Paul Grib a été réformé pour raisons de santé du service militaire en Ukraine. Il a pris position dans les réseaux sociaux pour désapprouver l’agression russe contre son pays : l’Ukraine. Au printemps 2017, il avait 17 ans à l’époque, il a fait connaissance par l’intermédiaire du réseau social « Vkontakte » d’une certaine Sochinka Ershova, jeune fille russe qui habite Sotchi. Ils ont communiqué par Skype, où la jeune fille avait un compte au nom de « 44 Ruthenia ». En été, Ershova a proposé à Pavel Grib de se rencontrer à Gomel, en Biélorussie. Sochinka Ershova a reconnu plus tard avoir organisé ce rendez-vous sous pression du FSB russe.
Le 24 août 2017, Pavel Grib a quitté Kiev pour se rendre à Gomel. Il comptait faire l’aller-retour dans la journée. Mais il n’est jamais revenu à Kiev. Vers 17 heures, après avoir rencontré Sochinka Ershova, des inconnus l’ont kidnappé dans une des rues centrales de Gomel. Ils l’ont jeté dans une camionnette, l’ont ligoté et se sont rendus dans une forêt, où ils l’ont remis à des inconnus. Ces deniers l’ont maintenu deux jours dans une pièce sans fenêtre, puis l’ont transporté clandestinement en Russie, à Yartsevo, dans la région de Smolensk. Il lui a été alors notifié officiellement par la police russe qu’il était arrêté. Le 7 septembre, ses proches ont été informés de son internement dans la prison n° 5 à Rostov.
On est tout d’abord surpris que le FSB russe puisse enlever des personnes en pays étranger, en Biélorussie, et les déporter clandestinement en Russie sans en informer les autorités biélorusses. Nous étions habitués à ce que le FSB russe enlève ses propres ressortissants en Biélorussie. Mais l’enlèvement de Paul Grib en Biélorussie constitue une première, puisque ce dernier est citoyen d’un pays tiers : l’Ukraine.
Paul Grib a été accusé d’incitation au terrorisme. Il est passible de 5 à 10 ans de prison. Au cours de ses correspondances sur internet, il aurait suggéré à Sochinka Ershova de fabriquer une bombe et de la faire exploser dans une école située à Sotchi. La jeune fille a avoué être fortement influencée par le FSB dans tous ses agissements.
Le 25 août, après la disparition de son fils, Igor Grib s’est personnellement rendu à Gomel, où il a appris officieusement que son fils a été mis sur la liste des personnes recherchées par le FSB russe. La Biélorussie, pendant une semaine entière, jusqu’au 31 août, n’a pu confirmer que le jeune homme était entré dans le pays.
Toutes les personnes soupçonnées d’extrémisme et de terrorisme sont consignées par les autorités russes sur une liste « Rosfinmonitoring ». Leur compte est bloqué. Paul Grib malade, emprisonné depuis 10 mois à Rostov, ne peut recevoir aucun virement lui permettant d’acheter de l’eau potable (qui est vendu en prison) et les médicaments qui lui sont indispensables. Ces mauvais traitements servent à faire pression sur les prisonniers. L’état de santé de Paul Grib s’est détérioré. Il se plaint de faiblesse générale et de douleurs intenses.
Dmitry Tymchuk, coordinateur du groupe « Résistance Information » en Ukraine, explique que les psychologues du FSB manipulent la jeunesse « en utilisant ses sentiments romantiques ». Le rôle soufflé à Tatiana Ershova, âgée de 18 ans, était d’envoûter le blogueur Paul Grib et de l’attirer en Biélorussie, où il a été enlevé. Paul Grib est contraint de coopérer avec le FSB sous la menace d’inculpation également de sa bien-aimée.
Le 28 avril dernier, un tribunal a prolongé l’arrestation préventive de Paul Grib jusqu’au 4 juillet. L’audience, comme les précédentes, s’est tenue à huis clos. La mère du prisonnier politique ainsi que le consul général de l’Ukraine à Rostov Vitaly Moskalenko ont été refoulés de la salle.
Poutine doit libérer tous les prisonniers politiques ukrainiens, Paul Grib, Oleg Sentsov et tant d’autres. Il doit également livrer tous ses agents qui enlèvent ou assassinent en pays étrangers.