. Poutine leur a brisé le moral en les abandonnant. À la première offensive de l’armée ukrainienne, ils se rendront ou s’enfuiront. C’est Igor Strelkov, colonel du GRU qui vous dit cela.

La frustration est d’autant plus grande que Poutine a abandonné ses projets de « Monde russe » pour se lancer dans une aventure syrienne au détriment de ce dernier. Les moyens dépensés en Syrie font défaut au Donbass. Poutine a entamé une deuxième guerre sans achever la première. Normal ! Au début, tout semble facile. Après les choses se compliquent, on n’achève pas l’ouvrage et on se retrouve avec deux guerres sur les bras.

Et pourquoi pas une troisième guerre ? C’est le sens de ces manœuvres « Vostok -1018 ». Y a-t-il un pilote dans l’avion qui perd de l’altitude et qui s’appelle « Fédération de Russie »

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