Ilya Ponomarev : « Qui peut vaincre Poutine ? »

Ilya Ponomarev a été député de la Douma russe. Le 20 mars 2014, il a été le seul à voter contre l’annexion de la Crimée par la Russie. Menacé, il a quitté la Russie en juin 2014. Actuellement, il vit réfugié à Kiev. À un moment où chacun s’interroge sur l’avenir de la Russie, son analyse est intéressante.

Ilya Ponomarev © Expert

Le gouvernement russe s’apprête à reculer l’âge du départ à la retraite à 65 ans pour les hommes et à 63 ans pour les femmes. Dés 2019, cette mesure devrait s’appliquer. Après sa réélection, Pourtine a signé un ukase appelé « Ukaze d’avril ». Il programme l’allongement de la longévité moyenne des Russes à 78 ans pour 2024, en fin de mandat. On ne gouverne pas par décret, dit un adage. On n’allonge pas non plus l’espérance de vie par décret. Néanmoins, par anticipation, les Russes travailleront immédiatement plus longtemps, puisqu’on leur promet que dans quelques années ils vivront plus longtemps.

En 2005, la monétisation des avantages sociaux avait provoqué la plus grande vague de mécontentement connue en Russie depuis la fin de l’ère soviétique. Il avait été retiré aux retraités des acquis en nature contre une somme d’argent aussi rabougrie que leurs retraites proches des 130 euros mensuels. Les manifestations les plus importantes avaient eu lieu surtout en province. Elles étaient dirigées par les « Rouges ». On s’attend à un regain des protestations à l’occasion de la modification du droit à la retraite. Le Parti communiste et ses proches pourraient toujours rester à la tête de ces mouvements sociaux.

Ilya Ponomarev constate que les Libéraux théorisent beaucoup sur la politique en général, mais ils ont abandonné les problèmes sociaux aux partis de gauche, plus particulièrement en province. Ils ont pris une part insuffisante à ceux-ci. Par exemple, lors de la grève générale des camionneurs contre la taxe routière « Platon ». La vague de protestations contre le report de l’âge du départ en retraite pourrait surprendre par son ampleur. Il est peu probable que les Libéraux puissent récupérer le temps perdu et prendre le train en marche.

Lors des dernières élections présidentielles, le candidat Pavel Groudinine a surpris. Il a su attirer un électorat au-delà du seul Parti communiste en se présentant comme un candidat entrepreneur ouvert aux idées sociales-démocrates. Il a été rejoint par des nostalgiques de l’empire, les partisans de l’annexion de la Crimée et les anciens combattants du Donbass, pour la plupart des hommes armés et aguerris au combat. Il a été soutenu par des forces très diverses, dont le Front de gauche de Serguey Oudaltsov, ou du très nationaliste Parti des affaires de Maxime Kalachnikov. Le Kremlin a senti le danger. Il a déclenché une vague d’articles hostiles dans la presse. Pavel Groudinine a néanmoins terminé en deuxième position, avec 11,77 % des voix.

Ilya Ponomarev suppose qu’une telle coalition pourrait prendre le pouvoir en Russie et mettre fin à la bacchanale du régime de Poutine.

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