L’interrogatoire à Lubyanka a été brutal. Les agents du FSB ne font pas dans le cérémonial. Ils ont des moyens « efficaces » pour forcer la coopération des personnes qu’ils interrogent. Il s’agit du supplice de la pendaison par les menottes. Certains témoignent. Le prisonnier politique Ildar Dadin l’a subi. C’est extrêmement douloureux. La pendaison dure 30 minutes. Lorsque les bourreaux décrochent le supplicié, celui-ci doit dire : « Merci ». Sinon il est rependu.
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Au bout d’une heure d’interrogatoire infructueux, les quatre agents de FSB, qui interrogeaient Natacha, ont décidé d’employer des méthodes plus persuasives. Ils questionnaient Natacha en l’absence d’avocat et sans lui rappeler ses droits, comme il en est de règle. Mais était-il besoin de préciser cela ?
Ils l’ont soudain saisi violemment et lui ont montré les menottes en la menaçant. Leur réputation aidant, Natacha s’est inclinée.
En fin de compte, Natacha s’est demandé quel était l’intérêt de cet interrogatoire. Le FSB savait tout sur elle. Il possède toute une documentation, des vidéos, des enregistrements audio, et surtout les témoignages des personnes arrêtées avant elle. Elles se mettent toutes à table. Le FSB voulait très certainement effrayer Natacha, et surtout obtenir d’elle des informations nouvelles concernant de tierces personnes.
Comme beaucoup d’autres opposants russes, dès qu’elle a été relâchée de Lubyanka, Natacha s’est réfugiée en Ukraine. Elle est actuellement à Kiev. Les Russes n’ont pas besoin de visa pour franchir la frontière ukrainienne. Pour cette raison, à Kiev la colonie d’opposants à Poutine grossit.
En octobre 2016, Natacha avait commencé à militer à la ville de Kazan au « Mouvement des gens libres » et à « Artpodgotovka » de Viacheslav Maltsev. Avec ses compagnons, elle a créé la chaîne : « Les mauvaises nouvelles de Kazan » sur YouTube. Ce canal était devenu une plateforme de discussion populaire. Y participaient des acteurs de la vie politique et sociale du Tatarstan, ainsi que tout volontaire.
Les services secrets russes ont infiltré cette organisation. Ils ont ouvert un dossier sur Natacha. Dès lors, tous ses faits, gestes et paroles seront compilés par le FSB. Lors de son interrogatoire, Natacha a constaté que le FSB sait tout en ce qui la concerne.
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À l’initiative de Marc Galpérin, une plateforme avait été créée. Son but : effectuer une révolution démocratique en Russie. Des nationalistes, la nouvelle opposition et « Artpodgotovka » de Viacheslav Maltsev l’ont rejoint. Tous les dimanches, des marches « d’hommes libres » ont lieu dans toute la Russie. À Kazan Natacha y participait.
Le Kremlin a décidé de briser ce mouvement dans l’œuf, par la répression. Les arrestations des marcheurs sont régulières. Aujourd’hui, 14 janvier 2018, huit personnes ont été arrêtées à Moscou. Les contraintes à l’exil, à la clandestinité ou les privations de liberté, comme Marc Galpérin actuellement, ont réduit considérablement le nombre des participants à ces marches, de quelques centaines, à quelques dizaines. Mais des irréductibles persistent.
Le Kremlin a décidé de passer à une phase supérieure dans la répression. Les personnes qui ont participé au rassemblement pacifique du 5 novembre 2017, à l’appel de Viacheslav Maltsev et de son mouvement « Artpogotovka », ne sont plus accusées simplement d’extrémisme, mais de terrorisme. La différence est de taille, puisque les peines maximales encourues ne sont plus de 5 ans de prison, mais de la prison à vie. « Artpogotovka » a été déclarée organisation terroriste. Toute personne possédant un badge « Artpodgotovka » est passible d’une peine minimale de 12 ans de prison. Votre serviteur qui écrit actuellement ces lignes encourt une peine de prison à vie pour avoir aidé le « terroriste » Viacheslav Maltsev à se réfugier en France.
Chacun a compris l’imprudence de Natacha Kazanskaya qui a fait preuve d’humanisme en apportant des colis aux prisonniers Yuri Korny, Andrei Keptya, Andrei Tolkachev, accusés de terrorisme. Le soir même, le FSB frappait à sa porte.
Dans cette vidéo, Natacha raconte sa courte vie militante qui l’a transformée rapidement en exilée politique.
Les démocrates russes se quittent en se disant : « La Russie sera libre ! »
C’est tout le mal que nous souhaitons au FSB (ex-KGB) qui règne au Kremlin en la personne de Vladimir Poutine, son ex-directeur.