Nadejda Petrova en danger. Que fait la France ?

Macron a proposé l’asile politique au très médiatique Alexey Navalny, empoisonné en Russie. Depuis 22 mois, Nadejda Petrova attend une réponse des autorités françaises à sa demande d’asile politique. Elle est toujours en danger. Qu’attendent-elles pour lui répondre ?

Macron a proposé l’asile politique au très médiatique Alexey Navalny, empoisonné en Russie. Depuis 22 mois, Nadejda Petrova attend une réponse des autorités françaises à sa demande d’asile politique. Elle est toujours en danger. Qu’attendent-elles pour lui répondre ?

 

Alexey Navalny à Berlin. © Mediazona Alexey Navalny à Berlin. © Mediazona
En Russie, les opposants politiques meurent de manière étrange. L’empoisonnement d’Alexey Navalny a été médiatisé. Le célèbre blogueur a été transporté dans une clinique en Allemagne pour y être soigné. Hélas, tous les opposants ne font pas l’objet d’une telle attention. Personne ne connaît le nom de Constatntin Senetsine, journaliste du canal « Artpodgotovka, assassiné par défenestration du 6e étage de son appartement à Saint-Petersbourg.

Les témoins meurent aussi étrangement, même ceux qui ont collaboré avec le FSB.  

Deux témoins secrets du FSB dans deux procès politiques meurent le même jour d’un coup de poignard au cœur.

Dmitry Murmalev © FaceBook Dmitry Murmalev © FaceBook
Le premier, Dimitri Murmalev avait témoigné dans l’affaire “Artpodgotovka” qui a conduit à la condamnation de  Andrei Tolkachev, Yuriy et contre Andrei Kepti à des peines respectives de 13, 10 et 6 ans de prison pour un incendie qui ne s’est jamais enflammé. Selon le FSB, ils auraient eu l’intention de mettre le feu à un tas de foin qui n’a jamais brûlé, abandonné sur la place du manège à Moscou. Dmitri Murmalev avait témoigné à charge deux fois. Une première fois sous son vrai nom, ensuite anonymement. Les détails donnés par ce deuxième témoin font apparaître qu’il s’agit de la même personne. Dmitri Murmalev n’est plus apparu aux audiences suivantes. Le juge a informé qu’il avait été assassiné, d’un poignard au cœur. Il est mort le 15 janvier 2020.

Un deuxième témoin anonyme était intervenu à charge contre l’étudiant en mathématiques et anarchiste, Azat Miftakhov, accusé de vouloir attaquer un local du parti de Poutine. Ce deuxième témoin secret est décédé également d’un coup de poignard au cœur ce même 15 janvier.

Au stade actuel, on a de bonnes raisons de penser qu’il s’agit d’une même personne. Les témoins du FSB seraient réutilisables. Les données des témoins anonymes étant classifiées secrètes, il est impossible de vérifier. On peut tout de même s’inquiéter que les témoins secrets du FSB décèdent violemment dans des circonstances semblables le même jour.

 

Carte de visite porfessionnelle de Dmitry Murmalev © Nadejda Petrova Carte de visite porfessionnelle de Dmitry Murmalev © Nadejda Petrova
Dimitri Murmalev, agent infiltré, avait été arrêté avec ses compagnons, puis rapidement libéré. Il s’est transformé en témoin à charge et en commis voyageur du FSB. Il est venu plusieurs fois en France où il a rencontré des réfugiés de Artpodgotovka. Il se déplaçait sous couvert d’une société russe “Pemberton-Yacht-service” installée à Antibes ». Aucune société russe n’embauchera une telle personne sans accord des services secrets. Sa mission : espionner les militants de « Artpodgotovka » réfugiés en France et plus particulièrement Nadejda Petrova.
Pierre Haffner ramène Maltsev en France © Pierre HAFFNER Pierre Haffner ramène Maltsev en France © Pierre HAFFNER
Le dirigeant du mouvement, Vyacheslav Maltsev s’était réfugié en France avec mon aide en octobre 2017. Depuis beaucoup l’ont rejoint. C’est ici que Dimitri Murmalev avait été envoyé en mission par le FSB pour enquêter.

Les services secrets russes ont entrepris des mesures exceptionnelles pour récupérer la seule Nadejda Petrova. Le tribun féminin du mouvement s’était réfugiée dans un premier temps en Autriche puis en France. Les réseaux de Poutine en Europe se sont mobilisés pour la faire expulser d’Autriche. Le gouvernement d’extrême droite de ce pays avait interrompu sous la pression du Kremlin l’examen de sa demande d’asile politique et ordonné son expulsion en Tchéquie où l’attendait un mandat d’Interpol. Nadejda Petrova a réussi à se soustraire à cette arrestation et a rejoint clandestinement la France le 19 septembre 2018 où elle a requis l’asile politique.

Nadejda Petrova © Pierre HAFFNER Nadejda Petrova © Pierre HAFFNER
Voilà 22 mois que Nadejda Petrova attend des autorités françaises une réponse à sa demande. Une telle nonchalance ne peut s’expliquer sans l’influence des réseaux de Poutine dans notre administration.

Depuis, Nadejda Petrova a subi dans notre pays, six tentatives de déportation en Tchéquie, étape intermédiaire avant son rapatriement en Russie, 33 jours de privation de liberté au centre de rétention à Nîmes et sept procès qui ont engagé des milliers d’euros de dépenses.

Le 23 juin 2020, un tribunal de Moscou a arrêté à nouveau par contumace Nadejda Petrova, a lancé un mandat de recherche par Interpol.

Nadejda Petrova est toujours en danger. Le Kremlin n’a pas renoncé à la rapatrier en Russie, cette fois-ci, non pas en utilisant ses réseaux autrichiens, mais français.

Les autorités françaises connaissent très bien le dossier « Artpodgotovka » et plus particulièrement celui de Nadejda Petrova. Elles doivent lui accorder immédiatement l’asile politique.

Nous saluons l’empressement d’Emmanuel Macron à accueillir Alexey Navalny, qui lui a rien demandé, mais notre président devrait faire preuve d’un tel humanisme en délivrant dans les meilleurs délais à Nadejda Petrova l’asile politique en France.

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