Non au Poutine éternel !

500 Moscovites, jeunes pour la plupart, se sont rassemblés sur la place Pouchkine hier soir . Ils protestaient contre le coup d’État constitutionnel qui permet à Poutine de rester au pouvoir à vie. Les manifestants ont été interceptés rapidement dans la rue par les forces de répression. 147 d’entre eux ont été arrêtés.

La Constitution russe s’est adaptée à un homme : Poutine. Elle a été modifiée spécialement pour lui permettre de rester au pouvoir à vie. Adopté par référendum en 1993, le texte original limitait à deux le nombre de mandatures de quatre ans pour une seule et même personne au poste présidentiel. Le peuple a voulu alors se prévenir d’un retour aux dirigeants à vie qui ne quittaient le Kremlin que les pieds devant.

Poutine a été élu une première fois en 2000. Il aurait dû s’éloigner du pouvoir en 2008. Nous sommes en 2020. Il est toujours en place. Il effectue actuellement sa quatrième mandature. En réalité, il s’agit de la cinquième, car après les deux premières, il a roqué avec son Premier ministre et ami d’enfance Medvedev. Une malice qui a permis de remettre le compteur à zéro, sans quitter le pouvoir. L’opposition unie a dénoncé ce coup d’État. Le 6 mai 2012, elle a été sévèrement réprimée lors de l’affaire de « Bolotnoe délo ». Ses dirigeants, comme Serguey Udaltsov, ont été emprisonnés, ont été contraints de s’exiler, comme Garry Gasparov, ou se sont éclipsés comme Irila Khamada. Boris Nemtsov, seul a continué à résister. Il a été assassiné devant le Kremlin en 2015. Sans procéder à un référendum, le mandat présidentiel a été depuis allongé à six ans. La mandature actuelle de Poutine, qui est en réalité sa cinquième, se terminera en 2024.

Moscou, place Pouchkine © Grani.ru Moscou, place Pouchkine © Grani.ru
La cosmonaute soviétique, et membre de feu parti communiste de l’URSS, Valatina Térechkova, est aujourd’hui députée et membre du parti de Poutine. À la tribune de la Douma d’État, elle a proposé de remettre une nouvelle fois le compteur à zéro pour Poutine spécialement. La proposition a été adoptée par la Douma, par le Conseil de fédération. Elle a été approuvée par la Cour constitutionnelle et par la Commission électorale, qui n’a rien trouvé d’anormal. Le beau rôle a été laissé à Poutine qui a demandé à ce qu’il y ait un vote de la population. Le résultat était prévisible. Le texte modifié était disponible en librairie avant que le peuple se soit prononcé.

Participation par bureau de vote © Novaya Gazeta Participation par bureau de vote © Novaya Gazeta
Ce ne fut pas un référendum, comme il se doit, mais un vote très très libre. Il a duré six jours. La fraude a surpassé toutes les précédentes. La courbe de Gausse censée exprimer les statistiques de participations par bureau de vote s’envole en dents de scie dans sa deuxième partie pour atteindre 100 % de votants. Personne n’est décédé, n’a été empêché ou refusé de voter lors de ce scrutin dans ces bureaux.

Depuis, la répression s’est intensifiée. En premier lieu contre les journalistes. Parmi eux, Ivan Safronov accusé de divulgation de secrets d’État et inculpé de haute trahison. Toute personne tenant une affiche entre ses mains ou portant un maillot  avec une inscription équivoque est arrêtée après quelques secondes.

Sur la place Pouchkine à Moscou, c’était surtout des jeunes qui avaient répondu hier à l’appel du mouvement « Non au Poutine éternel ». Ils n’ont pas craint les fortes pluies ni la répression prévisible. Ces jeunes sont la « génération Poutine », celle qui n’a connu que Poutine, et qui est condamnée à le subir encore jusqu’en 2036. Contrairement à leurs parents, socialisés sous le système soviétique, ils veulent connaître autre chose. Il s’agit de la « génération internet » qui veut vivre libre et autrement. Ils ont crié : « Liberté ! », « Poutine, voleur », « Poutine, dégage ». Ils ont également crié « Khabarovsk » du nom de cette région d’Extrême-Orient qui se soulève actuellement contre le pouvoir central de Moscou.

Le Pouding est avarié. © grani.org Le Pouding est avarié. © grani.org
Les manifestants sont ensuite partis dans les rues en criant « Moscou, dans la rue ». Les « Sovoks » dressés sous l’époque soviétique sont restés terrés chez eux. Ils ne sont pas sortis pour exiger avec la jeune génération le respect de la Constitution et le départ de Poutine. Par contre, les manifestants ont été interceptés par les forces de répression. 147 d’entre eux ont été arrêtés.

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