Art martial « SYSTEMA » et « GRU » russe.

Les services secrets militaires russes « GRU » ont créé un réseau de formation de combattants et de recrutement d’agents en implantant des centres de formation d’art martial « Systema » dans le monde entier et en Europe plus particulièrement. Au Pays basque, le terrain est favorable. Ils misent sur les adeptes de « Kale borroka » (combat de rue).

«La première tâche à résoudre par les unités des forces spéciales, c’est l’infiltration en territoire ennemi ». Victor Suvorov, « Renseignement militaire soviétique », M., 2016, p. 47.

 Les écoles d’arts martiaux russes « Systema » se sont installées en Europe et plus près de chez nous au Pays basque. Le GRU mise ici sur « Kale borroka ».

 En Allemagne, le système sportif d’arts martiaux russes « Systema » a attiré l’attention de la presse dès 2014. La revue FOCUS a exprimé pour la première fois l’hypothèse que le renseignement militaire russe GRU recrute des agents en utilisant les écoles d’arts martiaux. Le journaliste allemand Boris Reitshuster a publié le livre « La guerre secrète de Poutine ». L’ouvrage est documenté avec des renseignements recueillis par les services secrets allemands sur l’existence sur le territoire de leur pays de combattants entraînés par des agents du GRU. Les centres « Systema » n’ont pas été interdits, car la loi n’y serait pas violée et il n’aurait pas été établi de rapport avec les services secrets russes. Cette appréciation est surprenante et elle se doit d’être examinée.

À cette fin, nous publions la traduction d’extraits d’enquêtes du journaliste Boris Reitshuster et d’autres documents.

 Tout d’abord, il convient de dire que « Systema » n’est pas un sport. C’est ce qu’affirme Alexei Kadochnikov fondateur de l’école « Systema » à Colmar en France dans son livre « Le combat au corps à corps russe ». Alexei Kadochnikov est considéré comme le patriarche de « Systema ».

Théoriquement, il ne peut être question de sport. « … il faut distinguer trois types principaux de combats au corps à corps : 1/Sportif, 2/Policier, 3/Militaire.

  • 1/ Sportif : strictement limité par des règles sportives afin de prévenir des traumatismes et blessures.
  • 3/ Militaire : il n’y a aucune restriction et interdiction, car exécuté sur ordre du ministre de la Défense pour mener des opérations de combat et de destruction de l’ennemi.
  • 2/ Policier : il occupe une position intermédiaire entre les deux précédents et il est réglementé par la loi.

 Le corps à corps russe “Systema” est une arme militaire destinée en situation de combat à détruire l’ennemi. Pour cette raison, il ne peut y avoir de compétition sportive qui serait soumise à des règles. Selon Alexei Kadochnikov, “Systema” n’est pas limité par un quelconque règlement interdisant la mise à mort de l’adversaire.

 “Systema” a été créé à partir d’observations réalisées par des scientifiques, de certaines techniques utilisées dans différents arts martiaux connus en Russie et dans le monde entier. Il s’agit d’une arme invisible que l’on ne découvre que lorsqu’on est attaqué. Le gouvernement soviétique l’avait interdit et limité son apprentissage et son utilisation à certaines divisions de ses forces spéciales, comme les Spetsnaz. Depuis la dissolution de l’URSS, la pratique de “Systema” est ouverte à tous. Ces centres de formation ont été ouverts à l’étranger par des personnes qui sont toutes sans exception des collaborateurs des services secrets russes.

 En Russie, il existe aujourd’hui plus de 70 formes différentes de combat au corps à corps. Parmi ceux-ci, une trentaine sont du type “Systema”. Selon nos estimations, seules neuf seulement disposent d’un réseau de bureaux de représentation à l’étranger. Ce sont celles de type “Systema” de Ryabko-Vasiliev, Kadochnikov, Talanov, Starov, Soloviev, Loach Sibérien, Cosaque sibérien, Nevod et Wolf.

Ces neuf organisations ont un trait commun : leurs fondateurs sont tous des responsables du GRU ou du KGB-FSB et il ne s’agit pas de combat sportif, mais martial qui apprend à tuer ou à paralyser l’ennemi. Le processus de propagation rapide de ces écoles dans le monde entier n’a pas d’explication naturelle évidente. Ce phénomène a commencé à la fin des années 90 années et s’est accéléré au cours de la dernière décennie. La propagation d’art martial militaire en temps de paix sur tous les continents est une opération bien pensée à grande échelle par les services spéciaux russes soutenus par un puissant financement gouvernemental. Il existe ainsi aujourd’hui des centaines de centres officiels de formation des services spéciaux russes avec toutes les conséquences que cela comporte. Qu’on en juge :

Le cours de base de combat au poignard » de Systema » vous aidera à maîtriser des techniques simples, mais efficaces pour éliminer un ennemi. En 1997, Fedor Zaretsky et Anatoly Taras ont publié un livre : « Entraînement des Spetsnaz et des forces spéciales du GRU ». On peut y lire : « … la maîtrise de techniques de combat à l’arme blanche, avec des moyens de fortune, par asphyxie est le plus souvent nécessaire pour capturer, éliminer silencieusement un ennemi ». « On poignarde la sentinelle à la gorge, dans le cœur (sous l’omoplate gauche), dans les reins, dans le foie à droite ou la rate à gauche ». « Un coup de couteau est appliqué à l’avant de la gorge, légèrement au-dessus de la pomme d’Adam pour couper l’artère carotide. Dans tous ces cas, la mort est instantanée, etc. » 

 Dans « “Systema, combats des forces spéciales du GRU”, Vadim Starov décrit le combat au poignard : “Le Combat au couteau est la forme la plus simple et efficace de défense, la plus pratique et peut-être la plus fiable, etc.” 

 Le programme de « Systema » comprend :

  1. Combat au corps à corps.
  2. Techniques avec des armes dans des espaces confinés, dans des conditions extrêmes, psychologie, médecine militaire, etc.
  3. Autodéfense pour les civils
  4. Survie urbaine
  5. Survie dans la nature, écoles d’arts martiaux avec exercices militaires en Russie. Des Français sont allés faire des stages « Systema » en Russie. L’on y pratique le maniement des armes à feu et des explosifs.

Rappelons qu’il s’agit de cours et d’entraînement dispensés à des citoyens de pays étrangers, qui comprennent tout ce qui est nécessaire pour les transformer en terroristes dans leur propre pays.

 Historique d’implantation : En 1989, l’effondrement de l’URSS et du camp socialiste en Europe de l’Est a contraint le GRU à rapatrier ses bases sur le territoire de la Fédération de Russie. Cela a entraîné une perte partielle des réseaux d’agents déjà établis. D’autre part, cette situation a offert des opportunités inespérées auparavant.

La chute du rideau de fer a ouvert le monde entier aux habitants de l’ex-URSS, et aux agents des services secrets également. Nombre d’officiers et agents du GRU et du FSB se sont installés en Europe occidentale, ainsi que des millions de citoyens anciennement soviétiques. Cela a grandement facilité l’envoi de collaborateurs des services de renseignement sous diverses couvertures, ainsi que le recrutement d’agents locaux. Il n’était plus nécessaire de préparer des opérations complexes de passage de frontières pour introduire les hommes des services spéciaux sur le territoire de l’ennemi potentiel.

Сôté occidental, le contrôle des flux de migrants de toutes sortes et de touristes de l’Est s’est simplifié. Cela a permis le recrutement d’agents potentiels de plein droit et à grande échelle. C’est dans ces conditions que s’est créé le réseau international d’écoles d’art martial « Systèma ». Il peut être considéré comme un moyen de recrutement extrêmement efficace du GRU.

 Aujourd’hui, les écoles de « Systema » sont situées surtout dans les pays européens. Pour exemple, nous en détaillerons quatre.

 1 « Systema »  Ryabko."

Le colonel Mikhail Ryabko est le fondateur de toutes les écoles « Systema » portant son nom. Sa biographie a été reproduite sur de nombreux sites de « Systema ».

 Ryabko Mikhail est né le 6 mai 1961 en Biélorussie. De 1983 à 1993, il a travaillé au service de sécurité du ministère de l’Intérieur de l’URSS, pour lequel il a formé des agents de sécurité. Il a servi dans les forces spéciales pendant plus de 10 ans. Il a pris part à des hostilités, à la libération d’otages. Il était instructeur dans le centre de formation des forces spéciales. De 2002 à 2006, il a été conseiller du ministre de la Justice de Fédération de Russie. Depuis le 1er août 2006, il travaille au sein de la direction générale du procureur de la Fédération de Russie. Il est colonel de justice. Depuis plus de 30 ans, il enseigne « Systema » dans le monde entier. Mikhail Ryabko se déclare croyant orthodoxe.

L’emblème « Systèma » de Ryabko est un guerrier. Il se prévaut de traditions d’anciens combattants slaves enracinés dans l’ancienne Russie, d’une tradition orthodoxe. Cette fable est le fruit d’une campagne de désinformation menée par les services secrets russes afin d’associer toute création purement soviétique à un patrimoine traditionnel russe. En Allemagne, cette publicité fonctionne très bien avec la deuxième génération d’émigrés soviétiques, qui ont conservé des sympathies prosoviétiques.

 Vladimir Vasiliev est le deuxième personnage de « Systema » Ryabko. Il a été le meilleur élève de Mikhail Ryabko. Il est né en 1960. Sa biographie comporte des lacunes. Il n’existe aucune donnée sur son instruction, son grade militaire, ainsi que sur les circonstances de son déménagement au Canada. Vassiliev était très probablement un officier des forces spéciales du GRU où il devait servir ensemble ou sous le commandement de Ryabko. Selon le site Web de l’école suisse de » Systema », Vasiliev a servi dans les forces spéciales. Il était parachutiste. Il a formé plus de 500 instructeurs, dont certains en France, il a créé plus de 200 écoles dans 30 pays et de nombreux films.

Le frère aîné de Vladimir Vasiliev, Valentin Vasiliev est aussi un ancien officier du GRU. Depuis 1995, il enseigne « Systema » à Münster en Allemagne. On peut supposer que Valentin Vasiliev dirige le réseau des centres « Systema » en Allemagne. Deux anciens officiers des forces spéciales l’assistent : Eugen Papst né en 1976 et Maik Pasochin né en 1974.

Le site Web de Ryabko « Systema » indique qu’il existe 179 écoles « Systema » réparties dans le monde entier. Le site Web du siège social de Vasiliev à Toronto indique qu’il existe plus de 250 écoles au total.

Ces chiffres démontrent l’ampleur de l’opération qui a organisé un réseau d’écoles « Systema ». Tous les instructeurs des écoles « Systema » sont personnellement agréés par Ryabko et Vasiliev. Ils ont été formés soit à Moscou, soit dans des branches étrangères du système. 

 2 Association internationale « Systema » Kadochnikov.

Le siège de l’Association internationale du système Kadochnikov est situé à Krasnodar en Russie. Alexei Kadochnikov est le fondateur de cette école. Il est né le 20 juillet 1935 à Odessa. Son père était officier d’état-major de l’armée de l’air soviétique. Vraisemblablement, Kadochnikov a servi dans le GRU et a formé des forces spéciales. La deuxième personne de « Systema » Kadochnikov est son fils, Arkady Kadochnikov. Il est lieutenant-colonel du GRU.

« Systema » Kadochnikov possède 16 centres d’entraînement en Russie, un en Ukraine à Kharkov, un en France à Colmar, un en Allemagne à Cologne.

L’instructeur à Colmar est E. M. À en juger par sa biographie, il a servi dans les forces spéciales du GRU en Afghanistan au début des années 80 et s’est familiarisé avec « Systema ». La section française a son propre site et son logo très distinctif avec une chauve-souris, insigne du GRU, et une grenouille.

 3 « Systèma » Talanov.

Valentin Talanov ne mentionne pas dans sa biographie son service militaire. Il dit avoir étudié « Systema » avec Ryabko au début des années 80 lorsque ce dernier travaillait au service de sécurité du ministère de l’Intérieur de l’URSS.

Le site Web du système Talanov répertorie ses écoles en Russie, 3 en France, en Estonie, en Grande-Bretagne et en Islande.

 4 Centre international de combat et d’entraînement spécial « WOLF »

Le siège de « Wolf » est situé à Moscou. Son but est d’améliorer la qualification d’employés travaillant dans le domaine de la sécurité et de la protection.  À en juger, le holding a été fondé par deux organisations : les loups de nuit et l’Union internationale des parachutistes. Son président, Gennady Nikulov, est un vétéran parachutiste. En février 2014, il a pris part à l’annexion de la Crimée. Depuis 2014, il est vice-président de la commission pour la sécurité de Sébastopol et depuis 2015, vice-président de l’Union internationale des parachutistes.

Le Vice-président de « Wolf », Dmitry Drachin est également officier du KGB, et diplômé de la faculté des troupes frontalières du KGB dans lesquelles il a servi jusqu’en 1993. Dans la liste des instructeurs de Wolf, Drachin occupe la deuxième place. Le premier est Denis Ryauzov. Sur le site suisse « Systema » de Wolf, Ryauzov est directeur général et instructeur en chef du centre. C’est Ryauzov qui est censé être responsable des activités internationales de Wolf.

Selon sa biographie, Denis Ryauzov est officier de réserve des forces aéroportées. Il est instructeur pour la formation du personnel de sécurité personnelle, des groupes d’action rapide, etc. Il a 15 ans d’expérience.

De 1999-2012, il a dirigé et organisé des séminaires de formation personnelle pour le personnel de sécurité, les soldats des forces spéciales, etc. Il enseigne le combat au couteau, le corps à corps, la tactique, il forme les gardes du corps, les équipes d’intervention rapide, les escortes. Il a publié des ouvrages spécialisés, des articles et des films éducatifs sur les arts martiaux. Par contre, il n’est fait aucune mention sur ses études.

Il est clair que les activités de Wolf n’ont pas de composante sportive, mais seulement ce qui est nécessaire soit aux combattants des forces spéciales ou aux saboteurs.

En plus de 12 succursales en Russie (y compris la Crimée annexée illégalement), le Centre Wolf a des bureaux de représentation dans sept pays : en Hongrie, en Serbie, en Italie, à Turin, en Suisse, Grèce, Taiwan et Allemagne. Denis Ryauzov a été aperçu dernièrement en France. Il a une activité internationale intense aux Balkans, en Allemagne, en Italie, à Taiwan et en Suisse. « Systema » Wolf, contrairement aux autres écoles « Systema », n’essaie même pas de prétendre être une école de sport ouverte à tous les amoureux du sport. Sur le site germano-suisse « Systema » WOLF, on peut lire : « Systema » dispense une formation dans le monde entier aux organisations et formations suivantes :

  • « Wolf » — Association des entreprises de sécurité (Russie)
  • Forces aéroportées — Parachutistes (Russie)
  • Académie militaire de Belgrade — Unités spéciales (Belgrade)
  • Formation antiterroriste « Cobra » (Serbie)
  • Unité antiterroriste (Hongrie)
  • Unité antiterroriste (Taiwan)
  • Académie « Centre de sécurité » (Suisse).

En principe, les contacts professionnels entre forces spéciales de différents pays pour partager leurs expériences spécifiques s’expliquent. Mais la formation des forces spéciales russes, serbes, hongroises et taïwanaises par une société privée, qui a également des succursales dans des pays tiers, ressemble à des activités de renseignement et au recrutement des services spéciaux russes plutôt qu’à des contacts internationaux entre formations antiterroristes.

 Tous les centres d’entraînement « Systema » à l’étranger ont les mêmes caractéristiques :

  • 1) Communication directe et fréquente avec les sociétés mères de Russie dirigées par « des anciens » officiers du GRU et du FSB. Dépendance des instructeurs pour les certificats délivrés par les fondateurs d’école.
  • 2) La plupart des dirigeants et des instructeurs d’écoles sont des émigrés en provenance de l’URSS.
  • 3) Une prétendue légende sur les origines russe ou slave de « Systema ».
  • 3) L’utilisation ouverte des emblèmes et des symboles du GRU et du FSB.

 Au Pays basque, la Russie semble être un allié pour les antifascistes, indépendantistes, anti-OTAN, etc. La propagande de Poutine, reprise par la presse et radio locale, a été particulièrement efficace.  Certains sont allés se battre pour Poutine au Donbass. Les centres d’entraînement de « Systema » pourraient recruter les adeptes de « Kale borroka ».

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