Russie. Les « Témoins de Jéhovah » interdits.

La Cour suprême russe a déclaré l’an dernier « Les Témoins de Jéhovah » organisation extrémiste. Une répression est engagée contre cette congrégation qui a plus de 100.000 adeptes en Russie. Les fidèles sont passibles de 6 à 10 ans de prison. En Russie, les gens sont persécutés non seulement pour des raisons politiques, mais aussi pour leur confession.

Les Témoins de Jéhova ne fument pas, ne boivent pas, ne volent pas. Ils s’efforcent de respecter la loi. Ils rejettent la violence. Ils sont pour un pacifisme absolu. Ils se conforment à la neutralité politique. Ils s’efforcent de vivre selon les commandements bibliques. Il est très difficile de déceler de l’outrance dans leur comportement, même si on est en désaccord avec leur conviction.

Mais, ils sont une variante du christianisme et le siège mondial de leur organisation est aux États-Unis. Ils rivalisent ainsi avec l’Église orthodoxe russe qui revendique le monopole de la chrétienté sur ses terres. Ils sont assimilés par le Kremlin à des agents de l’étranger, comme tant d’organisations qui échappent à son contrôle.

Les Témoins de Jéhovah ont été officiellement enregistrés en Russie tsariste le 24 septembre 1913. À l’époque soviétique, ils ont été persécutés. Beaucoup d’entre eux ont été exilés avec leurs familles en Sibérie et en Extrême-Orient. Par la suite, ils ont été réhabilités et reconnus comme victimes de la répression politique. Mais le 20 avril 2017, la Cour suprême russe a interdit les Témoins de Jéhovah en Russie et toutes leurs congrégations locales, bien que l’article 29 de la Constitution russe garantit la liberté de conscience.

Paradoxalement, les déportations de l’ère soviétiques ont favorisé la propagation de leur foi sur l’immensité du territoire russe où ils sont répartis actuellement en 395 communautés. Et c’est à une opération de grande envergure qu’a dû procéder le « Centre de lutte contre l’extrémisme » et le FSB. Elle s’est déroulée de Vladivostok à Moscou en passant par Omsk, Kemerovo, Belgorod et Taganrog, etc. À ce jour, des dizaines de personnes ont été arrêtées. Des centaines ont émigré, plus particulièrement en Finlande.

Les descentes policières aux domiciles des Jéhovistes sont filmées et diffusées à des fins dissuasives par les médias. Des hommes masqués, lourdement armés défoncent les portes. Ils font coucher les locataires contre sol, les rudoient. Des littératures « extrémistes » sont découvertes. Les croyants sont arrêtés et passibles de 6 à 10 ans de prison pour extrémisme.

Pour éradiquer cette hétérodoxie, des popes ou patriarches de l’Église orthodoxe russe collaborent avec les agents de Lubyanka et il est difficile de distinguer qui se cache en réalité sous ces habits sacerdotaux.  

L’arrestation du citoyen danois, Dennis Christensen en prison depuis plus de un an, est révélatrice. Un activiste orthodoxe Oleg Kurdyumov a enregistré sa conversation avec lui. Il l’a remise au FSB. Neuf jours après, Christensen a été arrêté. Il est emprisonné depuis plus d’un an. Il est passible de 10 ans de prison. Il aurait porté atteinte à l’ordre public et à la paix par ses sermons religieux.  Le métropolite Hilarion a qualifié de positif la persécution contre les témoins de Jéhovah.

 La Russie rejoint la liste des pays où les Témoins de Jéhovah sont interdits : Chine, Corée du Nord, Tadjikistan, Turkménistan, Arabie Saoudite, l’Iran, l’Irak. Depuis 2017, elle est le seul pays d’Europe.

 De nombreuses personnalités se sont prononcées contre la persécution des témoins de Jéhovah en Russie. Parmi elles : l’écrivaine Lioudmila Oulitskaïa, la présidente du Groupe Helsinki à Moscou, Lioudmila Alexeïeva.

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