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Dmitry Démuchkine est leader du parti nationaliste russe « Russkye ». Il est opposé à l’annexion russe de la Crimée et à la guerre actuelle au Donbass. Il est un des organisateurs de la manifestation nationaliste « Russky marche » qui se déroule tous les 4 novembre à Moscou. Son parti dispute le terrain nationaliste au président Poutine. Ce dernier prétend être le protecteur du « monde russe » où qu’il soit. La dégradation des conditions économique et sociale en Russie pourrait en faire douter. Afin de dégager le terrain nationaliste de tout concurrent, le Kremlin a interdit le parti « Russkye ». L’an dernier, l’un de ses dirigeants, Alexandre Potkin Belov, a été condamné à 7 ans et demi de prison.
Les membres du parti nationaliste, aujourd’hui illégal, « Russkye » participent à la « Nouvelle opposition ». Cette dernière se compose également de libéraux, démocrates et de toutes personnes opposées à la politique menée depuis 17 ans par Poutine. La marche de l’opposition se déroule tous les dimanches sur l’avenue Tverskaya à Moscou et dans une cinquantaine de villes en Russie. À Moscou, elle rassemble une centaine de personnes pour le moment.
L’apport nationaliste pourrait être décisif pour déclencher, comme en Ukraine, un Maïdan russe. Cette union pourrait provoquer un effet synergique qui pourrait permettre non seulement de retrouver le niveau de participation de 100.00 personnes des manifestations de 2011 et début 2012, mais aussi de provoquer un raz de marée capable de balayer le pouvoir. La détérioration des conditions de vie a répandu un mécontentement sourd qui n’attend qu’un signal pour s’exprimer. Beaucoup l’ont compris. Le Kremlin aussi. La répression qui vise les nationalistes « non alignés » tente de faire avorter cette gestation qui menace.
Le 15 février 2017, le procès à l’encontre de Dmitry Démuchkine s’est poursuivi à Moscou. Il a été inculpé d’incitation à l’adversité et à la haine raciale et est passible de trois ans de prison selon l’article 282 du Code pénal.
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Je me suis présenté pour assister à l’audience avec une trentaine de personnes. Le procureur a demandé que le procès se passe à huis clos. Le juge désigné par Poutine, Anton Filatov, a accepté cette demande. Nous avons tous été refoulés hors de la salle d’audience, presse comprise. Sur plus de 800 procès de ce type qui ont eu lieu, c’est la première fois. Le pouvoir ne veut pas que les débats soient publics. La loi impose le huit-clos uniquement pour les affaires « Défense », à caractère sexuel ou lorsque des mineurs sont impliqués. Cela n’est absolument pas le cas pour cette affaire. Seuls l’accusé Dmitry Démuchkin et son avocat ont pu assister à l’audience. Nous avons attendu dans le couloir.
Le dossier d’accusation est composé de sept tomes de documents, pour une seule image repostée par Dmitry Démuchkin. Il n’y a aucune victime, aucune partie civile.
Alors que toutes les forces nationalistes d’Europe, Marine Le Pen comprise, vantent les vertus nationalistes de Poutine, ce dernier poursuit Dmitry Démuchkine pour le slogan : « Pouvoir russe en Russie ». C’est cette controverse que le huis clos veut camoufler. Les débats du procès ne doivent pas mettre le Kremlin en défaut.
Sur le plan intérieur, Poutine sait que le sentiment de « puissance outragée » a été le terreau sur lequel l’annexion de la Crimée a déclenché une vague chauviniste qui le porte. Il ne peut y avoir plus nationaliste que lui en Russie. Plus nationaliste que Poutine, tu meurs ou tu vas en prison !
Sur le plan extérieur, l’interdiction du parti « Russkye » en Russie pourrait faire douter des convictions nationalistes de Poutine à l’étranger. Les financements ne sont pas tout puissants pour convaincre les partis frères.
Assigné à domicile, Dmitry Demuchkine est interdit d’internet. Il ne peut pas communiquer. Cela devrait durer un an, jusqu’à sa condamnation dont personne ne doute.
La prochaine audience aura lieu le 22 février 2017. Je tenterai d’y assister, si cela est autorisé.
Aujourd’hui, défendre Dmitry Demuchkine n’est pas l’affaire des seuls nationalistes, mais de tous, quels qu’ils soient, car la dictature de Poutine broie tous les opposants.
La lutte pour la Liberté doit être le ciment qui doit tous les unir