Le Caucase russe prêt à s’enflammer

L’Ingouchie, plus petite des Républiques fédérales russes, est prise en tenaille entre deux autres républiques caucasiennes, l’Ossétie et la Tchétchénie. Ces dernières, soutenues par Moscou, s’emparent du territoire ingouche. Poutine a envoyé sa garde nationale soutenue par des blindés contre les Ingouches. 40 activistes ont été arrêtés. Un bain de sang peut survenir à tout moment.

Ingouchie © rfi.fr Ingouchie © rfi.fr
L’Ingouchie, plus petite des Républiques fédérales russes, est prise en tenaille entre deux autres républiques caucasiennes, l’Ossétie et la Tchétchénie. Ces dernières, soutenues par Moscou, s’emparent du territoire ingouche. Poutine a envoyé sa garde nationale soutenue par des blindés contre les Ingouches. 40 activistes ont été arrêtés. Un bain de sang peut survenir à tout moment.

De vieux différents frontaliers existent entre L’Ingouchie, l’Ossétie du Nord et la Tchétchénie. Sous l’ère soviétique, le territoire ingouche avait déjà été amputé au profit de l’Ossétie du Nord. En 1992, l’Ingouchie a tenté de récupérer les terres perdues. Moscou a soutenu militairement l’Ossétie. Les Ingouches ont perdu 400 hommes au cours de cette guerre et ils ont été vaincus.
Côté tchétchène, l’imbroglio persiste. Le président ingouche Yunus-Bek Yevkurov a cédé dernièrement des territoires à Ramzan Kadyrov, président tchétchène.

Policiers et manifestants Ingouches prient ensemble © Noeud Caucasien Policiers et manifestants Ingouches prient ensemble © Noeud Caucasien
Des milliers d’Ingouches se sont réunis sur la place de leur capitale, Magas, pour dénoncer cette capitulation. Le président ingouche a envoyé les forces de sécurité locales pour disperser les manifestants, mais celles-ci ont refusé d’exécuter ses ordres. Elles se sont jointes aux manifestants pour la prière du vendredi. Le pouvoir poursuit les policiers réfractaires devant les tribunaux.
Le président tchétchène Ramzan Karydov a déclaré qu’il était prêt à faire la guerre pour régler ce problème de modification de frontières. Moscou n’a pas dénoncé cette menace. Elle est tout à fait sérieuse puisque Ramzan Kadyrov possède une armée personnelle de 30.000 hommes en armes et 20.000 réservistes.

La Constitution russe interdit la modification des frontières de gré à gré entre les Républiques fédérales. Un référendum s’impose. Le pouvoir central reste non seulement muet, mais il soutient ces annexions et il envoie ses troupes contre les Ingouches spoliés. 
Selon les estimations du « Nœud caucasien », depuis le 2 avril pas moins de 40 activistes ingouches ont été arrêtés, dont les membres du comité d’unité nationale. Pour la plupart, les personnes détenues ont été envoyées en Kabardino-Balkarie voisine.
Novaya gazeta évalue également à 40 le nombre d’Ingouches arrêtés. 
Les forces fédérales ont perquisitionné la maison de Magomed Mutsolgov, président du mouvement de droits de l’homme « Machr ». Des militaires en armes occupent tout le pays. Des colonnes de blindés faisant route vers l’Ingouchie ont été aperçues.

Colonne de blindés russes vers l'Ingouchie © Vaynakh.dog

En 1944, le peuple ingouche avait été déporté en Asie par le pouvoir soviétique. La spoliation actuelle de terres est ressentie comme une nouvelle injustice. Le rapport de forces est totalement en faveur de Ramzan Kadyrov et de Moscou. Ils n’hésiteront pas à l’utiliser la force. Les Ingouches sont totalement isolés. Personne ne viendra à leur secours.

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