Ces lectures publiques de la Constitution russe sont faites à des fins éducatives, pour rappeler aux citoyens les fondements du nouvel État russe et les droits garantis à chacun, dont la liberté d’opinion, de parole et de réunion. Ce serait un euphémisme de dire que l’on a oublié cela aujourd’hui en Russie.
Hier, 13 septembre 2016, les militants avaient choisi le parvis de la Douma d’Etat (parlement russe) à deux pas du Kremlin. Cette lecture a été interrompue par les forces de l’ordre qui sont interv enues et ont arrêté violemment les personnes lisant ce document. De toute évidence, ces libertés prévues dans la Constitution ont été violées lors de sa lecture.
Le Président est censé être le garant de la Constitution. Mais le Président interdit sa lecture publique devant l’organe législateur des lois, la Douma d’État.
Après les arrestations, nous sommes allés devant le poste de police à Tverskaya, inquiets du sort de nos camarades arrêtés. Nous y avons poursuivi la lecture des articles. Les passants ont été indifférents. Néanmoins, deux jeunes couples m’ont demandé : « Que se passe-t-il ? » Je leur ai expliqué en essayant d’être un brin pédagogique : « Défendre la Constitution, c’est défendre vos droits et libertés. C’est elle qui vous unit avec les personnes arrêtées. Défendre ces personnes, c’est vous défendre également, car la Liberté est notre valeur commune. » Ils ont été d’accord avec moi, mais ont poursuivi leur chemin.
J’ai parlé avec Édouard, dissident de l’époque soviétique qui nous accompagnait. Il est éprouvé par l’âge et la vie militante. Il m’a dit :
« J’ai l’impression d’avoir déjà vécu cela et ça n’a servi à rien. Il nous faut recommencer. »
« Nous n’avons pas tiré les leçons de l’expérience soviétique, du Goulag, des effondrements économique, politique et moral de l’URSS. Nos enseignements n’ont pas été transmis à la nouvelle génération. Pour cette raison, nous revivons cela. Cette constitution de 1993 est ignorée par la population. L’autocratie est de retour avec Poutine. Agent de la STASI en Allemagne de l’Est et du KGB en Russie, lui et son équipe sont revenus au pouvoir. »
Dans la population, chacun est intimement d’accord. Mais les langues ont de la peine à se délier, car la peur domine. Il a été plus facile à Poutine de réactiver des comportements anciens que d’en créer de nouveaux. Poutine, agent du KGB, sait effrayer les gens. C’est son métier. Dimanche, c’était la fête de Moscou. En tenues et véhicules d’époques, il y a eu des reconstitutions publiques d’arrestations staliniennes. Ce n’est pas anodin. Certains nous menacent, disant que l’année 1937 reviendra. Par la peur, Poutine a ressuscité les refoulements internes de la personne, typiques de l’époque soviétique. On appelle cela l’immigration intérieure. C’est un moyen d’assurer sa propre sécurité, au même titre que l’immigration extérieure.
Poutine interdit la lecture publique de la Constitution de la nouvelle Russie, car elle est son ennemie.
Aujourd’hui, la véritable Constitution de Russie, c’est Lui ! Poutine: le nouveau président à vie.