Moscou et la justice européenne.

ASSET, femme tchétchène, est réfugiée en France. Ses parents ont été assassinés par un fonctionnaire de l’État russe. Son dernier recours était de s’adresser à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Celle-ci a refusé d’examiner sa requête. La Russie, qui siège de plein droit au Conseil de l’Europe, ne sera pas condamnée.

J’ai rempli et envoyé le dossier d’ASSET au CEDH de Strasbourg. Sa sœur a été tuée, puis son frère et son fils, âgé de 18 ans, ont été enlevés à leur domicile et assassinés par le commandant Kakiev, « Héros de Russie » et commandant du GRU, services du renseignement militaire russe.

 

Soeur d'ASSET © Asset Soeur d'ASSET © Asset
Les soldats russes avaient tout d’abord mitraillé la voiture avec laquelle la sœur d’ASSET aidée de quelques voisins allait chercher du ravitaillement pour nourrir le quartier de Grozny affamé après les bombardements russes. Les soldats avaient enterré secrètement leurs victimes dans un champ, mais un adolescent avait vu la scène. Prévenue, ASSET a pu retrouver le cadavre de sa sœur et effectuer des obsèques.

 

Fils et frère d'ASSET © Asset Fils et frère d'ASSET © Asset
Plus tard, en 2005, son frère, et son fils âgé de 18 ans qui venait de finir sa scolarité ont été enlevés à leur domicile par le commandant Kakiev. Elle ne les reverra jamais.

 ASSET s’est plaint à tous les niveaux en Russie. Elle a écrit à tous les procureurs. Toutes ses démarches et ses recherches sont restées vaines. Le commissaire de police du quartier lui a conseillé d’abandonner pour sa sécurité. Kakiev avait mitraillé sa façade pour menacer le policier.

 Un soir, ASSET a été elle-même enlevée, battue et jetée pour morte dans un champ, non sans avoir été préalablement poignardée à la gorge et dans le dos. Heureusement, des passants l’ont aperçue gisante et sauvée.

 Quand Asset est allé à nouveau se plaindre, on lui a rétorqué : « Tu es en vie. Que veux-tu de plus ? Pars d’ici ! »

 ASSET a émigré en France.

 Je l’ai retrouvée. J’ai rempli correctement son dossier pour la Cour européenne des droits de l’homme. Il y avait tous les documents avec leur traduction : avis de décès, de disparition, plainte aux procureurs, certificats médicaux.

 Le dossier a été rejeté sans consultation par un seul homme qui a répondu que la plainte n’est pas acceptée. Pourquoi ? On ne le saura pas ! Puis sur un ton très dissuasif, il est prévenu : n’écrivez plus, on ne vous répondra pas. Pas d’appel possible. Le dossier sera détruit dans un an. Il n’y a pas que Moscou qui veut jeter ses crimes aux oubliettes.

 La Russie siège de plein droit au Conseil de l’Europe. Un juge européen refuse d’examiner des crimes accomplis par cet État. L’assassin Kakiev et ses supérieurs au Kremlin peuvent continuer à dormir tranquilles.

Ils ont plus de pitié pour leurs chiens que pour nous.

 Pierre HAFFNER.

 Notre référence : 

Said-Magomed Kakiev © chechenews Said-Magomed Kakiev © chechenews
L’assassin, Said-Magomed Kakiev, est décoré du titre de « Héros de la Russie ». De 2003 à 2007, date de l’assassinat des parents de ASSET, Kakiev a été commandant du bataillon « Ouest » du GRU, Direction générale du renseignement de l’état-major général des forces armées de Russie. Kakiev a été également élevé au titre de chevalier du « Courage » par le ministre de la Défense de la Fédération de Russie.

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