Seitumer Seitumerov, journaliste et « terroriste ».

Seitumer Seitumerov est journaliste à la chaîne ATR des Tatars de Crimée. Le média est interdit sur la presqu’île. Il s’est réfugié à Kiev. Le 11 mars, les forces de sécurité de l’occupant russe ont procédé à des perquisitions et à des arrestations, dont celle de Seitumer Seitumerov par contumace. Une nouvelle affaire de terrorisme se profile.

Seitumer Seitumerov © ATR

Gulsum Khalilova © ATR Gulsum Khalilova © ATR
La présentatrice Gulsum Khalilova de la chaîne ATR a eu l’impression d’avoir échangé les rôles avec Seitumer Seitumerov. L’an dernier, c’est elle qui était pourchassée. Elle avait été accueillie par son collègue dans les mêmes studios à Kiev.

Pour compenser l’absence de journalistes chassés  de Crimée par l’occupant, Seitumer Seitumerov avait décidé de filmer avec son téléphone les exactions des services de sécurité russes contre son peuple. C’est ainsi que naîtront sa vocation de journaliste et les ennuis qui ne tarderont pas à apparaître rapidement. Les premières perquisitions et convocations aux commissariats n’étaient que des avertissements qu’il valait mieux prendre en compte. En octobre 2017, Seitumer Seitumerov a quitté définitivement la Crimée et s’est réfugié à Kiev. Dès lors, il travaille au média ATR, où il présente l’émission d’information phare « Zaman » et parle de ce qui se passe en Crimée.

Plus de deux ans après son exode, le FSB russe est venu perquisitionner sa maison à Bakhchisaray où sa mère, âgée de 76 ans, vit seule. Les Russes seraient venus pour rechercher des armes. La seule arme de Seitumer Seitumerov est sa langue qu’il a emportée avec lui en Ukraine continentale pour poursuivre sa lutte pour informer.

Seitumer Seitumerov © ATR Seitumer Seitumerov © ATR
Quatre personnes ont été arrêtées dans cette nouvelle affaire. La cinquième est Seitumer Seitumerov. Selon un procédé maintes fois rodé, les policiers russes découvrent de la littérature religieuse qu’ils introduisent eux-mêmes aux domiciles des personnes perquisitionnées. Sa seule présence sert à prouver l’adhésion à des organisations interdites et à fabriquer des affaires de terrorisme.

Voilà 300 ans que les Tatars de Crimée, peuple natif de la péninsule, résistent au colonisateur russe. Génocides, exécutions, condamnations, déportations n’ont pu entamer sa volonté de résistance à l’impérialisme russe revenu en 2014 avec l’annexion de la Crimée par Poutine. Des centaines de Tatars de Crimée ont été emprisonnés depuis. Les peines atteignent 24 ans de prison. Des milliers de Tatars ont été contraints de s’exiler à nouveau.

En Crimée, l’occupant russe s’attaque aux blogueurs et aux journalistes afin de cacher au reste du monde la répression qu’il fait subir à ce peuple.

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