Le Tchernobyl volant fait ses premières victimes

Le rivage de la mer Blanche est pollué. Des militaires russes ont prévenu les habitants des risques liés à la récupération d’objets radioactifs rejetés par la mer sur le rivage. Le 1er mars 2018, Poutine avait présenté le missile à propulsion nucléaire « Burevesnik ». Voilà déjà ses premiers morts : cinq collaborateurs de « Ros-atome » et des militaires russes chargés de son expérimentation.

Les militaires russes préviennent les habitants du rivage de la mer Blanche © Newsader Analytics

Les habitants de la région d’Arkhangelsk ont vidé les pharmacies de leur stock d’iode dès qu’ils ont appris l’élévation du taux de radioactivité de l’air qu’ils respirent. Les autorités sont avares en information. Les médecins de l’hôpital régional n’ont pas été avertis que les victimes de l’explosion survenue sur le polygone militaire de Severodvinsk avaient été contaminées par radiations. Ce n’est qu’à Moscou, qu’il a été découvert un isotope radioactif dans le tissu d’un patient. Des médecins ont été contraints de signer une obligation de réserve par le FSB après avoir été informés qu’il s’agissait de personnes infectées par radioactivité. Ils ont été dotés de tabliers en plomb. Mais plus de 50 personnes étaient déjà entrées en contact avec des victimes, y compris aux urgences à Moscou. Trois de ces dernières vaient été transportées sans vêtements, recouvertes uniquement d’un film plastique. Ces informations ont été publiées par la chaîne russe Rain-TV, qui a repris un article de « The Moscow times ».

 Le 8 août, une explosion est survenue sur le terrain d’entraînement militaire près de Severodvinsk. Cinq employés de Ros-atome ont perdu la vie, ainsi que d’autres personnes. On ne connaît pas le nombre exact de victimes. L’accident est survenu lors des essais d’un missile de croisière à propulsion nucléaire. Pour rassurer la population, des militaires ont organisé une réunion avec les habitants de Nenoska, agglomération sur le bord de la mer Blanche. La réunion a été filmé en caméra cachée. L’enregistrement a été transmis par Sotnik.TV à Newsader Analytics qui l’a publié hier sur son site.

Le militaire explique que le missile propulsé par un moteur fonctionnant à l’aide d’isotopes nucléaires a explosé sur un terrain d’entraînement militaire. Il s’adresse aux habitants inquiets. Il leur explique qu’il ne s’agit pas d’une explosion nucléaire, mais termine tout de même son exposé en disant qu’il y a des risques de contamination et qu’il ne faut ramasser des objets rejetés par la mer sur le rivage. Selon le militaire, il ne s’agit pas du premier essai de missile de ce type. Les  expérimentations s’effectuent à partir d’un ponton, dont les débris, plastiques, cordes, tissus et autres objets flottants pourraient échouer sur le rivage. Qu’en sera-t-il des objets plus lourds précipités au fond ?

Poutine a ressorti des vieux cartons de l’ère soviétique des projets, dont ce missile hypersonique à propulsion nucléaire, dénommé « Burévisnik ». Il avait été abandonné en raison de sa dangerosité et de son inefficacité. Le missile s’écrase en fin de course. En temps de guerre, équipé d’une tête nucléaire, personne ne s’inquiètera de la radioactivité provoquée par son moteur. Mais pour le mettre au point, il faut l’essayer en temps de paix. Quelle région survolera-t-il et où se crashera-t-il ? Le 8 août, explosant au départ, il a contaminé la région d’Arkhangelsk. Il ne s’agit pas du premier essai. En ce qui concerne ses caractéristiques militaires, les scientifiques affirment que sa trainée radioactive le rend facilement repérable, ainsi que son vacarme provoqué par sa vitesse hypersonique dans les couches atmosphériques.

Le 1er mars 2018, Poutine avait présenté fièrement cette nouvelle arme et bien d’autres à l’assemblée fédérale en projetant des dessins animés que voici. L’assistance ravie avait fortement applaudi. Ce n’était encore, ni la guerre, ni les essais.

Poutine à l’Assemblée fédérale. © Novaya Gazeta

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